Burn-out

Ce matin, je découvre un article sur le site du journal Le Temps intitulé: «On assiste aujourd’hui à un burn-out pastoral»  (consulté le 01.03.2020). Burn out? Vous avez dit « Burn out »? Ce mot résonne dans le monde de l’entreprise où la pression est élevée, mais dans le mode de l’Église…? Ce fait rappelle que ceux qui sont là pour écouter ont besoin aussi d’être écoutés. Comme le relève l’auteur, les pasteurs sont des êtres humains comme les autres qui connaissent les mêmes difficultés et les échecs. Me voilà rassuré! Mais cela ne se dit pas.

Les propos de Jérôme Cottin, auteur de «Les pasteurs. Origines, intimité, perspectives», aux Éditions Labor et Fides, février 2020 réveillent en moi quelques réflexions, parce que ce qui peut concerner des pasteurs concerne aussi le diacre que je suis.

La charge de travail, un signe d’engagement?

J’ai travaillé dix ans dans l’Église réformée évangélique du Canton de Neuchâtel, en qualité d’aumônier en institutions pour personnes âgées (EMS). Mon employeur d’alors a fait le choix de dresser le Rôle de chacun (ce qui s’appelle cahier des charges ailleurs) avec moult précisions. Je considérais ce document, peut-être à tort, comme une « To-Do list », énumérant les points à ne surtout pas oublier. Je me mettais une pression qui n’avait certainement pas lieu d’être.

S’il y avait le travail de terrain au sein des institutions et auprès des résidents, s’y ajoutaient des interpellations, des demandes, des séances de travail, des colloques et autres commissions qu’il me fallait insérer dans un emploi à temps partiel.

J’étais aussi interpellé par la « course » de mes collègues. Il n’était pas rare qu’en début de séance, l’un de nous annonce qu’il devait partir avant la fin annoncée, courant à un autre rendez-vous tout aussi important.

Cela me donnait l’impression de ne jamais en faire assez. Je ne travaillais pas au même rythme. Qu’en déduire? Il était habituel que je poursuive encore mon travail à domicile le soir. Difficile de tenir un pourcentage professionnel au détriment de moment familiaux (J. Cottin le met bien en évidence). Courir d’un rendez-vous à un autre, d’une institution à une autre est-ce la preuve que je fais du travail? Et du bon, par-dessus le marché? Même le Christ s’est isolé dans la montagne pour prier et se ressourcer.

>> Lire aussi Entre enthousiasme et (risque d’)épuisement.

Prendre soin de soi? Vous n’y pensez pas!

Lors de l’élaboration du Rôle de l’aumônier en EMS, j’ai insisté pour que le ressourcement et le soin dédié à sa vie spirituelle soit inscrits. Car, comment prendre soin des autres, les inciter à s’écouter et à se respecter, si soi-même on manque à ce temps. Je me souviens combien j’ai sensibilisé les bénévoles qui m’accompagnaient à y être attentifs. Comment faire? Je fais confiance à chacun pour trouver le moment, le lieu et la forme qui lui conviennent. Rien n’est imposé, juste de ne pas oublier d’en tenir compte. En écrivant cela, je prends conscience que je n’ai pas toujours été l’élève-modèle et loin de là. Mea culpa.

Prendre soin de son corps et de son esprit fait partie de son hygiène de vie. C’est une évidence, mais cela ne fait pas de mal de le rappeler. Même les sportifs de haut niveau ont besoin de récupération.

Il faut alors s’écouter. S’écouter? Il y a une connotation négative dans ces mots, parce que l’éducation nous a toujours appris à ne pas s’écouter justement, à faire face.

Comment aussi comprendre le fameux « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »? Je les entends de plus en plus comme une invitation à faire preuve de la même bienveillance pour soi que celle qu’on réserve au prochain.

La solitude du ministère

Un autre élément est la solitude de mon ministère. Le fait d’être seul a du bon: je m’organise comme je veux, je travaille à ma façon. Mais, il est salutaire de pouvoir se confier, de partager un moment, un café pour juste dire que je suis fatigué, que j’ai vécu un entretien difficile, que je vais bien.

