Culte de Pâques : Silence !…

Job 2, 11-13 Puis les trois amis se sont assis par terre avec Job pendant sept jours et sept nuits. Aucun ne lui a parlé. En effet, ils voyaient que sa souffrance était très grande.

Évangile selon Marc 16, 1-8 Et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

Silences pluriels

Sans doute devrais-je me taire moi aussi!

Oui, chers Amis, j’aurais certainement tout intérêt à laisser le silence nous parler devant l’incroyable de ce matin.

On connaît ce proverbe : « Si la parole est d’argent, le silence est d’or. » Alors, laissons pour un instant la place au silence ici et en nous-mêmes. [Pause]

Mais, il faut bien dire quelque chose. Vous êtes venus sans doute pour entendre quelque chose. Alors, je me risque, tout en sachant qu’il y a des silences qui parlent au-delà de tous les mots, de tous les maux. Il y en a des silences qui disent la présence sincère et l’écoute attentive. Il y a des silences qui disent la sympathie, la compassion, l’amitié, l’amour aussi.

Il y en a d’autres qui expriment des émotions. Devant une œuvre d’art, devant le récit d’une vie, ou face à l’inattendu ou au tragique, on est touché. Je pense en particulier ici aux images de lundi soir qui nous ont montré la cathédrale Notre-Dame de Paris en feu. Un silence impressionnant malgré le nombre de badauds. On est resté sans voix. On a été pris de court. Les émotions nous ont submergés, nous privant soudain de mots. On aimerait trouver quelque chose à dire. On doit trouver quelques mots… On en vient à bafouiller. Ces mots deviennent maladroits, réducteurs parfois, forcément…

Soyons honnêtes. Il faut le dire, il y a aussi des silences complices qui font bien plus mal que des mots quand ils taisent l’innommable. Malheureusement.

Quelle place pour le silence?

Alors se pose la question : quelle place faisons-nous et laissons-nous au silence?

Aujourd’hui, on est submergé de paroles, de voix de toutes sortes et de toute origine. La télévision, la radio tournent souvent, comme un bruit de fond. On n’écoute pas vraiment, on n’y prête plus attention. Ça remplit nos journées. Oui, ça les remplit… Mais de quoi?

Les blancs de nos conversations sont vite comblés par des réponses, des conseils, des avis : « Tu devrais… », « Si j’étai toi, je ferais… » Aident-ils ceux qui les reçoivent ? Pas sûr ! Mais il faut bien dire quelque chose.

Et si, pour une fois, on écoutait le silence qui se donne à entendre? Si on lui donnait la parole? Écoutons-le… [Pause]

Job ou le silence devant la souffrance

C’est alors que peu à peu se dessine la silhouette de Job. Le pauvre Job. Après les larmes, les cris et les gestes de tristesse, les trois amis venus de loin pour le voir et le consoler restent sans-voix devant sa souffrance. Sept jours et sept nuits. C’est long! Oui, c’est long, mais ce n’était pas un espace vide. Il s’est passé quelque chose pendant tout ce temps de silence. Ils sont restés aux côtés de leur ami, obstinément. Ils auraient pu fuir. Ils ne l’ont pas fait. Ils auraient pu le questionner. Ils ne l’ont pas fait.

Je crois que ces amis ont compris que les mots étaient à ce moment-là superflus. Alors, ils se sont tus, rendant ainsi leur présence encore plus forte, plus dense, plus humaine. Devant quelqu’un qui souffre, devant quelqu’un qui nous est cher, que dire, si ce n’est « Je suis là… »? Tout simplement. Le silence se fait alors allier, ami.

Souvent, la tentation est grande de risquer un mot… disons d’encouragement, parce qu’il faut bien dire quelque chose. Je me souviens, lorsque j’étais à l’aumônerie du CHUV, avoir dit à une patiente, en la quittant : « Courage, vous n’êtes pas seule. Je pense à vous. » et elle me répondit : « Tout le monde me dit cela ! » Etait-ce aidant ? Aurait-il mieux valu ne rien dire? Aujourd’hui encore, je ne sais pas.

