Sur les bords de l’étang

Des airs de paradis. N’ayons pas peur des mots! Quand on se promène aux bords de l’Étang de la Gruère, on a vraiment l’impression de goûter à quelque chose de la sérénité naturelle ou de la Nature (avec un grand N) sereine. À quelques kilomètres de Saignelégier (JU), dans les Franches-Montagnes, le lieu à l’écart du trafic routier, offre une occasion de méditer en marchant.

Commençons d’abord par lire ce que dit le site de Jura-Trois-Lacs à propos de cet endroit :

Réserve naturelle d’importance nationale, l’Etang de la Gruère est un havre de paix et un paradis pour les amoureux de la nature. Le sentier aménagé tout autour vous invite à la découverte de sa faune et de sa flore particulières.

Site Jura-Trois-Lacs

Les mots ne sont pas galvaudés. On s’y sent bien.

Ayant laissé la voiture au parc, nous traversons la route et rejoignons l’étang par un chemin et un ponton de bois à travers de hautes herbes. Arrivés là, sur les rives, on s’arrête. Les mots nous ont manqué : « C’est magnifique ! » Le ciel se mire dans l’onde. La cime des sapins apparaît d’abord dans le miroir du lac, les nuages donnent un blanc laiteux à l’eau. On se sent vite poète.

LEtang de la Gruère
Un havre de paix aux airs de paradis

Le chemin pédestre est bien marqué. On n’est rarement seuls. On croise, dépasse et rejoint d’autres marcheurs et marcheuses. On attend que l’un ait pris la photo. On se salue sans se connaître, parfois d’un grüezi! Les haltes sont fréquentes pour admirer ce qui s’offre à nos yeux. On prend le temps. Le paysage change : tantôt au bord de l’eau, tantôt dans la forêt, à découvert ou sous la canopée. Chaque contour offre un autre point de vue.

Si on laisse le vent nous murmurer des mots d’il y a longtemps, on pourrait bien entendre ceux du Livre des Commencements :

Puis Dieu dit: Que la terre produise de la verdure, de l’herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi. La terre produisit de la verdure, de l’herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.
Genèse 1, 11-12

Un lieu propice à la méditation
Et Dieu vit que cela était bon!

Des panneaux didactiques expliquent la formation de cet étang et qu’il est creusé dans une tourbière. Cela n’est pas sans rappeler le paysage du Bois des Lattes ou du Sentier des Tourbières des Ponts-de-Martel. Ceci explique cela. On trouvera de plus amples informations sur le site du Centre Naturel des Cerlatez.

En parcourant la portion de chemin dans la forêt, je prends conscience du temps qu’il a fallu à ce lieu pour être ce qu’il est aujourd’hui. Les sapins et autres bouleaux sont les témoins d’une longue histoire. Je dis bouleaux, n’étant pas certain que le vocable Biolles soit connu dans le Jura, mais peut-être.

Le paradis des bouleaux
Bouleau – ou Biolle – au bord de l’étang.

Entre lac et troncs, je pense encore à l’image de l’arbre, notamment celle du Psaume premier :

Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, Qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs, Et qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs,
Mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Éternel, Et qui la médite jour et nuit!
Il est comme un arbre planté près d’un courant d’eau, Qui donne son fruit en sa saison, Et dont le feuillage ne se flétrit point: Tout ce qu’il fait lui réussit.
Psaume 1, 1-3

La balade permet de nombreuses pauses, des haltes bienvenues, au soleil ou à l’ombre, sur la berge ou sur une pierre. Il peut arriver que le dormeur soit dérangé par des canards curieux ou en recherche de nourriture. On peut bien sûr pique-niquer à l’envi, tout en prenant soin de ne pas laisser ses déchets derrière soi.

📺 À voir le reportage du 19h30 du 12 mars 2021.

J’aime particulièrement ces contrastes, ces tronçons de chemins dans la verte forêt, où il fait un peu plus frais, même si la majorité de la balade se fait sous la frondaison. On regarde où on met les pieds pour ne pas trébucher sur une racine à fleur de terre.

Chemin dans la forêt
Regardez où vous mettez les pieds. Le chemin est tortueux

Sans se presser, en prenant le temps et le pas du Promeneur émerveillé, le tour de l’Étang peut dépasser l’heure, mais l’itinéraire est vraiment facile et adapté aux familles. Les enfants iront de découvertes en découvertes.

