Bonne année… Quand même !

Difficile d’adresser des vœux de bonne et heureuse année en ces temps où des conflits armés larvent notre monde, et pas qu’en Ukraine, où des menaces de pénurie incitent à la sobriété (fût-elle heureuse), où un virus fait encore parler de lui et tout cela sur fond de réchauffement climatique. N’est-ce pas naïf de croire que 2023 sera bonne et heureuse, meilleure que 2022 ? Les échos du monde nous incitent plutôt à la résignation voire au désespoir. Et pourtant !

Depuis quelques jours, une parole résonne en moi et m’accompagne. Je vous la partage. Elle vient de la lettre aux Hébreux :

La foi est une manière de posséder déjà ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités que l’on ne voit pas.
Hébreux 11, 1.

Tout se joue dans le « déjà ». La confiance en Dieu – ce que désigne la foi – est ce regard porté sur aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’un vague espoir pour demain ou après-demain, ni prier pour un monde meilleur,  pas plus qu’une illusion en un « paradis » à venir. Cette confiance en Dieu me conduit à considérer maintenant déjà que les promesses de Dieu sont réalisées et que nous en sommes les heureux destinataires.

Mais, il ne s’agit pas pour autant de nier l’évidence, ressemblant à ces trois singes dont l’un se bouche les yeux, un autre les oreilles et le dernier la bouche et se réfugier dans une bulle hors du temps, hors du monde, en attendant que ça passe. Je crois qu’au contraire, nous avons à être lucides, gardant les yeux et les oreilles grands ouverts et notre bouche prête à partager cette espérance qui nous anime, nous qui plaçons notre confiance en ce Dieu qui veut le meilleur pour chacun·e.

J’emprunte une image à Marc Pernot (Espérance véritable ou « poudre aux yeux » ?) : regardons un champ dont la terre semble desséchée. Sait-on seulement ce qu’il y a en dessous ? A-t-on idée des graines qui sont en train de germer, de faire leurs racines, traçant leur chemin vers cette terre nourricière, de la vie cachée ? Et quand la première pousse verte et vigoureuse apparaît au grand jour, il y a déjà tout un processus qui a commencé bien avant. Et si, au milieu des mille et une raisons de désespérer aujourd’hui, il n’y en avait qu’une seule de croire à cette espérance tenace en un présent et un avenir, aujourd’hui déjà, alors cela en vaut la peine !

L’espérance consiste à délibérément chercher et discerner ce qui est prometteur dans notre être, dans notre monde : un quelque chose de vivant, ou un processus ou une source qui a fait naître de la vie en supplément dans notre existence, ou de la paix, ou un certain bonheur, simplement du mieux.
Marc Pernot, pasteur, Espérance véritable ou « poudre aux yeux » ? (jecherchedieu.ch)

Bien sûr, on pourra me répondre que c’est une manière – certainement naïve – de se rassurer. Et bien, pour moi, c’est la voie que je choisis aujourd’hui, pour ne pas désespérer de ce que je vois et lis dans les médias. Et tout comme le paysan qui a semé, nous avons chacune et chacun en nos mains des graines d’espérance que nous pouvons semer à notre tour et dès aujourd’hui dans le terreau de nos vies à toutes et tous. Nous pourrions ainsi être étonnés et nous émerveiller des beautés qui s’offrent à nous, des instants de pure joie, des rencontres vraies et sincères, des horizons qui se dégagent.

Dans un autre billet de ce blog, j’ai suggéré que nous sommes enceints de Dieu, porteurs et porteuses de cette espérance qui ne vient pas que de nous. Et rien à voir avec la biologie qui laisserait ce privilège aux seules femmes, car en chacune et en chacun aussi croît cette force qui ne cesse de nous appeler à la vie, même si nous n’en avons pas toujours conscience. Car, parfois, la maladie, la solitude ou la dépression nous empêchent d’y être attentifs, jetant un voile sur nos yeux, mais elle est là, quand même et malgré tout, cette force.

Dans cette confiance que nous ne voyons pas tout, que nous ne maîtrisons pas tout, que Dieu veille et agit pour le bien de chacun·e et qu’il nous fait confiance à son tour, je vous adresse mes meilleurs vœux pour une bonne et heureuse année, animé·es  déjà de cette espérance qui vient de Dieu.

