La richesse de la rencontre

Texte : Genèse 18, 1-15 : l’hospitalité sous les chênes de Mamré.

Prédication (voir aussi culte complet)

Chers Amis,

Où étiez-vous il y a tout juste 50 ans, le 21 juillet 1969? Peut-être devant la télévision ou à l’écoute de la radio pour entendre ces mots devenus célèbres :

« C’est un petit pas pour l’homme et un grand pas pour l’humanité! ».

Ces mots prononcés par Neil Armstrong alors qu’il posait le pied sur la Lune.

Je me souviens que je n’étais pas né, mais grâce aux médias, j’ai vécu « par procuration » ce moment historique. Et je me surprends à me demander si j’aurais eu le courage de ces hommes à me lancer dans pareille aventure. Clairement, non. Je ne suis pas un aventurier! Et vous?

Ces trois astronautes ont pris des risques, en s’envolant à la découverte d’une lune inconnue. Pour la première fois, ils ont vu la terre sur laquelle ils vivaient et ils ont partagé leurs images avec les téléspectateurs.

Je me risque à tirer un parallèle entre Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins, les trois Américains de la mission Apollo 11 lancée vers la lune, avec les trois voyageurs qu’aperçoit Abraham non loin de son campement.

Ils sont trois. C’est sans doute le seul point commun. On ne connaît pas ni le nom de ces nomades en route, ni leur destination. Ils sont invités par un vieux couple à faire halte, alors que sur la lune… Il n’y avait personne… Plus personne. Cela faisait déjà quinze ans que Tintin et ses amis en étaient revenus!

Mais les uns comme les autres ont marqué l’histoire, celle de la conquête spatiale ; celle de la foi en Dieu.

Les uns comme les autres ont repoussé les frontières de l’impossible.

Et enfin il y a des paroles qui ont traversé les siècles et qui résonnent encore à nos oreilles aujourd’hui.

Une chose est certaine. Il y a eu un avant et un après. Les trois Américains ne sont pas rentrés comme ils étaient partis. Abraham et Sarah ont aussi vu leur vie bouleversée par la visite de ces voyageurs. Il n’est pas indispensable de s’envoler dans les étoiles pour être transformés. Peut-être avez-vous déjà eu l’occasion de longues marches, ou de trekking (en français dans le texte), dans des lieux isolés voire désertiques. Il paraît que c’est une expérience marquante dont on revient transformé, parce qu’on y a vécu quelque chose de la rencontre… avec le divin? Avec les autres? Avec soi? Je ne l’ai pas (encore) fait, car je n’ai pas le goût de l’aventure.

Ces deux histoires comportent une part de mystère, on ne sait pas tout. Et tant mieux. Cela nous laisse imaginer…

Alors, fermez les yeux et imaginez ces voyageurs dont nous parle ce texte de la Genèse. Ils marchent à l’heure la plus chaude, sous un soleil de plomb.

Ils aspirent certainement à un peu de repos.

Imaginez aussi l’empressement d’Abraham, le vieil Abraham, qui court et se prosterne, les invitant, les obligeant, à s’arrêter sous les arbres, près de son campement.

Imaginez encore l’agitation autour de la tente pour préparer un repas et à voir le menu, cela a demandé du temps et de l’énergie.

Qui sont ces voyageurs, au fait? Ou ce voyageur? L’auteur hésite entre le singulier et le pluriel, comme s’il voulait garder une ombre de mystère. Certains commentateurs affirment que c’est Dieu lui-même, d’autres que ce sont des anges, des envoyés, des messagers. Allez savoir…

Ce que je retiens, c’est le mystère et cela me parle. Lorsque je rencontre quelqu’un pour la première fois, c’est une personne mystère. Qui est-elle? Que fait-elle? D’où vient-elle? Et sera-t-elle disposée à répondre à ces questions qui m’habitent? Peut-être allons-nous parler de tout autre chose et j’en saurai un peu plus, mais sur d’autres aspects de sa personnalité. C’est cela le mystère de toute rencontre.

Quand elle est vécue dans l’hospitalité, la rencontre est aussi le lieu de la présence mystérieuse de Dieu.

Si les voyageurs qui ont croisé le campement d’Abraham n’étaient que ses envoyés, Dieu, lui, est bel et bien présent dans la promesse qui est faite à Sarah, vieille et stérile : elle aura un fils l’an prochain, Isaac, littéralement « Il rit ».

Une promesse qui fait une brèche dans le mur de l’impossible. Une promesse si incroyable qu’elle déclenche le rire. Un rire qui a fait jaser bon nombre de commentateurs, là aussi. Un rire teinté d’incrédulité et de honte : « Non, je n’ai pas ri. »

Une promesse qui dépasse les vues humaines du vieux couple qui s’était résigné à ne pas avoir d’autre enfant qu’Ismaël, le fils d’Abraham et de la servante Agar.

Une promesse qui nous pousse à revoir nos possibles et nos limites comme des frontières mouvantes. Rien n’est définitif avec Dieu : même dans la vieillesse, même au seuil de la mort, la vie est là, parfois aussi fragile qu’une promesse, qu’un nouveau-né, mais porteuse d’avenir à l’image d’une graine qui parvient à germer même au creux des pierres.

L’hospitalité, celle du cœur d’abord, est d’une richesse incroyable. Mais pour en goûter toute la saveur, il faut prendre le temps, faire de la place, accueillir ce qui est là et ceux qui croisent notre route. Peut-être juste le temps d’un trajet en train ou en bus. Le temps d’une visite de musée ou d’un café sur une terrasse. Le partage d’un rire de bon cœur ou d’une marche de plusieurs jours. Juste quelques instants vécus ensemble devant la télévision pour revoir les premiers pas de l’homme sur la lune.

Des rencontres uniques, trois petits tours, quelques mots et puis s’en vont.

N’oublions pas l’hospitalité. Car c’est en l’exerçant, que certains ont accueilli des anges sans le savoir (Hébreux 13,2).

Amen.

Source de l’image : Pixabay.com

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