Parvenus à notre point de départ, et après la nourriture spirituelle, nous ressentons le besoin de calmer nos estomacs; il est près de midi. Nous nous installons sur la terrasse de l’Auberge de la Couronne, au lieu-dit La Theurre, à la sortie de Saignelégier. C’étati le temps où les restaurants étaient encore ouverts. La cuisine y est excellente, locale et de saison. Je recommande le Burger de la Theurre.

L'Auberge de la Couronne
Une halte incontournable à deux pas de l’Étang de la Gruère

Profitant encore du soleil de cet automne (car nous avons fait cette balade le dimanche du Jeûne), dégustant le café, je repense à l’Ecclésiaste, car tout peut devenir source de méditation :

Il n’y a de bonheur pour l’homme qu’à manger et à boire, et à faire jouir son âme du bien-être, au milieu de son travail; mais j’ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu.
Qui, en effet, peut manger et jouir, si ce n’est moi? Car il donne à l’homme qui lui est agréable la sagesse, la science et la joie…
Ecclésiaste 2, 24-26

Je ne sais pas si nous avons vu la main de Dieu, mais nous avons vu les beautés de la Création, la Nature dans ses plus beaux atours. Et cela nous a réjoui le cœur, l’âme et l’esprit, en mettant nos soucis et préoccupations du moment un peu à l’écart.

Retour aux sources

Le retour aux sources a souvent des parfums de douceur. On aime revenir à ses racines. Le retour que je vous propose ici nous fera découvrir des sources d’eaux amères. Sulfureuses pour l’une, ferrugineuses pour l’autre. Des particularités liées à la géographie des lieux : les marais des Ponts-de-Martel.

Pour cette nouvelle balade, je vous invite à me rejoindre là où j’habite. J’aimerais vous faire découvrir les sources d’eaux amères. Elle me font penser à Mara. À chaque fois que je passe près de ces sources, je me souviens de cet épisode du peuple de Dieu en marche vers la Terre promise et qui se plaint de la soif.

Sur ordre de Moïse, Israël quitta la mer des Roseaux et prit la direction du désert de Shour. Ils marchèrent pendant trois jours dans le désert sans trouver de point d’eau. Ils arrivèrent à Mara où il y avait de l’eau, mais ils ne purent pas en boire parce qu’elle était amère – d’où le nom de Mara, Amertume. Alors le peuple se plaignit de Moïse en disant : Qu’allons-nous boire ? Moïse implora l’Eternel, qui lui indiqua un bois d’une certaine espèce qu’il jeta dans l’eau, et l’eau devint potable.

Exode 15, 22-25

Mais revenons à notre balade. Le village des Ponts-de-Martel, dans le Jura neuchâtelois, est célèbre pour ses Tourbières, son Centre sportif et sa fromagerie, entre autres. Mais son marais recèle une curiosité, ou plutôt deux : des sources d’eau. L’une ferrugineuse et l’autre sulfureuse. La balade d’un peu plus d’une heure et demie aller-retour depuis le parking du Centre sportif ou de la gare nous emmène dans la Vallée, au pays des Biolles (ou bouleaux) et de la tourbe.

La balade peut revêtir différents atours au gré des saisons. Celle que je vous propose sera parée de blanc, celui d’un hiver où bise et vent jouent à cœur joie les trouble-fêtes.

En route…

Quittant la route cantonale direction Martel-Dernier, nous tournons à gauche pour rejoindre un chemin blanc bordé d’une allée de  Biolles. D’un côté, la Vallée s’offre à perte de vue et le majestueux Creux-du-Van (qui n’a rien à envier au Matterhorn !) nous regarde de toute sa hauteur. Parfois pudique, il se drape d’un brouillard opaque. Au fond, on découvre un serpent d’eau, le Bied. De l’autre, ce sont les forêts des Tourbières, où la terre noire apparaît à quelques endroits de leur manteau blanc.

L’émission Couleurs locales de la RTS a consacré un reportage à ces marais de tourbe. On y retrouver mon ami Serge-André.

La progression est facile, le terrain est plat et la neige crisse sous nos pas. Le froid pique le visage, bonnet et gants sont de rigueur !