Il y avait bien les colloques, mais le temps était majoritairement consacré aux problématiques organisationnelles et structurelle. Peu de place pour déposer ses soucis. D’ailleurs, je prétends que le colloque n’est pas le lieu adéquat. Je pouvais aussi suivre des supervisions individuelles, mais là non plus, je n’ai pas trouvé la panacée. Je n’ai pas la solution. Je la cherche.

Qui porte qui?

Jérôme Cottin relève qu’auparavant c’était le ministère qui portait la personne. Aujourd’hui, c’est la personne qui porte le ministère. L’image du pasteur, et par extension du diacre, a changé. Les offres d’accompagnement se sont diversifiées. Ainsi, porter le ministère tout seul, c’est faire reposer sur ses seules épaules les succès et les échecs: « Si ça ne marche pas, c’est de ma faute! »

Une idée ou un projet germe dans ma tête, difficile de le faire évoluer si on est seul. L’intelligence collective reste une ressource. Et pourtant, je suis prêt à m’y investir, à foncer, à en faire trop… évidemment.

Entre trop et trop peu

Il y a une année, j’ai commencé mon activité de diacre dans la paroisse de La Neuveville. Mon arrivée a été envisagée par le Conseil de paroisse comme un « Laboratoire » ou une « page blanche ». On me laissait la liberté d’imaginer des projets. Voilà pour moi une autre pression: il me fallait être pertinent, proposer des événements qui tenaient la route. Au début, j’ai été dans tout et un peu partout. Le risque de surcharge et le dépassement du pourcentage qui était le mien étaient des réalités. Il s’est donc agi de recentrer.

Aujourd’hui encore, je peine à accepter des temps dits « morts », ces plages blanches de l’agenda. Je culpabilise de ne pas faire autre chose, de ne pas avoir fixé un rendez-vous. Un collègue et ami a eu ces propos: « Si personne ne vient, cela ne veut pas dire qu’il ne se passe rien. »

En conclusion, je suis souvent traversé par ces questions: suis-je à ma place là où je suis? Ai-je envie ou besoin de faire autre chose? Ici? Ailleurs? Je chemine avec ces questions, pas seul heureusement.

À quand les réponses? Je vous tiens au courant.

Lire aussi : Prêt au changement ou quand le changement s’impose par lui-même.

Consultez également l’article Qu’est-ce qu’un.e pasteur.e généraliste? du site devenir-pasteur.ch.

Cet autre article pourra vous intéresser: À l’heure du (premier) bilan.

 

Image par Gerd Altmann de Pixabay

 

2 comments

  1. S’il est bien fait, un rôle n’est pas un cahier des charges (et encore moins une to-do list). Cette partie de ton billet me semble fausse (ce qui ne signifie pas que ton rôle n’a pas été mal fait…).

    En principe, pour aller dans l’autre sens, une to-do liste est une application ponctuelle et spécifique d’un cahier des charges, qui est lui-même une conséquence d’une rôle bien construit. Le rôle lui-même découle du portrait de l’institution (dans ton exemple: l’aumônerie en EMS).

    C’est évident que si un rôle est construit comme une to-do list, la question du sens disparaît et le burn-out guette!

    #DuMauvaisUsageDUnBonOutil

  2. Merci Nicolas de ta réaction.
    Comme je l’ai écrit, je décris ici ma manière d’approcher le Rôle, toute subjective. Et c’est peut-être elle, ma perception, qui était fausse.La formulation me faisait l’envisager comme une série de « cases à cocher », mais c’est encore mon regard posé sur un outil qui doit être bon et pertinent, sinon l’Église l’aurait abandonné. Je reste persuadé qu’un cadre, quel que soit le nom, est indispensable et devrait protéger du burn-out ou de la démotivation. J’ai quitté l’EREN avant que le Portrait de l’aumônerie en EMS ait été finalisé. Est-ce que ceci explique cela?

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