28 novembre 2022
Enceints de Dieu

Enceints de Dieu

Prédication du dimanche 12 décembre, 3e de l’Avent, en la Blanche-Église.

Pour ce culte du troisième dimanche, je me suis laissé inspirer par la rencontre de Marie et d’Élisabeth, sa cousine. Un texte qui parle à chacun, qu’on soit homme ou femme, qu’on ait des enfants ou non…

Textes bibliques :

Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes : c’est Jésus-Christ le Seigneur que nous prêchons, et nous nous déclarons vos serviteurs à cause de Jésus.  En effet, le Dieu qui a ordonné que la lumière brille du sein des ténèbres a aussi fait briller sa lumière dans notre cœur pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu dans la personne de Jésus-Christ.

Nous portons ce trésor dans des vases de terre (ou d’argile) afin que cette puissance extraordinaire soit attribuée à Dieu, et non à nous. Nous sommes pressés de toutes parts, mais non écrasés ; inquiets, mais non désespérés ; persécutés, mais non abandonnés ; abattus, mais non anéantis.

2 Corinthiens 4, 5-9

 

Marie s’empressa de se rendre dans une ville de la région montagneuse de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant remua brusquement en elle et elle fut remplie du Saint-Esprit. Elle s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie parmi les femmes et l’enfant que tu portes est béni. Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne vers moi ? En effet, dès que j’ai entendu ta salutation, l’enfant a tressailli de joie en moi. Heureuse celle qui a cru, parce que ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira. »

Luc 1, 39-45

Prédication :

Retrouvez la version audio enregistrée à la Blanche-Église de La Neuveville.

 

Qui suis-je pour vous dire cela ?

Qui suis-je, chers Amis, Frères et Sœurs en Christ ? Oui, qui suis-je, moi un homme pour oser affirmer quelque chose à propos de la rencontre de ces deux femmes, Marie la jeune et Élisabeth la vieille, toutes deux enceintes de leur premier enfant ? Qui suis-je, moi qui n’ai pas d’enfants, pour prétendre comprendre quelque chose à la maternité et à ses mystères ? Ne devrais-je pas plutôt me taire ? Sans doute…

Mais, je vais me montrer audacieux, prétentieux peut-être : je suis convaincu que la rencontre de Marie et d’Élisabeth, ce n’est pas seulement une histoire de « bonnes femmes » ! Plus je lis et relis ce texte, plus je suis persuadé qu’il vient déposer quelque chose en soi, femme ou homme, qu’on ait des enfants ou non. Un quelque chose comme la joie de la rencontre, comme un éclat de vie, d’espérance, comme une promesse d’avenir que nous avons à porter et à faire grandir.

Le premier mot qui me vient à la lecture de cette rencontre et de cet élan de vie de Marie vers Élisabeth, c’est enceint. Vous avez bien entendu, j’ai dit enceint et pas enceinte. Et je ne suis pas sûr que ce mot puisse être décliné au masculin dans ce sens-là. Mais c’est celui qui me parle, qui me convient.
Parce qu’il y a de ces rencontres, de ces salutations, de ces nouvelles qui nous font tressaillir jusqu’à nos entrailles, jusqu’au plus profond de nous-mêmes.

Par exemple : retrouver un ami dont on était sans nouvelle depuis des années. Tomber amoureux. Apprendre une naissance possible alors que la médecine avait abandonné tout espoir. Oui, ça arrive, parfois. Et on a envie de le crier sur tous les toits ! Mais il y en a d’autres de ces nouvelles qui nous terrassent ; qui nous font frémir jusqu’aux entrailles : la mort brutale et injuste d’un enfant. Le diagnostic d’une maladie incurable. Oui, ça arrive aussi. Et on reste alors sans voix ou on a envie, besoin de hurler à la face du monde !

Des paroles qui nous bouleversent au plus profond de soi. Voilà qui me fait dire que nous sommes, nous hommes, nous femmes, enceints de cette étincelle de vie, qui réagit à ce que nous entendons et percevons. Et bien ici, c’est la joie qui est au cœur d’Élisabeth. Une joie ressentie d’abord par l’enfant qu’elle porte et qui se met à bouger brusquement. Cet enfant n’est autre que Jean, celui qui deviendra le Baptiste.