Vallée des Ponts-de-Martel
Le Bied serpente au fond de la Vallée

Au gré d’un contour, l’autre côté de la Vallée se donne à voir : Brot-Plamboz et ses fermes, plus loin à l’horizon, on pourrait voir le Rondel et le Joratel. Les sources sont toutes proches, dans un encaissement. Un panneau indicateur jaune renseigne les promeneurs.

En été, lorsqu’il fait chaud, une odeur âcre et tenace, celle d’œufs pourris, confirme qu’on arrive aux sources. Mais, aujourd’hui, le froid empêche les effluves de nous chatouiller les narines.

On y est ! Sentez ! Santé !

Un étroit sentier conduit à ces sources. La première est celle de l’eau sulfureuse, contenant du soufre.

Eau sulfureuse
Pas de doute, on y est… à la source

Pour découvrir la seconde, il faut passer un petit pont, et voici la source d’eau ferrugineuse, chère à Bourvil. Celle-ci a une couleur de rouille. Toutes deux ont des vertus sanitaires, notamment pour soigner l’anémie, pour aider à la digestion, et même pour guérir de l’alcoolisme !

Source d'eau ferrugineuse
L’alcool, non ! Mais l’eau ferrugineuse, oui !

Les plus courageux pourront s’aventurer à goûter ces « doux » breuvages aux saveurs si particulières. Pour ma part, j’en resterai à ce que je peux lire sur les panneaux explicatifs.

Si on en profitait pour méditer ?

Près de ces sources, il y a une place de pique-nique. Quand la météo s’y prête, on peut s’y arrêter et méditer. Laisser ses pensées s’envoler, se centrer sur sa respiration, écouter sa voix intérieure. Puis, des mots viennent, murmurés, à peine audibles. Prêtons-leur l’oreille et le cœur :

Avez-vous déjà vu de l’eau douce et de l’eau salée jaillir d’une même source par la même ouverture ? Un figuier peut-il porter des olives, ou une vigne des figues ? Une source salée ne peut pas non plus donner de l’eau douce.

Jacques 3, 9-11

Prendre le temps de prendre conscience de cette ambivalence. En moi, en chacun de nous, sans doute aussi. L’accueillir et se dire que cela fait partie de la nature humaine. Ces eaux qui coulent à nos pied sont composées de molécules d’hydrogène et d’oxygène (H2O, si je me rappelle mes cours de chimie) et pourtant elles en ont encore d’autres qui leur donnent leurs particularités.

Mais le froid de cette journée ne nous laisse guère le loisir de nous attarder. Il est temps de rentrer.

Le retour peut se faire soit en direction des Petits-Ponts jusqu’à un arrêt de Car Postal pour rentrer aux Ponts-de-Martel, soit en poursuivant du côté de Martel-Dernier ou encore par le même chemin. Cette dernière option permet de faire face au village des Ponts-de-Martel dans toute sa largeur et sa hauteur.

Les Ponts-de-Martel
Le village des Ponts-de-Martel

Si on le souhaite, on pourra prolonger par le Sentier des Tourbiers, entretenu de mains de maître par l’association Torby.

Nous rentrons en fin d’après-midi. Les derniers rayons du soleil caressent encore l’horizon avant de disparaître. Le brouillard revient donnant une atmosphère particulière toute en nuance de gris. Le froid s’est calmé ou bien me suis-je habitué ?

Fin de journée dans la Vallée
Entre crépuscule et brouillard

Si vous passez par Les Ponts-de-Martel, sortez des sentiers battus, pour retourner aux sources de « nos » eaux sulfureuses et ferrugineuses. N’oubliez pas de vous munir de bouteilles pour en ramener chez vous et les faire déguster à vos amis. Ils vous en seront reconnaissants, à n’en pas douter.

Au fil du Ruau

Le village de Saint-Blaise, sur les bords du Lac de Neuchâtel, offre de belles balades entre ruelles pavées et plages verdoyantes. Même en hiver, la localité permet de déambuler et méditer au rythme et aux sons parfois tumultueux du ruisseau qui la traverse : le Ruau, une eau vive !

En ce début du mois de janvier, il nous prend l’idée de quitter les hauteurs du Jura neuchâtelois pour aller là où la neige est moins présente. Nous décidons de nous arrêter à Saint-Blaise. Si nous y sommes allés en voiture, il est aisé de rejoindre le village par les transports publics depuis Neuchâtel.