Image par Myriams-Fotos de Pixabay

 

La parole des commencements

Quelques textes et méditations de la veillée de Noël, le 24 décembre 2022 au temple de Cortaillod.

Parole : Genèse 1, 1-5 : Que la lumière soit…

Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. La terre n’était que chaos et vide. Il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme et l’Esprit de Dieu planait au-dessus de l’eau.
Dieu dit: «Qu’il y ait de la lumière!» et il y eut de la lumière. Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et les ténèbres nuit. Il y eut un soir et il y eut un matin. Ce fut le premier jour.

Accueil et invocation

Il était une foi(s)…

Une parole venue du fond des âges. Cette parole raconte une histoire. Et pas n’importe laquelle : l’histoire que Dieu a choisi de tisser avec chacun·e d’entre nous.

Cette histoire se joue du temps, car elle est d’hier, d’aujourd’hui et de toujours. Elle nous fait goûter à l’éternité. La parole qui nous est adressée ce soir, c’est celle de Dieu qui nous accueille en cette nuit, veille de Noël.

Cette parole est naissance et c’est le Dieu de la vie qui la murmure à chacun·e d’entre nous ici, et aussi à chaque habitant·e de la terre. Cette parole, accueillons-la dans le silence, faisons-lui un peu de place dans l’effervescence de ce temps de fêtes. Écoutons-la : « Il était une fois… »

Et accueillons-nous les un·es les autres à ce temps de veillée, au cœur de la nuit, où textes, chants, prières et méditations, viendront illuminer nos cœurs. Cela est bon, car c’est l’œuvre de Dieu. Accueillons encore toutes celles et tous ceux qui n’ont pas pu venir, mais à qui nous pensons. Elles.Ils sont là et reçoivent aussi cette parole de vie et de bénédiction :

Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père,
de son Fils Jésus-Christ, dans le souffle, l’unité et la lumière de l’Esprit-Saint.

Cette veillée sera placée sous le signe de la lumière qui, au cœur de la nuit, vient dire une présence, une naissance, une espérance. Dans quelques heures, cette lumière laissera place à l’aurore d’un jour nouveau où nous accueillerons et fêterons une naissance, celle de « Dieu avec nous » en l’Emmanuel. Cela est bon, car c’est là l’œuvre de Dieu.

Lever de soleil
Que la lumière soit ! – Image par Arek Socha de Pixabay

 

Entrons dans ce temps par la prière avec les mots de Dietrich Bonhoeffer :

Prière d’invocation

Seigneur,
Donne-nous aujourd’hui
D’être présents à ta parole !
Donne-nous d’oser croire aujourd’hui
À la vie et à la résurrection.

Père,
En moi, tout est sombre,
Mais en toi est la lumière.
Je suis seul,
Mais tu ne m’abandonnes pas.
Je suis sans courage,
Mais le secours est en toi.
Je suis inquiet,
Mais la paix est en toi.

En moi habite l’amertume,
Mais en toi est la patience.
Je ne comprends pas tes voies,
Mais, tu connais mon chemin.

Parole : Évangile de Jean 1, 1-8 : la véritable lumière

Au commencement, la Parole existait déjà. La Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Tout a été fait par elle et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. En elle il y avait la vie, et cette vie était la lumière des êtres humains. La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas accueillie.

Il y eut un homme envoyé par Dieu; son nom était Jean. Il vint comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière afin que tous croient par lui. Il n’était pas la lumière, mais il vint pour rendre témoignage à la lumière.

 Méditation

La parole des commencements n’est pas restée accrochée à une étoile tout là-haut dans le ciel, hors d’atteinte, hors de portée. Cette parole, si puissante soit-elle – puisque rien de ce qui existe n’a été fait sans elle – cette parole, donc, est descendue pour illuminer le monde de la lumière d’en-haut.

Ainsi, d’une parole, toute la lumière a été faite sur la création entière. Cette parole de vie et de lumière vient éclairer chaque être de ce monde, car personne n’est trop insignifiant pour ne pas la recevoir.