Pâques ou le silence devant l’incroyable

Revenons à ce matin. Il se dessine aussi une ombre. Très grande. Une pierre. Elle devait fermer un tombeau et elle est dressée à côté de l’entrée. Le silence devant l’incompréhensible et l’incroyable. Il n’y a pas de mots pour dire ce qui se passe au plus intime de soi. Un silence teinté non pas seulement de surprise, mais de peur, d’effroi. Les mots ne viennent pas, peut-être simplement, parce qu’ils n’existent pas pour dire l’indicible.

Voyez ces femmes, trois elles aussi, venues rendre les hommages à celui qu’elles aimaient, leur ami. En route, elles parlent, se demandent qui leur roulera la pierre, comment elles pourront faire ce pourquoi elles sont là.

En se rendant au tombeau, Marie-Madeleine, Marie et Salomé savent qu’elles vont se confronter à ce qui est une fin, une impasse : la mort. Elles s’attendent à trouver un défunt à honorer. Elles ne peuvent s’imaginer autre chose.

Alors, pensez à la stupeur qui les a envahies, au flot d’émotions et de questions qui se bousculent dans leur tête en voyant la pierre roulée d’abord. En constatant l’absence de corps et surtout en entendant cet étranger aux propos incompréhensibles pour elles.

Prenons quelques instants pour essayer d’appréhender tout cela, si c’est possible… [Pause]

Elles ne disent plus rien. Elles sont appelées à témoigner, à parler, à mettre des mots sur ce qu’elles ont vu, à aller dire à Pierre et aux autres que le Maître est là où il leur a dit. Mais rien. Elles sont sous le choc ! Elles ont peur. Elles s’enfuient toutes tremblantes et c’est compréhensible.

Et c’est sur cette note de peur et de silence que se termine l’Évangile de Marc : « Elles ne dirent rien à personne. » Ce n’est que plus tard qu’on a ajouté une fin à la fin.

C’est à nous de jouer désormais

Voilà un silence qui en dit long… Un silence qui aurait pu laisser la Bonne Nouvelle au seuil d’un tombeau vide.

Que faire alors, de ce silence gênant qui nous laisse dans l’expectative? On est frustré de ne pas connaître la suite.

Mais ce silence est bienvenu, ai-je envie de dire. Oui, vous avez bien entendu.

Malgré la peur et les tremblements, ce silence est bienvenu, parce qu’il nous invite à en faire quelque chose pour nous aujourd’hui. Pour chacun de nous. Il nous fait entrer à notre tour dans le récit, à passer de spectateur, nous avons lu, entendu et vu, à acteur. Et maintenant? Comment allons-nous repartir? Qu’allons-nous dire ? Avec quels mots?

Quelle place vais-je donner aux paroles et au silence pour moi-même et avec les autres ? Et surtout dans ma relation à Dieu.

Ce silence, en guise de conclusion, m’invite, nous invite à écouter la vie, avec tout ce qu’elle est. A attendre confiant ce qui vient et à construire la suite de notre propre histoire aux sons de cette nouvelle : il vous précède, comme il vous l’a dit. Il est vivant. Il n’est plus au tombeau. Oui, il est vivant. Il nous précède… Mais où cela? En Galilée ! Oui, mais encore…

Où trouver alors celui qui parle à notre cœur plutôt qu’à nos seules oreilles, si ce n’est dans la marche silencieuse vers nous-mêmes, vers notre intériorité?

Dieu n’est ni dans la tempête qui fait peur, ni dans le tremblement de terre qui effraie, encore moins dans le feu qui détruit, mais dans le bruissement d’un fin silence.

Écoutez! L’entendez-vous? Amen.

L’intégralité du culte est ici (Dimanche 21 avril)

Source de l’image d’en-tête : pixabay.com

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