Quel accueil !

Ce jour-là, il fait froid. La marche qui nous entraîne du centre vers le Ruau nous fait passer sous le temple et une raide montée nous attend. Un bruit assourdissant nous accueille au pied de cette montée. Le Ruau est en crue. Le dénivelé lui fait prendre des airs de cascade impressionnante. Tantôt à découvert, tantôt souterrain, la rivière joue à cache-cache, mais lorsqu’elle apparaît, elle montre son écume blanche et bouillonnante.

La cascade du Ruau à St-Blaise
Le Ruau prend des airs de cascade

Nous arrêtant quelques instants pour admirer le spectacle, voilà que des mots me viennent à l’esprit :

Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai – dit Jésus- n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle.

Évangile de Jean, chapitre 4, 14

Parvenu au sommet de la rude montée toute de pavés, nous arrivons à la rue du Moulin qui doit son nom au moulin à roue à aube qui est là. L’eau le fait tourner. En tendant l’oreille, on perçoit les grincements du bois de l’axe. Nous continuons par un étroit chemin qui longe au plus près les flots.

Le Moulin de St-Blaise
Le Moulin de Saint-Blaise en mouvement

On se croirait à Colmar, dans le quartier de la Petite-Venise. Il y a quelque chose de romantique, malgré le froid et le vent.

En suivant le cours d’eau, voilà que résonnent cette chanson bien connue :

Ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive
Elle court comme un ruisseau, que les enfants poursuivent
Courez, courez vite si vous le pouvez
Jamais, jamais vous ne la rattraperez…

L’Eau vive de Guy Béart, évidemment.

Un lieu expressif

Nous nous arrêtons un instant devant l’Atelier du Ruau, cet espace d’expressions créatives, forcément plurielles qui a aussi lancé le projet d’un jardin participatif. On écoutera avec intérêt l’interview de Nathalie Rossel sur RTN le 25 avril 2020. Et on écoutera le reportage « Drôle d’été » de RTS La Première du 27 octobre 2020 où j’y retrouve mon amie Marianne.

L'Atelier du Ruau au bord du Ruau
L’Atelier du Ruau et le ruisseau

Ce jardin participatif pourrait bien ressembler, en une autre saison, à un autre jardin, celui des commencements :

L’Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait formé.

L’Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin.

Livre de la Genèse, chapitre 2.

De découverte en découverte

La balade se poursuit en nous faisant passer sur un petit pont puis devant L’Eau forte, une chambre d’hôte accueillante de prime abord. À un endroit, le Ruau se prend pour le Doubs et offre une chute, moins impressionnante évidemment, mais tout de même, ramenée à la largeur du ruisseau… Au détour d’une maison, nous passons devant la Fontaine de la Pinte de Dardel et traversons la route cantonale. Ensuite, l’itinéraire pédestre indiqué nous fait traverser un jardin. A-t-on vraiment le droit ? On s’y risque et on débouche sur un jardin public.

Rue du Tilleul - St-Blaise
La balade continue à travers un jardin

On en fait le tour et on admire au passage les ponts, ou pontons, chacun choisira le terme le mieux adapté. On revient par le même chemin, laissant la route et son trafic sur notre gauche. Peu après l’Atelier du Ruau, on bifurque à gauche dans la Ruelle des Voûtes pour passer dans un « coupe-gorge ». Le terme est usurpé, car en levant les yeux, on se rend compte qu’il y a des néons qui doivent éclairer ce passage la nuit. L’espace d’une petite centaine de mètres, on se croit revenus à une époque où il ne faisait pas bon traîner dans les rues. On presse le pas.

Ruelle des Voûtes, St-Blaise
Un passage inquiétant

La sortie nous fait retrouver la rue du Moulin et nous redescendons par le même chemin, accompagnés des flots du Ruau dont les échos se répercutent contre les murs. Revenus au centre du village, nous nous arrêtons encore devant les vitrines de la Galerie l’Angle d’Art, tout en admirant les œuvres mises en valeur par le jeu des spots.

Galerie L'Angle d'Art
Un lieu à découvrir : la galerie Angle d’Art

Nous faisons le projet de suivre à une autre occasion, en une saison sans doute plus douce, la balade des 12 fontaines.