Aussitôt

Evangile de Matthieu 4

Prédication prononcée dans le cadre du culte d’accueil des catéchumènes et de reconnaissance des moniteurs au temple de Colombier (NE), le dimanche 8 novembre 2026.

Texte biblique : Évangile selon Matthieu 4, 18-25

« Venez avec moi, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, ils laissent leurs filets et ils suivent Jésus. (extrait)

Chers jeunes, chères familles, chers paroissiens, chers Amis,

Ce texte de l’appel des premiers disciples, nous le connaissons et y a-t-il encore quelque chose de nouveau à en dire… ?

Mon collègue s’approche et me remet une enveloppe.

Excusez-moi, ça a l’air important.

EREN – Service interparoissial de l’accompagnement de la Jeunesse.

Groupe de travail « Passons en mode évangélisation »

Cher Jean-Marc,

Nous avons le plaisir de t’annoncer que tu as été sélectionné par notre groupe pour accomplir la mission d’Évangélisation voulue par l’EREN et validée par le Synode. Ta destination sera Tahiti.

Ton avion décollera de l’aéroport de Zurich-Kloten, ce dimanche 8 novembre à 16h00 et tu es attendu à la salle d’embarquement deux heures avant. Ton billet te sera remis sur place.

N’emporte que l’essentiel. Le superflu te sera donné à destination.

Nous te remercions vivement d’accepter cette mission et, au nom de notre groupe, nous te souhaitons un excellent voyage.

Reçois nos salutations fraternelles.

Signé Yves B.

Ça ressemble un peu à un ordre de marche, quand même, vous ne trouvez pas ? Il y a, comme cela, des décisions qui ne souffrent d’aucun délai. Pas le temps de réfléchir, pas le temps d’anticiper, pas le temps de prendre conseil. C’est maintenant !

Que de questions sans réponse

Et ici, l’horizon est fait de nombreuses inconnues : qu’est-ce qui m’attend là-bas ? Qui m’accueillera ? Où vais-je loger ? Combien vais-je gagner, si je gagne quelque chose ? Est-ce que mes vaccins sont à jour ? Il en faut pour aller là-bas, n’est-ce pas ?

Des questions qui mériteraient de s’arrêter, d’en discuter, de peser le pour le contre, de prévoir peut-être jusqu’à l’imprévu. Et pourtant, vous l’avez entendu, tout comme moi. Le temps presse, les heures me sont comptées. C’est maintenant… Ou maintenant !

Cette lettre reçue de manière si imprévue me fait penser à ces pêcheurs que Jésus est venu déranger dans leur quotidien. En se levant ce matin-là, ils ne s’attendaient certainement pas à ce que leur vie soit chamboulée par un inconnu croisé par hasard au bord du lac. L’Évangéliste Matthieu est très sobre dans sa description : Jésus appelle, les pêcheurs répondent… Sans hésiter. Pas de discussion, pas de conseil de famille, pas le temps de changer de vêtements. Non, ils sautent le pas.  Ils laissent derrière eux leurs habitudes, leurs métiers, et même leur père dans sa barque qui n’a pas dû comprendre grand-chose à ce qui se passait.

Un mot, juste un petit mot qui dérange

Dans le récit de l’Évangile, il y a ce mot, ce petit mot, qui l’air de rien devient le poil à gratter ou l’hameçon planté dans le doigt, pour rester dans le vocabulaire de la pêche. Ce petit mot, c’est ‘aussitôt’.

Et il me dérange. Il laisse entendre que ces hommes ont tout lâcher sur le champ pour suivre cet inconnu qui n’avait qu’une promesse à leur offrir : « Venez à ma suite, je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ». Une promesse tentante certes, mais qui ne répond pas aux mille et une questions qui devaient se bousculer dans la tête de Simon et André, Jacques et Jean. Mais malgré les incertitudes, ils ont sauté ce pas… Celui de la confiance, celui du risque, celui du courage.

