Diaconie dans l’espace public

Si la diaconie est l’affaire de tous, y compris de ceux et celles qui ne sont pas (forcĂ©ment) engagĂ©.e.s dans une Église, alors elle doit ĂŞtre prĂ©sente et visible dans l’espace public. Rassurez-vous, elle l’est. Elle a aussi vocation de rĂ©pondre Ă  aux besoins et attentes du plus grand nombre. Ces besoins, mĂŞme s’ils sont aussi concrets et matĂ©riels (surtout en cette pĂ©riode de crise sanitaire), sont aussi d’un autre ordre.

Une réponse à la précarité

Les Ă©piceries Caritas sont assez bien connues dans le paysage local. Caritas est issue de l’Église catholique romaine et a dĂ©veloppĂ© un rĂ©seau de magasins ouverts et accessibles aux personnes aux ressources limitĂ©es. Le choix est vaste. Des cartes permettent l’achat de produits alimentaires et non alimentaires Ă  des conditions prĂ©fĂ©rentielles.

Les boutiques du Centre social protestant (CSP), issu des Églises réformées, offrent des produits de seconde main et en bon état, issus de déménagement ou de débarras. On y trouve vaisselle, habits, meubles, appareils ménagers, livres, jouets … à des prix abordables.

Les communautĂ©s EmmaĂĽs qu’on doit Ă  l’AbbĂ© Pierre sont assez semblables aux boutiques du CSP.

Ces lieux sont Ă©galement des moyens de rĂ©insertion professionnelle pour des personnes en recherche d’emploi ou en rupture sociale.

Ces organisations n’ont pas pour vocation d’ĂŞtre des « oreillers de paresse » des paroisses qui pourraient dĂ©placer leur mission diaconale vers ces associations. Elles sont lĂ  pour ĂŞtre des partenaires des paroisses, des lieux-relais qui ne dĂ©douanent pas les communautĂ©s locales d’une dimension diaconale Ă©vidente et active.

Une aide et des conseils

Caritas et le CSP sont aussi actifs dans l’aide au dĂ©sendettement, l’Ă©tablissement d’un budget, des mesures d’accompagnement et d’aide financières. Des conseils juridiques et un accompagnement social sont aussi proposĂ©s par des professionnels, le plus souvent pour des Ă©moluments modestes.

Tant les magasins que les conseils sont ouverts à toute personne, indépendamment de ses convictions, de son appartenance ou non à une Église ou paroisse.

ĂŠtre lĂ  oĂą ils.elles sont

Une autre prĂ©sence des Églises dans l’espace public, ce sont les nombreuses aumĂ´neries. Des lieux et des personnes qui accueillent, rencontrent, Ă©coutent, accompagnent, soutiennent les personnes qui s’en approchent et les frĂ©quentent. La plupart de ces lieux ont une vocation Ĺ“cumĂ©nique, ce qui signifie qu’ils sont soutenus et financĂ©s par les Églises institutionnelles reconnues.

On pensera sans doute d’abord aux Ă©tablissements de soins (hĂ´pitaux et EMS), aux prisons, mais il y en a bien d’autres : une aumĂ´nerie Ă  l’aĂ©roport de Genève, une aumĂ´nerie dans un camping-car itinĂ©rant, une pasteure en chemin avec un âne. Sans oublier les lieux d’accueil dans la rue, l’aide et le soutien aux migrants, notamment par des lieux de rencontre et d’aide au français ou Ă  des dĂ©marches administratives. La liste n’est pas exhaustive.

La plupart de ces lieux, s’ils sont sous la responsabilitĂ© de professionnel.les, sont aussi animĂ©s par des bĂ©nĂ©voles. Et c’est aussi l’un des rĂ´les de la diaconie que d’engager des hommes et des femmes au service des autres et du prochain.

Des lieux connotés

D’autres formes de prĂ©sence et d’accueil sont plus connotĂ©s « Églises » parce qu’ils Ă©manent historiquement d’un projet ecclĂ©sial ou parce qu’ils font partie d’une paroisse ou d’une rĂ©gion. Ces lieux ont pour vocation d’accueillir, d’Ă©couter et d’accompagner les bĂ©nĂ©ficiaires dans des Ă©tapes-clĂ©s de leur vie, mais aussi dans une recherche spirituelle. Je pense ici Ă  La Margelle ou Ă  La Cascade.