Cette parole a eu du mal à se frayer un chemin au travers des cœurs humains, souvent endormis ou somnolents. Mais, elle a tenu bon, jusqu’à s’emparer des lèvres de Jean, celui qui baptisait au bord du Jourdain. Elle a fait de lui une voix qui, elle aussi, a eu du mal à se frayer un chemin au travers des cœurs humains. Mais elle a tenu bon pour venir jusqu’à nous.

Cette parole a traversé la nuit pour venir nous visiter aujourd’hui et nous dire, une fois encore, l’amour infini de Dieu. Elle fait de chacun de nous un témoin de cet amour.

Le Dieu des commencements nous fait confiance pour porter sa parole et son amour, pour les faire rayonner tout autour de nous, par nos gestes et nos mots – peut-être maladroits ou balbutiants, mais qu’importe – Dieu nous accompagne ; son Esprit nous inspire.

Cette parole nous traverse à notre tour, faisant son chemin, et nous mettant en route vers un horizon que nous découvrons à chaque pas. Ou nous faisant traverser une nuit qui annonce la lumière d’un jour nouveau.

Cette parole nous incite à faire un pas de plus, dans la confiance que nous ne sommes pas seul·es, malgré les doutes et les angoisses.

Un homme médite sous les étoiles
La parole est devenue une voix – Image par Євген de Pixabay

Parole : Évangile de Jean 1, 14-18 : La parole s’est faite sœur en humanité

Et la Parole s’est faite homme, elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père.

Jean lui a rendu témoignage et s’est écrié: «C’est celui à propos duquel j’ai dit: ‘Celui qui vient après moi m’a précédé, car il était avant moi.’» Nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce sur grâce. En effet, la loi a été donnée à travers Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues à travers Jésus-Christ. Personne n’a jamais vu Dieu; Dieu le Fils unique, qui est dans l’intimité du Père, est celui qui l’a fait connaître.

 Méditation

La parole des commencements n’est pas restée que souffle survolant le monde ou traversant les cœurs. Elle a pris chair, elle est devenue chair. Elle est née au monde.

La parole est devenue notre sœur en humanité, pour être au plus près de ce que nous vivons. Ce n’est ni un concept ni une théorie, ni un dogme ! C’est une naissance ! La parole s’incarne en ce « Dieu avec nous » ou mieux encore, ce « Dieu en nous » dont la lumière nous illumine de l’intérieur. En Jésus, c’est Dieu qui naît au monde pour lui faire entendre sa parole d’avenir et d’espérance aujourd’hui déjà. En Jésus, c’est un amour sans condition qui appelle chaque être de ce monde à sa propre naissance, à devenir qui il et elle est.

Voilà que la lumière et la parole de Dieu s’unissent, s’épousent en un seul mot : la grâce. Cette grâce, c’est ce regard empreint d’amour et de dignité posé par Dieu sur chacun·e sans condition. Et personne n’est trop insignifiant pour en être privé. Ce n’est ni un concept, ni une théorie, ni un dogme, c’est une invitation à la confiance.

En Jésus, la grâce prend un visage, reflet de Dieu lui-même.

En Jésus, ce n’est pas seulement un père, une mère qui donne un fils, c’est Dieu lui-même qui se fait connaître, qui se donne à connaître, qui se donne tout simplement dans la simplicité d’une crèche, dans la faiblesse d’un nouveau-né, dans la force d’un destin et d’une espérance.

C’est Dieu qui fait de cette nuit, une nuit lumineuse, une nuit bienheureuse.

Voie lactée
Le ciel s’illumine – Image par Rene Tittmann de Pixabay

Parole : Évangile de Luc 2, 1-13 : La parole naît au monde

A cette époque-là parut un édit de l’empereur Auguste qui ordonnait le recensement de tout l’Empire. Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville d’origine.

Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée dans la ville de David, appelée Bethléhem, parce qu’il était de la famille et de la lignée de David. Il y alla pour se faire inscrire avec sa femme Marie qui était enceinte. Pendant qu’ils étaient là, le moment où Marie devait accoucher arriva, et elle mit au monde son fils premier-né. Elle l’enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle des hôtes.

