Prédication du culte au temple de Corcelles (NE).
Dimanche 8 février 2026.
Maryclaude Huguenin à l’orgue
Texte biblique du jour : Évangile selon Matthieu 5, 13-16
Prédication
Chers Amis,
Il y a des affirmations qui sonnent comme des évidences. À tel point que lorsque nous les entendons, elles ont ce goût de déjà-vu, déjà entendu. Elles n’éveillent plus, ou si peu, notre curiosité. Tenez, par exemple : « Dieu est Amour » (1 Jn 4,8). Combien de fois l’avons-nous entendue cette phrase, ici ou ailleurs ? Combien de fois nous a-t-elle rassurés, consolés, cette affirmation ? Parce que derrière ces mots, on aperçoit que si Dieu est Amour, il ne peut rien nous arriver de vraiment grave, que même si nous traversons des crises, des déserts, des ruptures, il y aura ce Dieu qui est Amour au-dessus de tout. Et c’est vrai ! Mon propos n’est pas de remettre en cause cet Amour avec un A majuscule. Non, bien sûr ! Mais, avons-nous déjà pris le temps, vraiment le temps, de nous interroger sur ce que cela peut signifier ? Dieu fait preuve d’un amour qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, tout ce que notre conscience peut envisager, tout ce que notre intelligence peut se représenter. Je crois que, comme le dit le poète des psaumes : « Une telle connaissance est trop extraordinaire pour moi » (Ps 139,6).
Cette considération nous amène aux propos de Jésus rapportés par Matthieu dans son Évangile : « Vous êtes le sel de la terre », « Vous êtes la lumière du monde ». Voilà encore deux affirmations maintes fois entendues qui glissent un peu à nos oreilles. Alors, ce matin, retrouvons Jésus, assis dans la montagne, enseignant ses disciples et les foules venues l’écouter. Prenons juste quelques instants pour nous représenter la scène….
Vous êtes des révélateurs
« Vous êtes le sel de la terre ». « Vous êtes la lumière du monde ». « Vous êtes » … Etonnant, non ?
Le Maître ne dit pas « soyez » ni « devenez ». Il dit, il affirme « Vous êtes ». Il y a quelque chose de l’accompli. Quand nous entendons ces mots, notre humilité n’est-elle pas un peu écornée ? Ne sommes-nous pas plutôt habitués à faire preuve de modestie ? A ne pas se mettre en avant ? Comme le souligne l’apôtre Paul quand il s’adresse aux Corinthiens dans le passage que nous avons entendu : « C’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant que je suis venu à vous » ? Dans ses enseignements, Jésus n’a-t-il pas encouragé à ressembler à de petits enfants ? Et voilà qu’au début de son ministère, dans ce grand discours du Sermon sur la montagne, il affirme avec force et conviction que ses auditeurs sont le sel de la terre et la lumière du monde. Et ces paroles ayant traversé les temps, nous sont destinées à nous ce matin, à nous qui sommes ici, à nous qui les entendons.
Pourquoi ces images ? Ni le sel ni la lumière ne créent par eux-mêmes. Tous deux agissent comme des révélateurs de ce qui existe déjà. La lumière éclaire ce qui est dans l’ombre. Le sel donne du goût à un mets. Si on applique ce principe de révélateur à la mission des disciples, il s’agira donc de ne pas se prendre pour Dieu qui, lui, crée, mais de le révéler au monde, à l’image du Christ, de montrer l’amour de Dieu agissant dans notre monde malgré tout, malgré les injustices, les pauvretés, les noirceurs qui nous entourent, car il y a une promesse déjà accomplie selon Jésus : ceux qui souffrent maintenant sont heureux dans le souci et l’amour de Dieu, pour reprendre les Béatitudes.
Sel de la terre
Être sel de la terre, c’est montrer qu’on est là, c’est mettre son grain de sel. Ce sel qui réhausse le goût, qui révèle le goût déjà présent des aliments, la saveur d’un plat.
Ni trop ni trop peu nous diront les diététiciens. « Trop de sel tue le goût ! » tous les cuisiniers maladroits vous le diront. L’autre fonction du sel est de conserver les aliments. Et voilà deux pistes possibles à suivre concrètement pour être le sel de la terre : en mettant nos pas dans les traces laissées par Jésus-Christ alors qu’il parcourait les routes de Galilée, par nos paroles, relevons, valorisons ce qui est : une belle action, une belle qualité qu’on a découverte chez l’autre, donnons de l’importance et du poids à ce qui est déjà là. Par notre regard, donnons une saveur nouvelle à une situation qui paraît fade. Gardons vivantes les promesses de Dieu dont la première ne saurait nous échapper « Dieu est amour ». Nous y revenons.
Jésus met en garde : mais si le sel venait à perdre de sa saveur. Est-ce seulement possible ? Je crois que cela pourrait arriver si nous n’entendions les paroles et les promesses de Dieu qu’avec le goût du « déjà entendu », si ces paroles n’étaient plus que des mots glissant à nos oreilles et nos cœurs comme des évidences… mais qui sonneraient creux.
Lumière du monde
La lumière nous renvoie au commencement, aux premières lignes de la bible : « Dieu dit que la lumière soit » et cette lumière n’est pas celle du soleil, ni de la lune. C’est une parole donnée par Dieu qui est à l’origine de toute chose. Cette parole lumineuse dont nous sommes toutes et tous porteurs, comme le sel qui révèle, illumine tout être et toute chose, en mettant en valeur. La lumière dont parle Jésus est cette parole qui habite et vit en nous, qui brille au plus intime de chacun de nous. Et même si les circonstances de la vie la couvraient d’un seau, ou d’un boisseau, elle ne serait pas éteinte pour autant, mais elle ne servirait à personne.
Jésus affirme donc que la lumière du monde, c’est ceux entendent son enseignement, c’est nous aujourd’hui. Et nous avons à faire briller cette lumière qui est en nous par nos actions, par nos mots, par tout notre être. Ainsi, ceux et celles qui la remarqueront rendront gloire à Dieu, devenant lumières à leur tour. Des lumières qui rayonneront et se répandront. Mais comment faire concrètement ? Car, si Jésus parle de « ce que vous faites de bien », il n’en dit pas plus ; il ne fait pas la liste des bonnes actions à accomplir.
Je crois que Dieu nous fait confiance tout autant que nous lui faisons confiance. Il sait que nous saurons nous montrer créatifs, si nous laissons l’Esprit agir en nous, si nous nous mettons à son écoute. Par l’Esprit de lumière, nous risquerons une parole pour tirer de l’ombre des éclats souvent fugaces, des flashs, de l’amour de Dieu pour les autres et pour nous-mêmes. Ainsi, cette lumière brillera, peut-être modestement, mais c’est déjà une lumière, pour tous ceux qui croiseront notre route. Disons-le sans fausse modestie, cette parole inspirée que nous dirons pourrait éclairer d’une toute autre manière l’existence d’un prochain, car c’est bien mise en hauteur qu’une lampe donne toute sa clarté.
Retrouver le goût de l’Évangile
L’Évangile, nous l’avons maintes fois entendu, en diverses circonstances. Nous n’y avons pas toujours été attentifs, parce que les émotions, les soucis, les préoccupations prenaient un peu trop de place. Ou parce que ce que nous entendions avait ce goût de « déjà-vu », « déjà entendu », « je sais bien… » Mais, l’Évangile jette une lumière toujours nouvelle sur notre réalité et nos existences souvent ombrageuses et c’est à nous maintenant de la faire briller aux yeux du monde. Amen.