Marie, notre sœur

Méditation de Vendredi-Saint.

Rejoignons l’un des disciples de Jésus, témoins de la Croix.

À lire ou à écouter ici.

Notre compagne

Avec nous, les onze, tous des hommes, il y a des femmes et parmi elles, Myriam, la mère du Maître. Son courage et sa dignité nous ont impressionnés. On se souvient d’elle au pied de l’infâme châtiment, il y a quelques jours. Elle n’a pas détourné ses yeux pleins de larmes, les plongeant dans ceux de son fils qui hurlait de douleur et en appelait à son père. Lui, le charpentier, n’était pas là. Mais était-ce vraiment lui qu’il suppliait quand il murmurait dans un souffle : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font… » ? J’ai toujours pensé que ces mots étaient adressés à un autre que Yosef le charpentier : c’était une prière adressée à L’Imprononçable.

Sa dignité impressionne

Devant lui qui avait les bras écartés et sanguinolents, elle tenait ses mains jointes et sursautait à chaque coup de marteau dans la chair de sa chair. Elle criait avec lui, mais restait debout, pour montrer toute l’absurdité de la justice des chefs de tout poil. Elle voulait répondre par l’amour d’une mère à la violence et la méchanceté des hommes. Y avait-il d’ailleurs des pères parmi ceux qui infligeaient cette torture à son fils ? Elle en doutait, et moi aussi, car comment auraient-ils pu accepter si ça avait été leur enfant qui avait été là à agoniser ? Comment auraient-ils pu supporter ? Mais, je ne sais pas moi-même de quoi certains pères peuvent être capables.

Elle tenait bon, droite et digne, comme elle en avait l’habitude. Les autres partis, elle restait là, unissant sa prière de mère à celle de son fils :

« Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (…)

Donner la vie. Rendre la vie

Elle n’avait jamais songé devoir la rendre si tôt, cette vie qui avait grandi dans sa matrice. Il y a des deuils et des souffrances qui forgent le caractère. Myriam était de ces femmes qui impressionnent et qui forcent le respect, parce que la vie ne les a pas épargnées.

Ce jour-là, celui du châtiment, seule, elle a suivi les porteurs jusqu’au tombeau. Ils ont déposé le corps de son fils, avec les égards qu’on doit à un mort et ont poussé la pierre de toutes leurs forces, pour en fermer l’entrée, comme on met un point final à une histoire.

Le sabbat a jeté son voile sur cette dernière image.

Nous essayons d’oublier un peu, mais Myriam ne pourra jamais oublier. Elle gardera toute sa vie devant ses yeux cette image d’une pierre inviolable entre elle et son fils. Entre elle vivante et lui mort. Une pierre qui pèse sur son cœur de mère, de femme. À sa place, j’en voudrais à la terre entière. Elle aussi. Enfin, je crois. C’est pourquoi elle pleure parfois et murmure des mots incompréhensibles, comme une secrète litanie.

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Extraits adaptés de MATTAÏ. Un destin au souffle de l’Esprit.
Jean-Marc Leresche.  Éditions SUR LE HAUT, 2020.

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