On n’a jamais vu cela

LE BILLET DU DIMANCHE. On n’a jamais vu cela. C’est extraordinaire! C’est exceptionnel! Les spécialistes de tous bords et chacun vous le diront: On n’a jamais vu cela. Ce que nous vivons est extraordinaire.

Je veux parler, et vous l’aurez deviné: de cet élan de solidarité et de ce bouquet de créativité qui fleurissent. Sinon, quoi d’autre? N’est-ce pas merveilleux, tout ce qu’on voit? Un billet un brin optimiste.

On avait oublié

On n’a jamais fait aussi attention à l’autre que depuis ces dernières semaines. Avant, on n’avait jamais le temps de prendre des nouvelles. On n’avait perdu l’habitude de faire des choses en famille. On ne faisait plus attention à son voisin, ou on lui en voulait de laisser l’arbre de son jardin faire de l’ombre chez nous. On avait un peu oublié de rendre service. On avait oublié, oui, c’est cela oublié, parce que tout allait bien et que tout nous semblait à portée de main.

Chacun compte

Aujourd’hui, c’est différent. Si chacun de nous est potentiellement un vecteur de transmission du virus, et même à son insu, chacun a aussi le pouvoir de ne pas le propager en respectant ces mesures qu’on connaît par cœur maintenant.

Si chacun est libre, il l’est pleinement dans sa manière d’aider, de montrer sa solidarité et son souci du prochain, de sa famille proche jusqu’à des inconnus habitant la même ville, le même immeuble.

Je me souviens

Je me souviens qu’un jour, j’ai entendu: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Bon, j’avais encore le choix de ne pas l’aimer ou de choisir qui pouvait être mon prochain. Je me rappelle qu’au catéchisme le pasteur avait dit que Dieu s’approchait des faibles, des exclus et des petits et les aimait. Faibles, exclus, petits? Moi? Les autres? Je n’en savais rien. Ou alors, pourquoi ne m’aidait-il pas, moi qui étais exclu? J’avais compris que si Dieu était tout-puissant, il pouvait tout faire. Alors, pourquoi ne faisait-il rien de ce que je lui demandais? Mais quand on est jeune, on n’entend que ce qu’on veut bien entendre.

J’ai compris

Aujourd’hui, j’ai compris ce que veut dire: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » En le considérant avec autant d’égard que moi-même. En me demandant comment je peux l’aider, le considérer, l’aimer. Prier pour qu’il ait les forces de chaque jour. J’ai compris que c’est lorsqu’on n’a plus le choix qu’il nous faut choisir justement: lui ou moi. Lui et moi.

Je perçois comment Dieu s’approche des faibles, des exclus et des petits par tous ceux qui s’engagent professionnellement et bénévolement. Ils ne comptent pas leurs heures, prennent des risques, s’épuisent par souci des autres, de tous les autres. On les applaudit aux balcons, on joue de la musique pour leur dire merci. On a raison. Je pense encore aux employé.e.s des commerces qui sont au front et dont les conditions de travail sont difficiles.

J’ai compris encore que si Dieu est tout-puissant, il peut susciter des élans de créativité, de solidarité, de fraternité humaine, là où on les attendait plus. Il est capable de bouleverser nos vies et notre monde. Non par un virus, mais par un changement de regard et un retournement du cœur qui font leur chemin patiemment mais avec détermination: ce n’est plus moi qui suis au centre du monde, c’est nous tous. Nous ensemble.

Cela, chacun l’a bien compris… Enfin, j’espère.

Image par Luisella Planeta Leoni de Pixabay

 

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