Des manifestations, des événements, des rencontres

La diaconie peut encore ĂŞtre manifestĂ©e dans des manifestations ou des Ă©vĂ©nements ponctuels ou rĂ©guliers organisĂ©s par des Églises ou paroisses, ou se greffer Ă  d’autres manifestations. Il y a, par exemple, la JournĂ©e d’Église de l’Église rĂ©formĂ©e du Canton de Vaud.

Plus localement, des rencontres conviviales autour d’un repas, de jeux, de confĂ©rences ou de courses ont une Ă©vidente portĂ©e diaconale. Ces rencontres sont porteuses de vie et animĂ©es au propre comme au figurĂ©. Elles sont aussi l’occasion d’approfondir des questions existentielles, d’aborder des enjeux de sociĂ©tĂ©, de trouver du sens, de confronter des opinions, de s’exprimer, en un mot : d’ĂŞtre vivant et animĂ©.

C’est ouvert, c’est gratuit

La diaconie porte encore une dimension de gratuitĂ©. MĂŞme si certaines activitĂ©s sont payantes pour couvrir des frais de fonctionnement et d’organisation, elles ne sont pas des moyens de pression ni de rĂ©cupĂ©ration de ceux et celles qui y participent. Une paroisse n’organise pas un pique-nique gĂ©ant pour augmenter le nombre de participants au culte dominical. Un lieu d’Ă©coute n’imposera pas la conversion de ses bĂ©nĂ©ficiaires. Enfin, j’espère. Je suis convaincu que non.

Vos commentaires sont les bienvenus pour étoffer cet article.

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Diaconie, y es-tu ?

Une question de vocabulaire

Pensez Ă  la diaconie. Quels mots vous viennent d’abord Ă  l’esprit ?

Peut-ĂŞtre rien, parce que ce mot, dans le langage courant et hors des milieux d’Église, a perdu de son sens. On m’a souvent dit : « Ah, vous ĂŞtes diacre, c’est quoi ? »

Une recherche dans le dictionnaire
Si ce mot vous Ă©voque quelque chose, cela doit s’apparenter Ă  quelque dimension sociale. C’est souvent sous cet angle que les Églises parlent de la diaconie : le service social de l’Église ou l’aide aux pauvres.

C’est d’abord Ă  l’Ă©tymologie du mot diakonos que nous devons la notion de service, de serviteur.

On rapprochera la diaconie, donc le fait de servir, de la position de serviteur du Christ (Matthieu 20, 28) :

C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour ĂŞtre servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs.

Ou encore le lavement des pieds relaté par Jean qui est de la même veine (Jean 13, 1-17, les versets 3-5 ici) :

JĂ©sus, qui savait que le Père avait remis toutes choses entre ses mains, qu’il Ă©tait venu de Dieu, et qu’il s’en allait Ă  Dieu, se leva de table, Ă´ta ses vĂŞtements, et prit un linge, dont il se ceignit.
Ensuite il versa de l’eau dans un bassin, et il se mit Ă  laver les pieds des disciples, et Ă  les essuyer avec le linge dont il Ă©tait ceint.

L’Église (catholique d’abord) a donnĂ© Ă  la diaconie le sens de prendre soin des pauvres, se rĂ©fĂ©rant Ă  la lecture du livre des Actes des ApĂ´tres (6, 1-4) :

À ce moment-là, le nombre des disciples devient de plus en plus grand, et les Juifs qui parlent grec se plaignent des Juifs du pays. Ils disent : « Chaque jour, au moment où on distribue la nourriture, on oublie les veuves de notre groupe. »
Alors les douze apĂ´tres rĂ©unissent l’ensemble des autres disciples, et ils leur disent : « Nous ne devons pas cesser d’annoncer la parole de Dieu pour nous occuper des repas.
C’est pourquoi, frères, choisissez parmi vous sept hommes que tout le monde respecte, remplis d’Esprit Saint et de sagesse. Nous leur confierons le service des repas et nous, nous continuerons fidèlement Ă  prier et Ă  annoncer la parole de Dieu. »

Ainsi, ces sept hommes auront à nourrir concrètement ceux et celles qui ont faim, notamment les veuves, pendant que les apôtres nourriront spirituellement la communauté (!).