Il y avait dans la même région des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour y garder leur troupeau. Un ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Ils furent saisis d’une grande frayeur. Mais l’ange leur dit: «N’ayez pas peur, car je vous annonce une bonne nouvelle qui sera une source de grande joie pour tout le peuple: aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur qui est le Messie, le Seigneur. Voici à quel signe vous le reconnaîtrez: vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire.» Et tout à coup une foule d’anges de l’armée céleste se joignit à l’ange. Ils adressaient des louanges à Dieu.

Méditation

La parole des commencements s’inscrit dans l’histoire du monde. Elle réalise ce qu’elle promet. Cette parole, portée par des messagers il y a fort longtemps s’est déjà adressée à un vieillard du nom d’Abraham, à un prêtre du nom de Zacharie, à une jeune fille prénommé Marie. Elle n’est pas restée sans effet. Elle a été porteuse de vie et elle a donné naissance à ce qu’elle promettait.

Cette parole ne s’adressait pas seulement à des « élus », triés sur le volet qui auraient, par des actes de foi exemplaires, mérité d’en être les seuls bénéficiaires.

Abraham et sa femme Sarah, Zacharie et Elisabeth, Marie et Joseph et tant d’autres que l’histoire a retenus ont été reconnus justes par Dieu, par grâce, sans mérite. C’est là l’œuvre du Seigneur.

Et des bergers, des « marginaux », des pauvres par nature à cette époque-là, ont été les premiers bénéficiaires de la Bonne Nouvelle, parce que personne n’est trop insignifiant pour ne pas la recevoir.

Cette parole a traversé la nuit du monde pour illuminer leur ciel, pour les réveiller et les mettre en marche.

Et ce soir, cette même parole, celle des commencements, venue du fond des âges, c’est à nous qu’elle s’adresse, c’est nous qu’elle vient illuminer, c’est nous qu’elle vient réveiller et mettre en marche.

C’est nous qu’elle prend pour témoins de la fidélité, de l’amour, de la grâce de Dieu pour chacun·e et pour tou·te·s.

Ce soir, c’est notre ciel qui s’illumine et qui résonne. Le concert des anges nous conduit à rejoindre tous ceux et toutes celles qui, à leur tour, se sont déjà mis en route vers une crèche. Celle-ci pourrait être à Bethléem, mais plus sûrement aussi, cette crèche où la parole de Dieu vient incarner les premiers mots de l’histoire, c’est notre cœur. Aujourd’hui, cette parole annonce une bonne nouvelle, celle d’une naissance : « Dieu en nous et pour toujours ! » Chut ! Écoutez ! La parole des commencements nous raconte une histoire : Il était une foi(s)… Amen.

Bible ouverte
La parole de tous les temps – Image par Piotr de Pixabay

Prière d’intercession (pasteur Ion Karakash)

Dieu du temps et de l’histoire,
Des commencements et des résurrections,
Dieu de la mémoire et de la promesse,
Enseigne-nous à vivre avec le temps,
À l’accueillir comme un cadeau de toi,
Donne-nous de l’aimer
Dans ses dimensions d’instant et d’éternité.
Donne-nous d’aimer le temps passé :
Qu’il soit pour nous mémoire, plutôt que nostalgie
Sève et sagesse, plutôt que relique idolâtrée.

Donne-nous d’aimer le temps à venir :
Qu’il soit pour nous destination choisie,
Plutôt que destin redouté,
Promesse qui rassemble,
Plutôt que rétribution qui divise.

Donne-nous d’aimer surtout le temps présent :
Qu’il soit dans nos mains comme pâte à pétrir,
Plutôt que sable fuyant entre nos doigts,
Qu’il soit signe de ton Royaume à suivre sur nos chemins d’humanité,
Plutôt qu’empire à préserver

Merci ! Pour hier et pour les temps passés. Oui, et que ton Règne vienne !
Merci ! Pour demain et les temps à venir. Oui, et que ton Règne vienne !
Me voici, nous voici ! Pour aujourd’hui et le temps présent de l’humain.
Oui, et que ton Règne vienne !

Amen.

Qu’attendez-vous ?


