L’Évangile comme un bonbon

Chers Amis, chers frères et sœurs en Christ,

Je vous ai apporté des bonbons.
Parce que les fleurs, c’est périssable.
Les bonbons, c’est tellement bon.

Des bonbons particuliers, parce qu’ils sont sur un écran. Ensuite, ce sont des bonbons acidulés. Vous savez, ceux qui piquent d’abord la langue et nous font grimacer et qui deviennent doux et sucrés ensuite. C’est alors qu’on les savoure.

Je dois la référence aux bonbons à mes collègues et amies : Laure Devaux, Marianne Chappuis et Diane Friedli.

L’Évangile de ce matin est un bonbon. Acide dans un premier temps. Il pique nos oreilles. Mais, ce texte, parce qu’il est râpeux, a des choses à nous apprendre sur la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, sur nous-mêmes et nos relations des uns aux autres dans et hors de nos familles.

Car, c’est bien de relation dont il question. Un fil rouge qui traverse nos trois textes : famille et alliance, celle de Dieu. Autant de relations que nous vivons au quotidien.

Il y a d’abord cette histoire du prophète Élisée qui n’est pas sans rappeler celle de Sarah et Abraham : la promesse d’un enfant qu’on attend plus. La promesse pour un couple de devenir une famille, de nouer de nouvelles relations. L’alliance de Dieu qui traverse les âges, se rit des impossiblités humaines pour ouvrir à d’autres possibles, à de nouveaux liens.

Un jour, le prophète Élisée passait à Sunam ; une femme riche de ce pays insista pour qu’il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu’il passait par là, il allait manger chez elle.

Elle dit à son mari : « Écoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer. »

Le jour où il revint, il se retira dans cette chambre pour y coucher. Puis il dit à son serviteur : « Que peut-on faire pour cette femme ? » Le serviteur répondit : « Hélas, elle n’a pas de fils, et son mari est âgé. »

Élisée lui dit : « Appelle-la. »
Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte.

Élisée lui dit : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras. »  (Deuxième livre des Rois 4, 8-11 et 14-16).

Ensuite, il y a les propos de l’apôtre Paul qui fait du baptême le sceau et le signe d’alliance des héritiers d’une vie nouvelle, frères et sœurs attachés, reliés au Christ ressuscité :

Frères, Sœurs*,

Ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. (Romain 6, 3-4).

*c’est sciemment que j’ai ajouté l’interpellation aux sœurs aussi.

Et enfin, l’acidité des propos de Jésus :

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi.

Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera.

Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé.

Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste.

Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. » (Évangile de Matthieu 10, 37-42).

Une acidité qui redonne à l’Évangile tout son piquant, ai-je envie de dire. Suivre le Christ, ce n’est pas une promenade de santé, ni un long fleuve tranquille, encore moins une vue de l’esprit. Suivre le Christ est une mise en route qui exige de tout quitter, surtout ce qui fonde notre sécurité, notre confort, ce qui est notre port d’attache. Souvenons-nous des premiers disciples, Simon et André, Jacques et Jean répondant aussitôt à l’appel du Christ, un parfait inconnu pour eux, et laissant leur père se démêler avec ses filets de pêche.

Pensons encore à Levi, Matthieu, le collecteur d’impôts, laissant ses décomptes et calculs pour se mettre à la suite de ce même Jésus qui lui a dit : « Suis-moi ».

Il y a eu d’autres qui ont radicalement changé de vie pour répondre à un appel. Ils ont tout quitter pour aller vers… ils n’en savaient rien, sans doute.

Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera.

Je crois que nous avons besoin de réentendre ces paroles, un peu acides de prime abord. À l’image des bonbons. On préférerait certainement ne pas trop s’attarder et passer assez rapidement. À se dire qu’il y a sûrement mieux… Ailleurs, des mots plus sucrés, plus savoureux, plus doux aux oreilles.

Mais, ces mots parlent d’amour. Ils laissent deviner toute leur douceur, comme les bonbons, une fois la coque fendue. Et c’est cela qui compte ! L’amour. Un amour entier et exclusif, qui occupe toute une vie.
C’est parce qu’en Jésus, Dieu, le premier, nous aime d’un amour tout entier, que nous sommes appelés à l’aimer de la même manière. Le reste de notre vie, tout le reste, découle de cet amour premier.

Christain Bobin a écrit :

Si Dieu n’est pas dans nos histoires d’amour, alors nos histoires ternissent, s’effritent et s’effondrent.

L’appel du Christ impose des choix, parfois difficiles et cornéliens : qui pourrait choisir entre son père, sa mère, son fils, sa fille et Jésus ?

Mais, en accueillant Jésus, et donc Dieu, dans sa vie, en accueillant son amour pour nous, on transforme les liens qui nous unissent. On donne sa vraie place – son autonomie – à chacun. On devient petit pour donner à l’autre l’espace de grandir et devenir qui il est, qui il est appelé à être. Car, c’est bien cela que Jésus n’a eu de cesse de rappeler au travers des guérisons : redonner leur place à ceux qui n’en avaient plus, ceux à qui on ne voulait pas donner de place. C’est cela que Jésus veut pour chacun de nous : que nous soyons des hommes et des femmes libres, debout et en marche… Qui qui annonçons que chacun a une vraie place dans le monde et dans la vie, et sous le regard de Dieu. Là est l’essentiel.

Les trois mois que nous venons de vivre ont eu un impact sur nos vies, sur nos familles, sur nos vies de familles et les liens qui nous unissent. Et aussi sur notre vie d’Église et de communauté. Ceux-ci se sont-ils renforcés ? Ont-ils été mis à mal ? Y a-t-il eu des liens qui se sont tissés ou rompus dans et au-delà de notre cercle familial ? Et Dieu ? Et Jésus dans tout cela ? Avaient-ils encore une place ? La première ?

Autant de questions que je vous laisse tout simplement, sans vous demander de réponse, parce qu’elles vous appartiennent. Et je sais qu’ici, dans la paroisse de La Côte, vous avez été nombreux et nombreuses à tisser du lien, à avoir pris soin les uns des autres d’une manière ou d’une autre. À avoir donné une orientation nouvelle, et peut-être durable, à vos existences.

Cela, l’auriez-vous fait, auriez-vous pu le faire si l’amour du Christ ne vous avait pas animés ? Si vous n’aviez pas mis le Christ au centre ou à la première place ? N’avez-vous pas accueilli ou donné à accueillir le Christ dans vos vies au travers des signes d’amitié et de fraternité qui ont été les vôtres ?

Certainement pas.

Amen.

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