Paroissien, qui es-tu ?

Tout part d’une remarque entendue : « J’ai toujours pensé que l’Église devait être là pour ses paroissiens. » Comprenant d’abord cette réflexion dans un sens restrictif, je voyais les paroissiens comme ceux que je rencontre régulièrement. Mais le cercle est bien plus large, c’est ce que je pressentais..

Je tente une petite taxonomie :

Une liste partielle

Les paroissiens sont ceux qui :

  • ont leur domicile sur le territoire de la paroisse. Ce qui fait que je suis paroissien de ma paroisse de domicile, mais pas de celle qui m’engage professionnellement. Cela a pour conséquence, que je n’ai pas le droit de vote là où je travaille.
  • ont coché la case correspondante sur leur déclaration fiscale. Ceux-là manifestent leur choix d’attribuer une part de leur impôt à une église cantonale reconnue. Notons au passage que Neuchâtel et Genève pratiquent la contribution ecclésiastique volontaire, ce qui a pour conséquence que le montant est laissé à la libre appréciation du contribuable.
  • sont inscrits dans le registre paroissial. L’inscription dans le registre découle de la confession indiquée sur la déclaration fiscale. Est-ce qu’un changement dans le document fiscal implique de fait une radiation du registre ? Pas certain.
  • n’ont rien demandé, mais qui sont inscrits. Ils sont là, présents dans les listes « officielles », mais ont-ils vraiment choisi d’en être ?
  • n’ont jamais pensé à démissionner. Il s’agit de ceux qui n’ont plus de lien avec la paroisse, mais qui n’ont jamais adressé de démission formelle.
  • ceux qui ont demandé à rejoindre la paroisse. Les raisons qui poussent à vouloir s’intégrer à une autre paroisse que celle du domicile peuvent être nombreuses et variées : la communauté, les activités, les lieux de cultes, la proximité géographique, etc.
  • s’engagent activement dans la vie paroissiale. Ce sont tous ceux qui, bénévolement, s’investissent dans la mise sur pied des événements, tels que la vente, la kermesse, la fête de Noël, les visites, le catéchisme, l’animation pour les aînés etc.
  • sont présents aux événements de la paroisse. Trivialement, on pourrait les qualifier de « consommateurs » des activités. Ils assistent, sont présents, consomment, mais sans prendre part à l’organisation.
  • soutiennent de diverses manières. Il y a, évidemment, le soutien financier mais aussi le relais d’invitations à participer, la distribution de courriers, d’affiches, les dons en nature pour des occasions particulières : culte des récoltes ou kermesse, par exemple.
  • ne sont jamais là, mais qui font partie. Ils sont absents de presque tout. Ils figurent sans doute dans les fichiers, mais ne manifestent pas leur intérêt pour les activités paroissiales.
  • se réclament appartenir à la paroisse. Sans forcément en être, ils partagent les valeurs de la paroisse, sans prendre forcément part à sa vie.
  • sont sur le web. Ils consultent, visitent, interagissent plus ou moins régulièrement sur le Réseau-Protestant.
  • ne rentrent dans aucune de ces catégories. Il y a encore les autres, tous les autres, qui ne se reconnaîtront pas dans l’une ou l’autre de ces définitions, mais qui ont un lien plus ou proche, plus ou moins distendu avec la paroisse.

Donc, cela fait du monde au final.

Une foule bigarré

Oui, l’Église est là pour ces paroissiens-là

Alors, c’est vrai, l’Église est bel et bien là pour ces paroissiens-là. Pour tous ceux-là. Ce que je comprenais d’abord comme une vision restrictive de notre « public », ses paroissiens réguliers et visible, s’élargit soudain à un monde large et varié. Il est aussi évident qu’il n’est pas possible d’offrir une réponse unique et universelle à toutes ces attentes. Il s’agit donc de s’adapter, de « se faire tout à tous » comme disait l’apôtre Paul. Je comprends cela comme une attitude d’ouverture, de respect et d’écoute des attentes et besoins de ces paroissiens-là. C’est pour eux, pour eux d’abord que je m’engage.

[Ce billet est susceptible d’être complété et modifié suite à vos commentaires]

Image par 22612 de Pixabay

6 comments

  1. Merci ! Pour moi cette vision du service de l’église doit être équilibré avec une claire affirmation de sa mission dans le monde (dont la paroisse participe). Dans ce que je discerne, la paroisse ne peut se « satisfaire d’elle-même » : elle aussi participe de la mission de Dieu dans le monde. Je m’interroge souvent : est-ce que telle paroisse (= l’assemblée de paroisse dans l’idéal, le conseil au minimum) a fait l’effort et pris le risque de formuler les contours que prend la mission pour elle?

  2. Merci pour cette interpellation, comme tu le mentionnes sur ton WA, il s’agit d’une réflexion réformée!
    En temps qu’évangélique mon approche est différente notamment sur la définition du « paroissien ». En ces temps de questionnement pour l’église (et les évangéliques sont aussi dans cette démarche) je me pose la question du bien fondé à vouloir rejoindre tous le monde dans ses différences. Si je comprends bien la motivation, n’est-ce pas aussi une des raisons qui fait que l’Eglise soit en partie inaudible aujourd’hui ?

  3. Merci, Didier, de ton écho. J’apprécie ton ouverture à mes propos. Je crois que tu poses la bonne question : rejoindre tout le monde dans ses différences. Est-ce seulement possible ? Certainement, qu’à vouloir parler à tous, nos Églises ne parlent à plus grand monde. Maintenant, où plaçons-nous la priorité ? S’adresser à « nos » habitués (que j’appelle paroissiens, que tu appelles peut-être membres), c’est se refermer sur le « club » de la communauté. S’adresser à tous les autres (ceux qui ne sont pas du « club », c’est trouver un langage audible et pertinent, loin de nos formulations. Cela passe sans doute par des gestes et des engagements plutôt que des discours. Mais, on est encore bien pauvres dans ce domaine. La crise nous a montré aussi que nous ne savons pas vraiment bien faire dans le domaine de la communication autre que la célébration, qu’il y a encore une marge de progression importante.
    Heureux, si nous pouvons y réfléchir au-delà de nos compréhensions communautaires et confessionnelles. Bien à toi. Amitiés. JM

  4. Hello Elio.
    Merci de ton feedback (en bon français). Tu mets le doigt là où ça fait mal, me semble-t-il. Avons-nous pris le temps de nous interroger sur la mission (au moins ses contours) qui est la nôtre. Je constate que beaucoup d’efforts et de ressources sont engagés pour la célébration, comme si c’était le baromètre de « bonne santé » de nos communautés. Certes, c’est un moment attendu qui répond à des besoins de ceux qui y participent. Mais, si on part d’un présupposé que l’Église et la paroisse sont là pour leurs paroissiens, alors il faut se demander pour lesquels ? Et si la réponse est pour ceux qui ne pas (ou pas encore ou plus) là, alors il y a encore du travail pour les rejoindre, et déjà les reconnaître. Un récent échange téléphonique m’a fait aborder la question de Jésus venu, non pas pour les bien-portants mais pour les malades. Alors, aujourd’hui, qui sont-ils ? Où sont-ils et qu’avons-nous à leur proposer ? Qu’ont-ils à nous proposer ?
    Mais si la priorité de la paroisse est de sauvé les cultes ou d’assurer son budget (je caricature), elle pèche.
    Merci de tes retours stimulants. Au plaisir d’échanger avec toi. Amitiés. JM

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