Prédication lors de la célébration oecuménique sur la Place de la Liberté de La Neuveville le dimanche 26 juin 2022. La thématique retenue était l’attente : « Vous êtes attendus », telle était l’invitation donnée largement ce jour-là.

« Et vous, qu’attendez-vous de moi ? » C’est la question que j’ai posée à mes collègues lors de la préparation de cette célébration oecuménique. Pour toute réponse, il y a d’abord eu un long silence. Puis, cette proposition : « Et si tu nous parlais des attentes de Dieu ? » Merci les collègues ! La réponse à cette question n’était de loin pas évidente. Et j’aurais pu lire des livres de théologie, pour tenter d’esquisser une réflexion sans doute compliquée. Mais j’ai préféré puiser quelques pistes à partir de mes expériences vécues, et notamment de mon engagement à La Lanterne, l’aumônerie de rue oecuménique en Ville de Neuchâtel. Et en y réfléchissant, il m’est venu ce texte biblique :

Jésus savait que le Père avait tout remis entre ses mains, qu’il était venu de Dieu et qu’il retournait vers Dieu. Il se leva de table, quitta ses vêtements et prit un linge qu’il mit autour de sa taille. Ensuite il versa de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait autour de la taille (…)

Après leur avoir lavé les pieds, il reprit ses vêtements, se remit à table et leur dit : Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez comme je vous ai fait. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son seigneur, ni l’apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé. Si vous savez cela, vous êtes heureux, pourvu que vous le mettiez en pratique.

Évangile de Jean 13, 3-5.12-17

Continuer la lecture de Qu’attendez-vous ?

La leçon de la nature

Les conditions météo actuelles nous incitent à penser à nos jardins, à préparer le terrain, à retourner le sol. Et éclosent alors les questions :  que va-t-on planter ? Est-ce que c’est le bon moment ? Faut-il encore attendre un peu ?

La nature, dans toute sa diversité, est riche d’enseignements pour nos vies tout humaines. En effet, une graine contient en elle une vie en devenir, encore invisible à nos yeux. Pour que cette vie prenne vie justement, il faut que le grain meure. Il faut laisser le temps à la nature afin qu’elle fasse son œuvre pour que sorte de terre une plante à la forme particulière que le grain ne montre pas encore. Pensez encore aux chenilles, parfois un peu « moches » qui donneront naissance à de magnifiques papillons après un temps passé dans le secret de la chrysalide.

La nature et Pâques disent la même chose : Jésus le Christ est passé par cette « chrysalide » en forme de tombeau, pour passer de la mort que nous croyons connaître à une vie nouvelle aux contours toujours à découvrir.
Nos existences connaissent indéniablement de ces moments « creux », de ces deuils, des « Samedi-Saint » où il ne se passe rien, du moins en apparence. Et c’est justement dans ces « hivers » apparents que la transformation commence à s’opérer et nous pourrions bien être surpris de la forme que prendra notre avenir sous le regard de Celui qui créa le ciel et la terre. Et il vit que cela était bon, très bon même.

Ce texte légèrement modifié a été publié pour la première fois dans le Courrier de La Neuveville.

Image par GLady de Pixabay

La loi de l’Amour

Une méditation à propos de la parabole du bon Samaritain.

En préambule, une citation paraphrasée de Martin Luther King :

L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut. La tristesse ne peut pas chasser la tristesse, seul l’amour le peut.

Texte biblique

Il était une fois un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho, quand il fut attaqué par des brigands. Ils lui arrachèrent ses vêtements, le rouèrent de coups et s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Or il se trouva qu’un prêtre descendait par le même chemin. Il vit le blessé et, s’en écartant, poursuivit sa route. De même aussi un lévite [un autre religieux] arriva au même endroit, le vit, et, s’en écartant, poursuivit sa route.
Mais un Samaritain qui passait par là arriva près de cet homme. En le voyant, il fut pris de compassion. Il s’approcha de lui, soigna ses plaies avec de l’huile et du vin, et les recouvrit de pansements. Puis, le chargeant sur sa propre mule, il l’emmena dans une auberge où il le soigna de son mieux. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, les remit à l’aubergiste et lui dit : « Prends soin de cet homme, et tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai moi-même quand je repasserai. »

Luc 10, 30-35

Message

Une histoire bien (trop) connue

On la connaît bien cette histoire, celle du bon samaritain. Elle revient à notre mémoire dès les premiers mots. Et même si c’est une vieille histoire, elle dit quelque chose pour nous ici, pour nous aujourd’hui.

