Du temps imposé au temps consenti

LE BILLET DU DIMANCHE. Aujourd’hui, on a passé à l’heure d’été. Mais, depuis quelque 15 jours maintenant, notre rapport au temps est changé. L’organisation de mes journées, comme les vôtres certainement, a connu des bouleversements. Un rythme nouveau, tout comme une cohabitation nouvelle, commencent peu à peu à s’installer. Il s’agit de tenir compte de l’autre, de nos proches, parce que rester à la maison toute la journée pour protéger les autres implique aussi de revoir la manière dont on occupe ses journées avec nos proches. Pas toujours facile.

D’un temps imposé

Avant le télétravail, je définissais l’efficacité de mon travail au temps que j’y consacrais. J’avais toujours cette petite voix qui affirmait que je n’en faisais pas assez; que je pouvais bien encore accomplir telle ou telle tâche, même si elle n’était ni urgente ni importante. Ce qui faisait que  le temps de travail  débordait parfois ou souvent sur les soirées.  Parce que je me disais: « Je n’aurai pas le temps« .

Depuis que je travaille « à distance », j’ai abandonné ces contraintes. Les temps de déplacement, par exemple, n’existent plus. Si, entre collègues, on a fixé une vidéo-conférence à 9h00, je peux me permettre d’être encore dans ma cuisine cinq minutes avant. Je ne suis plus dépendant de possibles bouchons ou accidents sur la route, perturbant le trafic.

Les mesures imposées ont été synonymes d’un autre rapport au temps. J’imaginais que j’en aurais plus. Je dois constater que, durant ces quinze jours, je n’ai pas chômé. Il a fallu mettre en place de nouvelles manières d’être présent tout en étant à distance. J’ai investi du temps à la communication pour ma paroisse. Sans prétention, je peux dire que j’apprends à gérer la communication en situation de crise. Ce temps-là, ce ne sont pas des vacances forcées.  Maintenant que les choses se mettent gentiment en place, le temps libre, vacant, reprend un peu plus ses droits. L’ennui pourrait bien pointer le bout de son nez: « Et maintenant, que vais-je faire de tout ce temps? »

Sans doute que les parents, jonglant entre télétravail et école à la maison ne se posent pas la question. Sans doute aimeraient-ils se poser et se reposer. Mais pour moi, la question est là.

À un temps consenti

Parce que jusqu’il y a quinze jours encore, on était sans doute plusieurs à courir après le temps. À tenter d’en faire fructifier la moindre seconde; à ne rien perdre au passage, même si on prêchait de prendre son temps et d’en profiter. Cela m’interpellait toujours quand des collègues affirmaient ne pas avoir le temps, courir d’un rendez-vous à une visite, d’une visite à une célébration. Il m’arrivait aussi de leur ressembler.

Il y avait encore cette quête de retrouver un rapport sain au temps qui passe. Chacun y allant avec sa disponibilité et ses possibilités. Et moi balbutiant.

Maintenant, le temps libre s’impose dans nos journées. Il nous interroge: « Comment vas-tu m’employer? » Ainsi, il nous convie à retrouver une relation lucide, car une heure s’écoule toujours au même rythme de 60 minutes, elles-mêmes composées de 60 secondes, mais c’est notre perception qui a changé ou qui est en train de changer.

Du temps pour soi… pour quoi?

Comme beaucoup d’entre vous, je rêvais d’avoir plus de temps pour faire ce qui me plaît, ce qui me motive. Or, depuis cette quinzaine, je prends conscience que ce qui me plaît et me motive, c’est mon travail, constitué en grande partie de rencontres, d’échanges, de moments partagés. Alors oui, bien sûr, je continue d’entretenir mes relations par le téléphone. Mais, c’est comme s’il me manquait quelque chose. Quelque chose que je peine à définir. L’isolement crée la distance. C’est peut-être cela, de la distance. « Loin des yeux, loin du cœur » affirme le proverbe. Ce n’est pas faux. Alors, je découvre ce temps pour moi où le rien commence à prendre du sens. Où il y a de la disponibilité pour moi, pour ma famille, pour rien.

La question n’est donc plus: que vais-je faire du temps qui reste?  La vie n’est pas finie. Elle est là en chacun de nous. Elle nous appelle à danser avec elle.

Alors cette question devient pour moi: comment vais-je être avec ce temps? Ruminer tout ce que je ne peux plus faire comme avant ou me réjouir de m’initier à autre chose? Pester parce que je dois renoncer à des activités ou être reconnaissant de pouvoir souffler sans culpabilité? Me lamenter qu’avec le temps, tout s’en va.

Tout se résume à une question de regard. Le temps est le temps. C’est ce que j’en fais qui fait qu’il est bon ou perdu. Facile à écrire pour moi qui ai toutes les commodités.

Francille Carrillo a écrit:

« Tuer le temps! Mais le temps, c’est la vie.
Il ne faut pas le tuer, mais l’utiliser et le féconder ».

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Image par Gerd Altmann de Pixabay

 

One comment

  1. Le temps n’est plus cette denrée rare après laquelle nous courions continuellement auparavant
    Mais est-il moins précieux pour autant?
    Lorsqu’une amie me téléphone, je me rends compte que sa disponibilité me fait grand bien. Le temps aurait-il une nouvelle qualité parce qu’il est synonyme de l’intention fe se choyer , de se préoccuper du bien-être de l »autre. Portez-vous bien ! Que Dieu vous protège !

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