Si la femme porte la vie. Dieu donne la Vie.

Textes du jour : 1 Samuel 1, 10-18 et Luc 7, 11-17

La prédication, enregistrée à La Blanche-Église de La Neuveville, le 8 mars 2020, peut être écoutée ici.

Chers Amis, frères et sœurs,

En ce 8 mars, Journée internationale des femmes et de défense de leurs droits, j’ai fait le choix de mettre deux femmes à l’honneur. Deux parmi d’autres, beaucoup d’autres. Deux mères aussi. Anne qui ne l’est pas, ou pas encore, et qui se désole de ne pouvoir porter la vie. Et une autre qui a été mère mais qui a dû rendre trop tôt son fils. Une femme qui reste une anonyme, mais sur laquelle je pourrais mettre le nom d’autres mères rencontrées au hasard de mes visites. Et qui suis-je, moi un homme, pour parler des femmes ? Pour parler au nom de ces femmes ? Ne devrais-je pas plutôt laisser ma place et la parole à l’une de vous ?

Porter, donner et laisser la vie

Parce que vous, chères sœurs, vous avez porté la vie au plus intime de vous. Parce que vous avez vibré au rythme de la grossesse. Parce que vous avez donné la vie. Ou bien avez-vous donné la vie d’une autre manière en aidant ou en faisant grandir d’autres enfants que les vôtres, ou bien un projet, un idéal, une cause qui vous tenaient à cœur ? Ce sont autant de manières de naître et de faire naître. Peut-être avez-vous été contraintes, vous aussi de laisser partir cette vie ? Cette vie que vous avez senti grandir en vous et que vous avez accompagnée. Cependant, je suis persuadé que ces femmes, Anne et la veuve, ont quelque chose à nous dire, à nous aujourd’hui, à nous frères et sœurs du Christ, à nous hommes et femmes de ce monde. A nous aussi, maris, compagnons et amis. Car ces deux destinées, si elles mettent en scène des mères, parlent aussi d’un Autre qui est à l’écoute. D’un Autre qui entend les supplications, les prières et les pleurs. D’un Autre qui n’est pas insensible, mais qui donne la Vie, justement là où on ne l’espère plus.

Comme tant d’autres

Anne et la veuve comptent parmi ces portraits dont les textes bibliques ont gardé la mémoire parce qu’il y a quelque chose d’universel et d’intemporel autour du désir d’enfant qu’on n’a pas encore ou de celui qu’on n’a plus. Il y a ces femmes qui avaient tiré un trait sur leur espoir de maternité, parce que stériles ou âgées. On entend alors le nom de Sarah ou celui de Rebecca. Ou encore ces autres femmes qui voyaient leur condition se précariser parce que leur seul soutien, leur fils de surcroît unique, était mort. On se souvient de la veuve de Sarepta, anonyme elle aussi, dont le fils fut ressuscité par le prophète Elie. Des histoires qui se répètent, peut-être pour insister sur la confiance, pour la raviver lorsqu’elle est mise à mal. Pour nous rappeler de ne pas oublier. Anne et la veuve ne sont pas juste des exceptions d’une histoire. Mais, elles rejoignent toutes celles qui ont vu la vie naître, renaître, prendre ou reprendre forme d’une autre manière dans leur existence.

Aux limites de la vie

Anne verra sa prière exaucée. Elle bénéficiera de la faveur de Dieu, puisqu’elle donnera naissance à un fils du nom de Samuel qui sera consacré et deviendra serviteur du Seigneur et prophète. La veuve de Naïn et les foules verront, elles, un autre grand prophète en la personne de Jésus qui rend à sa mère ce fils qu’on conduisait au tombeau. Anne et la veuve touchaient ainsi aux confins du mystère de la vie. Vie donnée, vie reprise. Sans doute que la veuve, elle aussi priait, remuait les lèvres, disait son indignation, sa douleur, criait intérieurement à l’injustice. Le texte reste pudique sur l’attitude de cette mère. Nos traductions françaises sont elles aussi trop pudiques, voire pauvres, pour dire ce que ressent Jésus : elles parlent de « pitié » ou de « compassion », mais le terme original pourrait se traduire par « être touché/être pris aux entrailles ». Et voilà qui fait de Jésus un homme qui se laisse toucher là même où la femme, la mère a le plus mal : là dans cette intimité qui a porté la vie. C’est ainsi qu’il ressent plutôt que comprend la douleur qui se présente à lui et qui le pousse à agir.

Tout se joue dans l’intimité

C’est aussi dans l’intimité d’Anne, dans ses entrailles, que le Seigneur intervient pour la rendre mère. Comme il l’a fait pour Sarah, comme il le fera pour Elisabeth et Marie. Comme il l’a fait pour d’autres femmes restées anonymes. Car si une nouvelle vie naît de la rencontre de deux cellules, elle est d’abord un don de ce Dieu de la Vie. Si la femme porte la vie, c’est bien lui, Dieu, qui donne la Vie et qui la donne en abondance, à vous mes sœurs, comme à nous aussi mes frères. Porter la vie n’est pas réservé à celle dont le corps est préparé pour cette vocation. Porter la vie, c’est à la portée de chacun de nous aussi. Si, à l’image du Christ, nous nous laissons toucher aux entrailles. Si nous vibrons pour faire apparaître la vie là où elle a disparu. Si nous laissons la vie que Dieu donne agir et croître en nous et si nous accouchons d’engagements concrets pour plus de justice, de paix et de solidarité dans notre monde.

Enfantés, enfantons

N’est-ce pas là un des appels de la Campagne de Carême ? N’est-ce pas là le sens de ces 40 jours (un petit rappel des fêtes chrétiennes), qui pourraient ressembler à une gestation qui nous prépare à l’accouchement de la vie du matin de Pâques ? Un événement plein de mystère, comme l’est toute naissance et toute mort. Anne et la veuve sont deux femmes de leur temps qui ressemblent à des femmes d’aujourd’hui. Je pense encore ici à celles qui espèrent tant pouvoir porter un enfant mais qui en sont empêchées. Je pense aussi à toutes celles qui ont dû passer par l’épreuve de la séparation d’avec la chair de leur chair. Dieu n’oublie ni l’une ni l’autre. Dieu, le Dieu de la Vie, nous appelle à porter la Vie. Il nous enfante et nous aime chacun, chacune comme son enfant. Il est attentif à nos prières et à notre condition.  Et en guise de conclusion, je voudrais paraphraser le philosophe Blaise Pascal : Dieu dépose dans notre intimité, dans nos entrailles, un vide. Un vide en forme de Dieu qu’il est le seul à pouvoir combler.

Bonus : émission Caravane FM à la maternité de Delémont diffusée le 11 mars 2020.

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Image par Ri Butov de Pixabay

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