En la lisant, c’est certainement la figure du samaritain, de cet étranger au peuple juif, qui retient notre attention. On s’identifie, on aimerait s’identifier à lui, à son souci de l’autre, à son dévouement, à ses gestes, à sa générosité. Et on regarde un peu vite, et de manière critique, les deux religieux qui, au nom de leurs principes, ont fait un détour. Eux, ils sont respectueux de règles et d’interdits, comme de s’approcher d’un blessé dont on sait s’il vit encore.

Eux, ils mettent la loi à la première place.

Le samaritain, lui, ne connaît qu’une loi, celle de la solidarité, celle de l’amour. Sans chercher d’abord à savoir qui est ce voyageur à demi-mort, sans chercher à connaître les circonstances de son agression, sans s’assurer d’abord qu’il est ceci et non cela, il agit… Avec ce qu’il a sous la main, ou plutôt dans les sacs sur sa mule : un peu d’huile, du vin pour soigner les plaies, une monture pour mener le blesser à l’auberge, deux pièces d’argent pour les frais… Et la promesse de revenir payer ce qui pourrait encore manquer.

C’est vrai qu’on aimerait tous ressembler à cet anonyme, qui s’est arrêté, qui a pris soin, qui a aidé et donné de son temps, de ses vivres et de son argent. Y parvenons-nous ? Nous y essayons-nous ?

Une histoire pour tous les temps

C’est une histoire qu’on connaît bien et qui parle à la plupart d’entre nous, qu’on soit fins connaisseurs de la Bible ou plus distancés des références du Grand Livre. Parce qu’avant d’être un texte évangélique, c’est une histoire de sagesse universelle.

L’épisode du bon samaritain vient aussi poser des questions, entre les lignes. Questions qu’on découvre si on prend la peine de s’arrêter un instant. Pourquoi ce voyageur a-t-il été détroussé ? Pourquoi, si Dieu, un Dieu, existe là-haut, ou là-bas, n’a-t-il rien fait pour empêcher cela ? Pourquoi les religieux n’ont-ils pas été émus par la situation tragique de ce voyageur… en bien mauvaise posture, rappelons-le, préférant passer leur chemin ?

Des questions… Encore des questions

Des questions de tous les temps. Des questions qui subsistent aujourd’hui encore, avec certainement un peu plus d’intensité à l’heure où l’humanité doit apprendre à vivre différemment. Pourquoi…

Ce texte ne répond pas à ces pourquoi. Et c’est tant mieux. Parce que la réponse appartient à chacun de nous. Ce sont nos croyances, nos convictions, nos valeurs, nos rencontres, notre vie qui orienteront la réponse, les réponses, que nous donnerons à ces pourquoi.

Mais si ce texte ne répond pas à ces grandes questions existentielles, il donne une attitude possible : oser agir. Risquer le geste qui aide, qui prend soin, se montrer solidaire. Mettre à disposition un peu de ce que nous avons pour faire du bien là où c’est à notre portée. Plutôt que d’affirmer que je ne peux pas sauver le monde – et c’est vrai – je peux faire un geste pour mon voisin, pour mon collègue, pour cet étranger, pour ce marginal, pour ce blessé de la vie. Juste ce qui est à ma portée. Pour le reste, je fais confiance à la solidarité humaine, à plus grand que soi. C’est peut-être naïf, mais je suis persuadé, je crois, que nous pouvons compter, non seulement les uns sur les autres, mais aussi sur plus que nos propres forces.

Et aujourd’hui en particulier, nous sommes confrontés à des questions dont la réponse n’est évidente pour personne : la vie, la maladie, la souffrance, la mort et après…

La vraie question à se poser est certainement celle-ci : plutôt que de se demander s’il y a une vie après la mort, demandons-nous comment nous vivons avant la mort.

Image : Falco sur Pixabay.com