Ils n’avaient aucune garantie que ce serait mieux demain, plus facile, moins rude. D’ailleurs, pour Jésus lui-même, lui a mis toute sa confiance en son Père, l’horizon a pris la forme d’une condamnation sur une croix.

Pour ces quatre pêcheurs, cet appel de Jésus sonne aussi un peu comme un ordre de marche. Et malgré tout, ils ont répondu « aussitôt ». Ensuite, ils ont été aux côtés de Jésus pour annoncer la Bonne Nouvelle d’un Royaume, guérir des malades, et voir d’autres gens répondre à cet appel avec enthousiasme pour les uns, plus d’hésitation pour d’autres. Je me souviens d’un jeune homme riche qui s’en alla tout triste à l’appel de Jésus. Mais, n’a-t-il pas changé d’avis par la suite ? N’a-t-il, lui à son tour, mis ses pas dans ceux de celui qui lui avait dit : « Suis-moi ! » ?

Allons-nous répondre à cet appel ?

Et nous voici, nous qui sommes réunis ici à recevoir ce même appel : « Venez à ma suite, je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Et qu’allez-vous répondre ?

Ce matin, symboliquement, nous recevons chacune et chacun une lettre, semblable à celle que je viens de vous lire. Sans doute avec d’autres objectifs que de porter le programme « Passons en mode Évangélisation » et des destinations différentes de Tahiti. Mais un même appel à se mettre en route à la suite du Christ. À se lever « aussitôt » et à mettre ses pas dans ceux du Christ qui vient nous déranger dans notre quotidien, nos habitudes et nos sécurités.

Et qu’allez-vous répondre à cet appel « Venez à ma suite » ? Car, je crois que cet appel n’est pas lancé une fois pour toutes, mais chaque jour, il résonne, comme un nouveau recommencement, comme une nouvelle invitation à se mettre en route.

Vous chers KTs, vous commencez une nouvelle année. Vers quelle destination ce voyage va-t-il vous conduire ? Il y a bien quelques repères, mais pas grand-chose de plus. Vous les monos, vous avez atteint une étape dans votre parcours de formation. Et après, vers quels rivages allez-vous voguer ? Et vous, chers paroissien.ne.s, vers quels horizons regardez-vous ce matin ? Et notre Église comment fera-t-elle avec les défis qui se présentent à elle ?

Pas de certitude, juste une promesse

Évidemment, devant toutes ces questions, les réponses ne peuvent se proposer qu’en filigrane, en pointillés, pas en certitudes. Il serait certainement tentant de renoncer à répondre, car, comme le dit l’adage populaire : « On sait ce qu’on perd. On ne sait pas ce qu’on gagne. »

La promesse qui est faite par Jésus à ces pêcheurs, s’adresse aussi à nous : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes », mais ça ne dit que notre avenir ne sera teinté que de rose. Jésus nous appelle à devenir ses partenaires dans la mission d’annoncer le Règne de Dieu. Une mission dont les contours restent flous, mais où chacun pourra y mettre de sa personnalité, de son grain de sel, de sa lumière.

Et même s’il y avait toutes les bonnes raisons du monde pour y renoncer, la foi est cet appel à faire le premier pas, celui qui coûte sans doute le plus et à risquer ce « oui », malgré tout, à nous mettre en route dans les pas du Christ.

La confiance de ne pas être seul.e

Dans toutes les incertitudes qui se profilent, la foi nous dit que Jésus sera avec nous sur tous les chemins que nous emprunterons, même si cela nous paraît difficile à comprendre et à saisir. La foi ne garantit pas que la vie ne sera ni plus facile ni plus légère. Non, elle est cette confiance dans le premier pas que nous esquissons pour suivre le Christ. Et lui, il sera à nos côtés où que nous allions.

Le temps file…Je ne vais pas trop tarder, car, vous l’aurez compris : j’ai un avion à prendre pour Tahiti.

Amen. Silence puis piano par Anne Kaufmann

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