Souvenirs, souvenirs !

Prédication du culte de l’Ascension en 2 parties.

1re partie : une fin qui n’en est pas une

Textes de Luc 1 et 24

Vous vous souvenez de nos dictées d’antan ? Terreur pour beaucoup : les mots compliqués, les accords du participe passé. Et on attendait avec impatience le point final qui mettait un terme à ce calvaire.

Mais peut-être que pour d’autres, l’exercice la dictée était plaisant, voire attendu. Allez savoir…

On a ainsi tous appris qu’une histoire, un texte se termine par un point. Un point, c’est tout !

Tout est dit. Point final.

Sauf qu’ici, à la fin de l’Évangile de Luc, ce n’est pas tout.

Luc adresse sa Bonne Nouvelle à un Ami de Dieu, un certain Théophile dont on ne sait rien. Et cette nouvelle se termine sur une note positive : celle de la joie… d’une grande joie.

La joie du début à la fin

Mais on parle pourtant d’une séparation. Est-ce qu’une séparation peut être synonyme de joie ? Paradoxe, non ? Et pourtant, cette conclusion est heureuse pour les disciples, car ils ont vu et ont cru à la résurrection de leur Maître. La mort est déjà vaincue. Ils le savent.

Cette bonne nouvelle laisse les disciples à Jérusalem, là même où l’histoire de Jésus-Christ racontée par Luc avait commencé. Un récit fouillé et documenté pour y entendre la véracité des enseignements reçus.

Les disciples, nous dit l’évangéliste, sont remplis de cette joie qui avait déjà été celle annoncée à Zacharie par l’ange Gabriel, dans le sanctuaire : lui et sa femme, alors vieillards, allaient devenir les parents d’un fils, Jean, qui deviendra le Baptiste.

Cette même joie qui s’est emparé de Marie et d’Élisabeth et de leurs enfants qui tressaillaient dans leurs ventres.

Joie du début. Joie à la fin.

Voilà, la boucle est bouclée en quelque sorte.

Une conclusion ? Oui et non !

L’Ascension du Christ, une conclusion, vraiment ?

Oui. L’Évangile de Luc marque ici la fin du temps de Jésus. C’est-à-dire le temps de sa présence physique dans le monde, dès avant sa naissance jusqu’à sa résurrection et ses apparitions au matin de Pâques et les jours qui ont suivi.

Le Christ qui était présent à leurs yeux devient invisible aux apôtres réunis sur les hauteurs de Jérusalem ; absent du moins physiquement.

En les quittant, Jésus les bénit d’une bénédiction dont les mots nous restent inconnus, mais qui devaient faire et dire du bien.

Et, non ! Ce n’est pas la conclusion de toutes choses. Ce point final est plutôt à lire comme un point à la ligne, ouvrant à un nouveau paragraphe de l’histoire. Ou mieux encore, comme des points de suspension qui laissent entrevoir une suite.

La conclusion d’un temps et le commencement d’un autre temps.

Au temps de Jésus succède alors le temps de l’Église ; le temps du témoignage. Mais ça, c’est une autre histoire…

2e partie : entre conclusion et commencement

Textes : Actes des Apôtres 1, 1-11

Vous vous souvenez des contes de fées de notre enfance avec une princesse et un prince évidemment charmant ? Ils se terminaient par ces mots : « ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Mais ce que l’histoire ne dit pas, c’est la suite… Ce sont les possibles scènes de ménage qui ont pu éclater dans le couple ; les nuits blanches à tenter d’endormir les petits, qui des deux répondait aux cris des bébés affamés ? Qui changeait les couches ? Comment s’en sortaient-ils avec toute leur marmaille, entre les courses, la vaisselle, le ménage… Et les fin de mois forcément difficiles.

Tout ça reste caché au lecteur, parce que les contes de fées, c’est fait pour rêver ! Un point, c’est tout.

La Bible : un livre de vie

Avec la Bible, c’est tout différent. Tout d’abord, parce que la Bible n’est pas un conte et encore moins un conte de fée. Elle n’est pas là pour nous faire rêver.

La Bible, c’est notre histoire. Non pas celle contée par les livres d’Histoire, mais celle que Dieu le premier a voulu écrire avec nous. La Bible, c’est un livre de vie et de vie avec Dieu.

Cette histoire-là, c’est une histoire d’amour, mais pas non plus un roman à l’eau de rose ! Un amour qui va jusqu’au don de soi au nom de la vie.

Dès le commencement, Dieu a cherché à faire alliance avec l’humain. Il a cheminé avec son peuple dans ses commencements, ses conclusions, ses recommencements et dans ses impasses.

Dieu ne s’est jamais lassé de tout recommencer, de tout pardonner.

Nos histoires particulières sont, elles aussi, ponctuées de ces conclusions et de ces commencements, parfois heureux, parfois moins.

Transitions : entre conclusions et commencements

Il y a, par exemple, les premiers pas, puis l’école et l’entrée en l’apprentissage, la première paie et les premières factures. La fin de l’insouciance de l’adolescent et le début des responsabilités de l’adulte. Il y a encore la fin du travail et le début de la retraite. Un nouveau rythme à trouver. Et se pose aussi parfois la question de la fin de l’indépendance à domicile et l’entrée dans un home.

Mais ces conclusions et ces commencements font partie de notre histoire. Chaque conclusion, chaque commencement est empreint des expériences d’avant. Certains affirment, peut-être pour rassurer ou se rassurer qu’on sort souvent grandis de ces temps de transitions, de ces passage. Peut-être, parce qu’on apprend à vivre autrement.

Certaines de étapes changent la vie profondément. Pensez à la naissance d’un enfant. Ça responsabilise. On passe de la vie de couple à celle de parents. Et de parents à grands-parents, puis de grands-parents à arrière grands-parents. Quelle promotion !

D’autres transitions sont difficiles à accepter. Par exemple : l’annonce d’une maladie : comment vivre avec ? Plus rien ne sera comme avant. Conclusion, commencement.

La survenue d’un deuil : comment vivre sans désormais ? Conclusion, commencement.

L’histoire continue… Non, elle commence

Mais revenons à notre récit. L’Ascension est d’abord une promesse : les disciples ne sont pas abandonnés au vide laissé par l’absence physique, visible du Christ. Il veille et reviendra. Il l’a promis.

En attendant, les disciples recevront l’Esprit-Saint, le souffle de vie qui pousse à devenir témoins dans le monde, jusqu’aux extrémités de la terre !

Cet Esprit de Dieu habite en nous aussi ; c’est lui qui ravive notre confiance que Jésus-Christ, bien qu’invisible à nos yeux, chemine avec nous tous les jours… dans toutes nos conclusions et tous nos commencements et recommencements.

Et qu’il veut notre bien.

C’est ce même Esprit qui fait de nous des témoins de l’Évangile dans ces transitions de la vie.

Il fait de nous des hommes et des femmes qui donnent et reçoivent l’espérance qu’il y a encore quelque chose d’imaginable, de possible à entrevoir. Qu’il y a du bien à partager.

Aujourd’hui, écoutons ces messagers qui invitent à ne pas rester le nez pointé vers le ciel à attendre des signes extraordinaires, ni à rester figés dans le regret de nos conclusions.

Mais écoutons cette voix qui invite à nous mettre en marche vers de nouveaux commencements toujours possibles par la présence invisible mais agissante du Ressuscité et l’action du souffle de l’Esprit-saint.

Mais cela, c’est encore une autre histoire. Une histoire qui commence aujourd’hui.

Amen.

Source de l’image : www.pixabay.com

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