27 septembre 2022
Attendre sur un banc

Qu’attendez-vous ?


Prédication lors de la célébration oecuménique sur la Place de la Liberté de La Neuveville le dimanche 26 juin 2022. La thématique retenue était l’attente : « Vous êtes attendus », telle était l’invitation donnée largement ce jour-là.

« Et vous, qu’attendez-vous de moi ? » C’est la question que j’ai posée à mes collègues lors de la préparation de cette célébration oecuménique. Pour toute réponse, il y a d’abord eu un long silence. Puis, cette proposition : « Et si tu nous parlais des attentes de Dieu ? » Merci les collègues ! La réponse à cette question n’était de loin pas évidente. Et j’aurais pu lire des livres de théologie, pour tenter d’esquisser une réflexion sans doute compliquée. Mais j’ai préféré puiser quelques pistes à partir de mes expériences vécues, et notamment de mon engagement à La Lanterne, l’aumônerie de rue oecuménique en Ville de Neuchâtel. Et en y réfléchissant, il m’est venu ce texte biblique :

Jésus savait que le Père avait tout remis entre ses mains, qu’il était venu de Dieu et qu’il retournait vers Dieu. Il se leva de table, quitta ses vêtements et prit un linge qu’il mit autour de sa taille. Ensuite il versa de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait autour de la taille (…)

Après leur avoir lavé les pieds, il reprit ses vêtements, se remit à table et leur dit : Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez comme je vous ai fait. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son seigneur, ni l’apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé. Si vous savez cela, vous êtes heureux, pourvu que vous le mettiez en pratique.

Évangile de Jean 13, 3-5.12-17

Nos attentes envers Dieu

Qu’attendons-nous de Dieu ? La réponse variera en fonction de nos représentations de Dieu. Si on le considère comme « tout-puissant » (ce qu’il est d’ailleurs), alors, on pourrait s’attendre à ce qu’il intervienne dans le monde, qu’il en change la face, qu’il arrête (enfin) tous les conflits, qu’il change le cours du temps et empêche le réchauffement climatique. Si on le croit « tout-puissant », on serait en droit d’attendre qu’il guérisse les malades, empêche les enfants de mourir de faim, alors que nous croulons littéralement sous des « tonnes de bouffe ». Mais, Dieu est plus que tout cela. Il est « tout-puissant » et sa toute-puissance, il l’a mise au service de l’Amour. Il l’a incarnée en son Fils Jésus-Christ, venu dans le monde, non pas pour le changer d’un coup de baguette magique, mais pour montrer et montrer encore que l’amour pourra changer la face du monde et d’abord notre relation à nous-mêmes et nos relations autour de nous, et cela pourrait bien commencer par se laver les pieds les uns les autres, au propre (!) comme au figuré, c’est-à-dire devenir serviteurs des uns, des unes et des autres.

Si nous pensons que Dieu est « tout-proche » et il l’est aussi, alors on s’attendra à ce qu’il exauce chacune de nos prières, qu’il nous permette de prendre les bonnes décisions, de faire les bons choix, de trouver le bonheur, vous savez, celui qui résiste à tout ; de voir toutes nos actions couronnées de succès. Qu’il nous fasse la grâce de nous donner tout ce que nous pourrions désirer. Mais Dieu n’est pas le génie d’Aladin qui se réveille quand on frotte la lampe. Il est tout autre que cela. Il est cette présence au quotidien. Il est ce vis-à-vis qui m’accueille et m’écoute. Il est cette main tendue qui est là, lorsqu’il n’y a plus rien. Il est cet homme qui s’agenouille pour laver les pieds de ses amis, comme le faisait le serviteur de la maison. Et encore une fois, cette présence et ce geste portent un nom : l’Amour. Un amour sans condition qui reconnaît chacun et chacune d’entre nous et des autres pour qui il et elle est. C’est cela le pouvoir de l’amour.

Les attentes de Dieu envers l’humain

Et Dieu, qu’attend-il de nous, humains, habitants de la terre ? Il attend que nous fassions sa volonté. Voilà une réponse définitive. On croit qu’elle dit tout, mais en fait, elle ouvre à d’autres questions dont la première : « c’est quoi, sa volonté » ? On pourrait penser à une liste, longue forcément, de préceptes à honorer, de règles à respecter, de cases à cocher, au risque de nous voir désaimés si on manque à les accomplir. Dès l’ancien Testament, un seul appel chapeaute toute les autres : l’amour. Celui pour Dieu et celui pour le prochain :

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force et de toute ta pensée… Et ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de plus grand commandement.

Paroles de Dieu reprises par Jésus, dans l’Évangile de Marc 28, 30-31

Dieu attend donc que nous aimions, que nous nous aimions. Pas juste du bout des lèvres ni du bout du cœur, mais vraiment, intimement, authentiquement. Il veut que nous soyons à son image, et que nous aimions comme lui nous aime, à commencer par nous-mêmes, sans condition, sans jugement, sans a priori et cela, c’est déjà tout un programme… Celui d’une vie entière.

En fait, nous croyons que la seule attente que Dieu a, ou aurait, envers nous, c’est que nous soyons qui nous sommes, tout simplement, sans artifice, sans faire semblant, sans jouer de rôle. Être soi et simplement soi, acceptant ce que nous considérons comme des faiblesses tout comme ce que nous voyons comme des forces. Ça a l’air simple… Du moins, en apparence.

Alors et pour conclure : aimer, c’est accueillir et s’accueillir, c’est respecter et se respecter, à commencer par soi-même, reconnaître que l’autre qui me ressemble tant et qui croise ma route est mon prochain; qu’il m’offre à son tour un reflet du Christ.

Aimer, ce n’est pas vouloir que mon prochain soit comme je le ou la veux, mais l’aimer pour ce qu’il ou elle est. Aimer, c’est aussi se mettre à la même hauteur pour servir non par intérêt, mais par amour. Car c’est en aimant ainsi et vraiment que nous comblerons, à notre échelle, nos attentes et celles de Dieu.

Amen.

Image par Manfred Antranias Zimmer de Pixabay

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