Diaconie dans l’espace liturgique

La diaconie n’est pas seulement un mouvement de l’Église vers l’extérieur, la société et le monde, mais est aussi constitutive de la célébration elle-même. D’ailleurs le mot liturgie signifie service du peuple et a une origine laïque. La diaconie a toute sa place dans l’espace public, mais aussi dans le cadre des célébrations et cérémonie, comme lieux et moments d’ouverture au monde.

Les célébrations dominicales

Les cultes et les messes s’adressent-ils d’abord à ceux et celles qui y assistent (plus ou moins) régulièrement ou ont-ils une portée plus large ? La célébration s’adresse évidemment au monde… et au monde entier. Il y a d’ailleurs un échange, une porte à double-battants dans la célébration : c’est le lieu et le moment de faire entrer le monde dans le déroulement et de faire sortir la proclamation en direction du monde.

Il y a des moments plus propices à la diaconie. J’en distingue trois (au moins) :

  1. Le moment de l’accueil. La bien-venue au culte ne se limite pas à quelques mots prononcés du haut de la chaire, dans les premiers instants, mais à un accueil personnel par une présence à l’entrée ou sur le seuil, par un sourire (franc et sincère), par quelques mots échangés. Ceci est d’autant plus important pour des personnes qui ne sont pas habituées. L’épidémie du COVID-19 implique des mesures, notamment la désinfection des mains et le port du masque. Au-delà d’une simple mesure sanitaire, il y a le souci de l’autre, la préservation de sa santé, la responsabilité collective et individuelle dans ce geste à valeur diaconale.
  2. Les annonces et la prière d’intercession. Selon moi, ces moments sont indissociables, car ils font entrer le monde (proche ou lointain) et ses préoccupations dans la célébration. L’assemblée est rendue attentive à ce qui se passe tout près ou plus loin, à participer à un geste collectif, celui de la remise à Dieu de cette situation, mais aussi à une mise en œuvre de ce que chacun.e peut faire pour changer les choses. La communauté pourra être, par exemple, informée et sensibilisée à une situation locale préoccupante, sollicitée pour des aides diverses, informée de l’avancement d’un projet soutenu par la paroisse.
  3. L’envoi et la bénédiction. Ils terminent la célébration, tout en envoyant les participants dans le monde, dans la vraie vie, porteurs de ce qu’ils ont reçu pendant la célébration. Je conçois la clôture d’une célébration sous la forme triviale de « C’est à nous de jouer maintenant ! » (l’envoi) et « nous ne sommes pas seuls. » (la bénédiction).

Mais, je suis aussi persuadé qu’une prédication a une vraie portée diaconale, du moment qu’elle s’enracine dans le concret et le quotidien et invite à l’action, qu’elle nous anime, redonne un esprit d’initiative à notre quotidien.

Des célébrations comme des projets

Je m’intéresse encore aux actes ecclésiastiques. Sous ce terme un peu barbare, on désigne le baptême, la bénédiction de mariage et le service funèbre. Trois célébrations particulières, parce qu’elles réunissent des cercles de participants distincts, et fort différents bien souvent, des paroissiens habituels : les familles, les amis et les proches.

La liturgie doit par conséquent tenir compte de ces auditeurs présents, en s’adaptant, en laissant aussi une place à d’autres prises de paroles que celle de l’officiant, à adopter un langage compréhensible et audible par le plus grand nombre, à renoncer à un vocabulaire obscur. Sans pour autant oublier la force de la Parole et du témoignage.

Un équilibre parfois difficile à maintenir

Lors d’actes ecclésiastiques en particulier, il y a de nombreux paramètres à faire tenir ensemble : les attentes des familles, des proches et paroissiens réguliers, leurs projections (parfois rêvées), leur méconnaissance de ce que sont de telles cérémonies, le souci de l’officiant de respecter ce qu’est cette cérémonie de tradition réformée ou catholique, les interventions et prises de paroles de tiers (quelquefois spontanées), les choix musicaux parfois discutables, la technique, la durée, les imprévus, les questions d’argent qui se posent inévitablement.

Il arrive ainsi qu’un baptême, une bénédiction de mariage ou un service funèbre s’apparentent à une véritable gestion de projet. Je le vois de manière positive, comme la manière d’accompagner des familles dans un projet, d’écouter et de répondre à des questions pertinentes et existentielles, de construire ensemble quelque chose qui a et prend du sens.

La gratuité, encore et toujours

Mais ces actes ecclésiastiques, même s’ils réunissent souvent un public plus nombreux que les célébrations dominicales, ne sont pas des occasions de faire du prosélytisme ni de convertir ceux et celles qui y participent. Au contraire, il s’agit de rejoindre dans leur joie et leur peine, les familles qui font appel à un.e représentant.e d’une Église. De nous faire sentir d’abord proches et humains, donc animés et vivants, dans un moment particulier de l’existence humaine, tout en rappelant que tout ne dépend pas de nous seuls. Et tout cela dans la gratuité et rien de plus. Tout est don.

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