À la marge(lle)

Il y a quelques jours, l’une de mes collègues diacre, Anne-Sylvie Martin, a publié un post sur Facebook dans lequel elle relate un échange où elle a essayé de montrer la différence entre diacres et pasteurs. C’est une question qui m’accompagne depuis ma formation et qui, je dois l’avouer, n’a pas encore trouvé de réponse convaincante.

Le post est drôle parce que l’interlocuteur de Madame le/la diacre a confondu diacre et fiacre. Comme on est tout-terrain et en route, ça peut se comprendre. D’ailleurs, la paroisse réformée de Val-de-Travers a concrétisé cette association d’idées par le projet Église en route. Bravo!

Plus sérieusement, ma collègue explique qu’il y a une formation différente et que nous les diacres sommes davantage appelés aux marges de l’Église. Et je me demande justement ce qui est (encore) au cœur de l’Église aujourd’hui? Le Christ, me répondrez-vous, et vous aurez raison, surtout à quelques jours de Noël. Mais, un récent débat de l’émission Forum de la RTS revenait sur la désaffection des protestants. Et sur son blog, Philippe Golaz, un autre estimé confrère, se demande pourquoi rester dans une Église en déclin?

Alors, est-ce que c’en est fini de l’Église? Non, je suis convaincu que nos Églises, celle réformée à laquelle j’appartiens, et les autres ont pour mission de soigner aussi les marges. Le message que nous portons par nos paroles en chaire a à être traduit en actes, en gestes auprès de tous ceux qui ne sont pas là le dimanche matin. Nous avons quelque chose à partager avec ceux et celles qui souffrent d’une parole dite un jour, par un « chrétien bien pensant », notamment et qui a fait plus de mal que de bien. Nous avons à répondre présent à ceux et celles qui veulent parler de foi, de spiritualité, de doutes, de questions existentielles mais qui ne veulent pas aller sonner chez un pasteur ou un prêtre installé. Rassurez-vous, il existe des possibilités de vivre sa spiritualité dans un cadre différent de celui du culte dominical. Je prends un exemple parmi d’autres tirés de l’excellente initiative du site spiritualites.ch de regrouper sous une seule adresse des offres de spiritualités protestantes: les célébrations Oasis Nomade où des ateliers offrent des manières diverses de vivre et d’exprimer sa spiritualité. Un rendez-vous à la marge de nos cultes. Et c’est très bien.

Mais une question me revient: est-ce toujours nous qui apportons. Et si nous recevions, nous professionnels et bénévoles de nos Églises, quelque chose de précieux de la part de ceux que nous rencontrons dans les marges justement.

C’est ce que je vis à La Margelle, lorsque j’accueille celles et ceux qui nous contactent pour aborder ensemble ce qui fait leur quotidien. Le site de La Margelle consacre d’ailleurs une page sur ce que nous appelons « Spirituel », peut-être pour rassurer les « écorchés de la foi ». La margelle est aussi le muret d’un puits où il fait bon se reposer.

C’est aussi ce que je vis en tant que bénévole à La Lanterne, l’aumônerie de rue en Ville de Neuchâtel et proche voisine de La Margelle. Je vis de belles tranches d’humanité, parfois au ras des pâquerettes, mais c’est cela pour moi rejoindre chacun dans son unicité. Oui, on peut prier pour la paix dans le monde et la justice universelle, c’est très bien. Mais on peut aussi s’arrêter pour écouter celui ou celle qui ne comprend pas pourquoi certains services sociaux ne lui fichent pas la paix ou qui est convaincu que la justice est mal foutue!

En ce temps de presque Noël, c’est dans la marge que Jésus vient naître, au milieu d’animaux puants, avec une mangeoire tarabiscotée et une couverture de paille et ce sont nos églises plus ou moins bien chauffées, plus ou moins confortables, qui résonneront au son de cantiques de circonstances.

Pour une part non négligeable de personnes que je rencontre tout au long de l’année, ceux des marges, les « marginaux » comme on les appelle, Noël sera un jour comme un autre, un peu plus terne peut-être, mais je crois que l’amour de Dieu les rejoint d’une manière ou d’une autre. Et si c’était par nous? Comment? Soyons créatifs…

Et pendant ce temps-là, les Shadoks pompaient!

Lorsque la paroisse de La Neuveville m’a engagé comme diacre, le premier pour elle, son conseil pensait qu’il serait assez aisé de faire bouger les choses. En effet, l’Église réformée bernoise n’octroie pas la célébration des services funèbres et des bénédictions de mariage aux diacres. Ces actes sont réservés aux seuls pasteurs. Pour moi qui vient de l’Église réformée neuchâteloise, ça a été un choc!

Mais pourquoi?

Lorsque j’ai lu les arguments qui justifient cette décision, le choc a été d’autant plus grand. L’Église bernoise met l’accent sur une formation d’aumônier (qui n’existe d’ailleurs pas en tant que telle) et sur une pratique de l’accompagnement. Dit ainsi, je connais bon nombre de diacres qui répondent à ces critères.

Au vu de mon parcours professionnel, des formations suivies et de mon expérience, j’ai toutes les qualités requises. J’ai d’ailleurs eu à maintes reprises l’occasion de célébrer et services funèbres et bénédictions de mariage dans le Canton de Neuchâtel. Bon, passons.

C’est trop tôt.

Et quand les députées de notre paroisse informe le synode d’arrondissement de la situation, la réponse est consternante : cette question a été abordée il y a 3-4 ans et il est sans doute trop tôt de la reprendre maintenant. Et surtout, on ne propose pas d’alternative, de situation transitoire, de solutions…

Cela m’attriste de voir une Église, ou des Églises, se réfugier derrière des règlements et autres ordonnances, de les brandir comme parole d’Évangile, ignorant les réalités et les besoins des paroisses, du terrain. Et compliquant au passage l’organisation interne de notre paroisse. Cette décision met à mal la reconnaissance de mon ministère et de mon expérience. Mais, bien sûr, personne ne le reconnaîtra, mais quand même.

Anne, ma sœur Anne…

Le conseil reste attentif et des représentants au synode cantonal interpelleront leurs homologues, notamment alémaniques. Tout cela prendra du temps et avancera au rythme des pas de sénateurs.

Alors attendons, espérons, et prions sans cesse… Ne renonçons pas.

Et pendant ce temps-là, les Shadoks pompaient, pompaient, pompaient…

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