Si cette approche n’est pas historiquement fausse, elle est trop rĂ©ductrice aujourd’hui. La diaconie, c’est plus qu’un service social ou une aide destinĂ©e aux plus prĂ©carisĂ©s.

La diaconie comme une bouée de sauvetage
 

Mal-aise

Je ne me sens pas Ă  l’aise avec cette frontière, parce que, je crois d’abord que la prĂ©dication sans le service n’est pas crĂ©dible et que le service, s’il n’est pas portĂ© par une parole annoncĂ©e et proclamĂ©e ne l’est pas plus.

L’Église a aussi, et trop souvent, confiĂ© la tâche (ou la mission) du service aux pauvres Ă  des spĂ©cialistes, ou Ă  tout le moins Ă  des personnes formĂ©es. C’est très bien et gage de sĂ©rieux, mais l’Église ne doit pas oublier que la diaconie fait partie de sa mission, tout autant que la proclamation de l’Évangile.

De cette sĂ©paration est nĂ©e la diffĂ©rence entre pastorat et diaconat. MĂŞme si la comprĂ©hension du diaconat entre catholiques et rĂ©formĂ©s est diffĂ©rente, elle l’est bien plus encore entre Églises rĂ©formĂ©es.

Une séparation
 

Un mot qui me parle

Le terme de service social me fait penser Ă  un Ă©ventail de prestations qu’une paroisse proposerait Ă  ceux qui y font appel et n’est pas très flatteur de la rĂ©alitĂ© du terrain. L’ajout aux pauvres ne fait qu’ajouter Ă  mon malaise. J’y entend une aumĂ´ne. Qui est pauvre ? Qui ne l’est pas ? Ou ne croit pas l’ĂŞtre ?

En fait, ce mot de diaconie est dĂ©passĂ©. Il est temps d’en trouver un autre plus vendable dira-t-on. Mais, est-ce que nous devons vendre notre souci et notre solidaritĂ© comme d’autres vendent la sĂ©curitĂ© d’un système d’alarme ou d’un serveur informatique ?

On a tentĂ© de donner une touche plus positive : service solidaire. C’est un peu mieux, mais pas encore satisfaisant pour moi.

Je suis de plus en plus convaincu par un autre mot qui, lui, correspond Ă  ma rĂ©alitĂ© et donne un Ă©lan positif : animation. L’anima, c’est le souffle, l’Ă©lan de vie, l’esprit (appelez cela comme vous voudrez), c’est ce qui fait que je suis vivant, que je me sens vivant et que je suis un ĂŞtre animĂ©.

La diaconie, aujourd’hui, comporte une part d’animation. Elle ne prend son sens que si elle (re)donne de la vie, du souffle, Ă  nos communautĂ©s. Et cette vie, ce souffle, ne peuvent s’exprimer qu’en lien avec la sociĂ©tĂ© et le monde.

La crise liĂ©e au COVID-19 a secouĂ© la vie de nos communautĂ©s, en particulier les rassemblements. Aujourd’hui, nos communautĂ©s cherchent Ă  trouver un nouveau souffle, ou, Ă  tout le moins, Ă  retrouver leur vie d’avant. La crise et l’absence d’activitĂ©s ont-elles changĂ© quelque chose Ă  notre manière de penser la communautĂ© ? Pas si sĂ»r…

Donner de la vie

Alors oui, bien sĂ»r, on peut redonner de la vie Ă  des pauvres par un service, par une prestation. Ce peut ĂŞtre un nĂ©cessaire, mais est-ce l’essentiel ? On donne de la vie d’abord par la rencontre, l’Ă©coute et le souci qu’on porte aux autres.

C’est aussi ce mĂŞme esprit de rencontre qui devrait souffler sur et dans nos paroisses et communautĂ©s. Cela pourra se concrĂ©tiser par des ouvertures au plus grand nombre, par de l’accueil, par la mobilisation de chacun et de tous, par un mouvement vers les autres. Et cela commence d’abord dans la tĂŞte, par son propre comportement.

partager une bière
 

Pas d’Ă©conomies

La diaconie ne peut pas faire l’Ă©conomie du dialogue et du travail en rĂ©seau avec la sociĂ©tĂ© civile. Ou alors, elle ne s’adresse qu’aux membres de la communautĂ© et fonctionne en vase clos. En ce cas, nous ne parlons pas d’une Église ouverte, mais d’un club.

