Vous prendrez bien un p’tit plaisir…

Tout récemment, une discussion m’amène sur le terrain du plaisir. Déjà la discussion elle-même est plaisir. Quelqu’un me demande si c’est mal d’éprouver du plaisir en admirant un paysage, en mangeant, en dégustant un fruit, ou en ne faisant rien. Je sens comme une ombre de culpabilité à éprouver ces plaisirs somme toute assez simples, alors que beaucoup d’autres en sont privés. J’entends aussi derrière ces mots cette attitude d’austérité et de frigidité que le « croyant » devrait s’infliger pour être un « bon croyant » (c’est encore pire si c’est une croyante).
Ah… Les stéréotypes ont la vie dure.

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Eh bien, non ! Ce n’est ni mal, ni grave, ni culpabilisant, bien au contraire! Parce que ces plaisirs-là, et les autres, font partie de la vie et donnent du goût à cette vie qui, sans eux, serait invivable, avouons-le. Oui, on peut être croyant et rire, chanter, danser… Et aimer cela. C’est normal!

Et même les plaisirs, qu’on appelle pudiquement de la chair, ne sont pas plus mal non plus, ni interdits d’ailleurs, du moment qu’ils sont consentis (un peu de prévention au passage).

Au cours de la discussion, il m’est revenu ces paroles de l’Ecclésiaste, qui au milieu d’autres propos résignés (Vanité des vanités, tout est vanité et poursuite du vent…), rappelle ceci :

Alors, mange ta nourriture avec joie, bois ton vin de bon cœur, car depuis longtemps, Dieu approuve ce que tu fais. Porte toujours des vêtements de fête et n’oublie jamais de parfumer ton visage. Profite de la vie avec la femme que tu aimes, tous les jours de la courte existence que Dieu te donne sous le soleil. Oui, ta vie est courte, et c’est la part que tu reçois pour le travail que tu fais sous le soleil. (9,7ss)

Et le Cantique des cantiques n’évoque-t-il pas le plaisir de deux amoureux avec poésie? Dégustez, savourez ce texte et vous verrez.

Alors ouiiii, la vie, et Dieu, nous offrent des plaisirs chaque jour. En rédigeant ce billet, je perçois le piaillement d’un oiseau, je profite d’un début de journée ensoleillé, je savoure un café et j’écris. Plus tard, je m’allongerai sur une chaise longue et profiterai d’un moment, sentant le vent et le soleil. Tous ces petits ou grands plaisirs feront que cette journée sera belle pour vous comme pour moi. Et je dis MERCI, tout simplement. Et je complète souvent ce Merci par une prière ou une pensée à toutes les personnes pour qui la vie n’est ni facile, ni plaisante.

Allez, je vous laisse découvrir ce qui vous fait plaisir.

Je vous quitte en vous laissant encore ces mots de Saint-Augustin :

Aime Dieu et fais ce que tu veux.

Du moment que l’amour est au commencement de tout…

Alors, chers lecteurs et lectrices : Carpe diem!

Source de l’image : Pixabay.com

Une parole pour nous remettre en vie

Ce texte prend place dans le cadre d’une cérémonie d’adieux.

Nous sommes à la veille de la fête de l’Ascension, le moment où Jésus quitte ses disciples, s’élevant dans les airs. Au début du livre des Actes des Apôtres, on y entend aussi la promesse de la Pentecôte.

Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ?

Cette question est celle des messagers dans le récit de l’Ascension de Luc.

Ils sont là à fixer le ciel du regard. Qu’attendent-ils ? Qu’espèrent-ils ? Ils sont là sans voix, comme pétrifiés. Il leur faut alors une voix, celle des messagers pour les réveiller, pour les connecter à nouveau à la vie, les remettre en route dans le cours de la vie. Une vie nouvelle, celle de témoins, celle de ceux qui ont vu, qui ont cru et qui l’attesteront.

Ce jour-là, ils prennent soudain conscience que c’est à eux de jouer, que le Maître est parti, élevé ou enlevé au ciel, caché derrière un nuage qui laisse le mystère entier. Ils comprennent aussi que le temps de Dieu n’est pas le temps de l’humain et qu’il faudra faire avec.

Ce jour-là, c’est un appel à la confiance qu’ils ne seront pas seuls. Le souffle de Dieu, l’Esprit, le vent leur sera donné pour qu’ils accomplissent leur mission d’être des témoins là et dans le monde. Mais maintenant, les apôtres et les femmes se serrent les coudes, restent ensemble, à l’image d’une famille, de frères et de sœurs, de parents et d’enfants.

Être sans voix

A l’heure de la séparation, surtout dans les premiers instants, il nous arrive, à nous aussi, à nous aujourd’hui, d’être à l’image de ces apôtres, sans voix. De vivre l’annonce de la séparation comme si le temps était suspendu ou s’était arrêté.

La nouvelle, même si on peut parfois s’y attendre ou s’y préparer, nous immobilise, nous enlève les mots de la bouche et c’est normal.

Une voix pour se remettre en mouvement

C’est alors qu’il nous faut une voix, un mot, pour nous remettre dans la réalité du moment présent, pour nous remettre en mouvement dans le cours de la vie qui continue malgré tout.

Aujourd’hui, nous tentons nous aussi de mettre des mots sur ce que nous ressentons ; des mots parfois dérisoires. Mais il y a d’autres mots, qui soudain prennent du sens comme merci, comme reconnaissance, comme souvenirs comme amour, comme amitié, d’autres encore qui peuvent nous aider à renouer avec la vie, à nous sentir vivants.

Des mots pour aujourd’hui, mais à qui ?

Ces mots, à qui les dire ? A notre famille, à un ami, à nos connaissances, à Dieu. Oui, à Dieu et pourquoi pas ? Lui qui en son Fils n’a cessé de rappeler la vie offerte à chacun. Pas seulement la vie qui va de notre naissance à notre mort, mais une vie de relation qui nous dépassera toujours et gardera sa part de mystère parce qu’elle ne dépend pas de nous seuls. Une vie qui continue autrement malgré la séparation.

Aujourd’hui, souvenons-nous que le Dieu de Jésus-Christ est le Dieu de la vie, pas le Dieu des morts. Croire en ce Dieu, c’est croire en la vie qui est plus que l’existence. C’est croire à la force d’une vie animée d’un amour reçu.

Et si nous venions à l’oublier, faisons silence autour de nous et en nous-mêmes pour y entendre ces mots murmurés par un autre ou au plus profond de notre être. Des mots aux accents d’une promesse pour aujourd’hui déjà qui disent l’amour, qui disent la vie.

Et ces mots qui font du bien, n’attendons pas l’ombre d’une séparation pour les dire, pour les partager, mais que chaque jour soit une occasion au moins de dire l’amour, dire la vie, de dire merci, tout simplement.

Amen.

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