Avant tous les progrès de la gynécologie, Luc, médecin lui-même, savait ou devinait, que l’enfant réagit déjà dans le sein de sa mère aux stimulations extérieures. Pensez à la musique, aux voix. Je ne sais pas où Luc le médecin placerait le siège des émotions. Peut-être dans le cœur, peut-être dans le ventre, ou alors dans le cerveau…
Et vous, qu’en dites-vous ?
La science n’a fait que confirmer ce que les anciens avaient déjà compris en leur temps : l’intime profondeur de l’être se situe quelque part autour du ventre dans ce que la Bible appelle les entrailles. C’est là le siège des émotions, le siège de la vie. C’est là que se situe notre second cerveau, pour reprendre les mots de la médecine d’aujourd’hui.
Et il nous est déjà arrivé de ressentir une vive émotion d’abord au niveau du ventre avant d’arriver à notre cerveau qui lui essaie de rationnaliser, de comprendre, d’expliquer.
Quand on est inquiet, stressé, on a l’estomac noué.
Le corps lui -dit-on- ne ment pas. Il exprime ses émotions sans filtre, au point de nous faire accoucher de paroles que nous n’imaginions même pas. Louange d’Élisabeth.

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Image: Pixabay.com – Nous portons la vie.

Enceints de vie

Nous portons la vie en nous et ce n’est pas qu’une addition de phénomènes physiologiques. Il y a plus.
Il y a ce qui fait que nous sommes enceints du Christ. Enceints du Dieu fait homme. Enceints d’une parole qui prend chair. Enceints encore d’une connaissance de Dieu.
Nous sommes enceints, mais aucune échographie ne pourra jamais le prouver.

Oui, nous, nous humains, que Paul qualifie, non sans raison de vases d’argiles, contenons le trésor de la gloire de Dieu. Rien que cela ! Une gloire vivante comme un enfant qui se développe et grandit. Le contraste entre la gloire de Dieu et la fragilité d’un corps humain est évident et parlant, mais l’argile est aussi cette matière qui peut se transformer, changer, gagner en beauté sous les doigts experts du potier.

Et si ce potier était justement le Christ, cette parole devenue chair, devenue l’un de nous, et qui nous transforme de l’intérieur jour après jour, qui fait croître la vie et l’espérance en nous. Malgré tout… Mais n’oublions pas : nous sommes vases et rien que des vases, À Dieu seul la gloire ! Et à lui seul.

Paul va encore plus loin : même si nous sommes des vases d’argile, nous sommes résistants aux épreuves du temps : nous sommes pressés, mais non écrasés, inquiets mais non désespérés, abattus, mais non anéantis.
Il y a cette force de vie qui nous est donnée, déposée en nous, qui bouge et nous fait bouger.

Nous sommes enceints de cette gloire de Dieu qui illumine tout notre être, de cette joie intérieure qui remue brusquement aux voix qui nous parviennent, qui nous rappelle que nous sommes vivants et c’est cela qui compte.

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Image: Pixabay.com – Il y a en nous cette espérance qui vit, bouge et grandit

En chemin…

Semaine après semaine, nous avançons vers la crèche de Noël. Nos pas sont-ils hésitants, ou franchement déterminés ?
Nous sommes peut-être comme Marie qui ne peut rester en place. Nous marchons, nous courons aussi dans la frénésie de Noël ou pour annoncer cette naissance à venir à qui veut l’entendre… Ou pas d’ailleurs.

Ou alors nous sommes à l’image d’Élisabeth qui, calmement, reste à la maison, prêts à accueillir une visite, ouverts à la rencontre qui nous réjouira jusqu’au plus profond de notre être. Je viens de lire cette citation de Boris Cyrulnik :

Une vraie rencontre provoque une influence réciproque. Deux mondes intimes interagissent et chacun modifie l’autre.

Marie et Élisabeth l’ont vécu. Luc l’a compris.

Quoi qu’il en soit, si nous prenions du temps, un peu chaque jour, pour découvrir une fois encore le trésor inestimable que Dieu a déposé au plus intime de nous, dans notre cœur, dans notre matrice, dans nos entrailles ?
Si nous nous mettions à l’écoute de cette joie tenace et bougillonne qui vient de l’intérieur, qui vibre à chaque rencontre vraie et sincère. Cette joie qui donne la force de croire et d’espérer malgré tout. Si nous nous réchauffions à la douce chaleur de la gloire du Dieu Très-Haut en nous ?
Et si nous prenions du temps comme une mère pour sentir son enfant bouger en elle, pour « écouter » ses mouvements, pour le rencontrer au plus intime ?

Mais qui suis-je pour vous inviter à cela ?
Amen.

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