Aujourd’hui, et cela a Ă©tĂ© manifeste pendant le semi-confinement, l’aide matĂ©rielle et sociale est portĂ©e par d’autres acteurs que les Églises; ces dernières ne faisant plus partie du radar, ne sont plus des interlocuteurs vers lesquels se tourner. Ou alors pour des demandes « spirituelles » qui ne sont pas prises en charge par d’autres institutions. Je pense ici principalement aux obsèques.

En route

Si on parle d’un sacerdoce universel, c’est bien celui de la diaconie. Elle est l’affaire de chacun et de tous, dans et hors de l’Église. Cette diaconie se fonde sur le souci de l’autre. En Église, on parle d’amour du prochain. Et si, aujourd’hui, il y a des besoins qui sont en gĂ©nĂ©ral couverts par des acteurs sociaux, il y en a d’autres, notamment la rencontre, l’Ă©coute et l’accompagnement, qui exigent des engagements Ă  court, moyen et long terme. Et lĂ , ministres et bĂ©nĂ©voles ont des choses Ă  dire, Ă  donner et Ă  recevoir.

Un nouveau souffle
La mise en rĂ©seau n’en est que plus importante pour donner et redonner un nouveau souffle Ă  la diaconie. Ainsi, elle s’inscrira dans une prise en charge globale de chacun, pas seulement les plus pauvres ni les plus prĂ©carisĂ©s, mais de chacun, reconnu pour ce qu’il est.

Ă€ lire et Ă  relire sans modĂ©ration : L’Église doit ĂŞtre lĂ  pour tous…

 

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L’Évangile comme un bonbon

Chers Amis, chers frères et sœurs en Christ,

Je vous ai apporté des bonbons.
Parce que les fleurs, c’est pĂ©rissable.
Les bonbons, c’est tellement bon.

Des bonbons particuliers, parce qu’ils sont sur un Ă©cran. Ensuite, ce sont des bonbons acidulĂ©s. Vous savez, ceux qui piquent d’abord la langue et nous font grimacer et qui deviennent doux et sucrĂ©s ensuite. C’est alors qu’on les savoure.

Je dois la référence aux bonbons à mes collègues et amies : Laure Devaux, Marianne Chappuis et Diane Friedli.

L’Évangile de ce matin est un bonbon. Acide dans un premier temps. Il pique nos oreilles. Mais, ce texte, parce qu’il est râpeux, a des choses Ă  nous apprendre sur la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, sur nous-mĂŞmes et nos relations des uns aux autres dans et hors de nos familles.

Car, c’est bien de relation dont il question. Un fil rouge qui traverse nos trois textes : famille et alliance, celle de Dieu. Autant de relations que nous vivons au quotidien.

Il y a d’abord cette histoire du prophète ÉlisĂ©e qui n’est pas sans rappeler celle de Sarah et Abraham : la promesse d’un enfant qu’on attend plus. La promesse pour un couple de devenir une famille, de nouer de nouvelles relations. L’alliance de Dieu qui traverse les âges, se rit des impossiblitĂ©s humaines pour ouvrir Ă  d’autres possibles, Ă  de nouveaux liens.

Un jour, le prophète Élisée passait à Sunam ; une femme riche de ce pays insista pour qu’il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu’il passait par là, il allait manger chez elle.

Elle dit à son mari : « Écoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer. »

Le jour où il revint, il se retira dans cette chambre pour y coucher. Puis il dit à son serviteur : « Que peut-on faire pour cette femme ? » Le serviteur répondit : « Hélas, elle n’a pas de fils, et son mari est âgé. »

Élisée lui dit : « Appelle-la. »
Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte.

Élisée lui dit : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras. »  (Deuxième livre des Rois 4, 8-11 et 14-16).

Ensuite, il y a les propos de l’apĂ´tre Paul qui fait du baptĂŞme le sceau et le signe d’alliance des hĂ©ritiers d’une vie nouvelle, frères et sĹ“urs attachĂ©s, reliĂ©s au Christ ressuscitĂ© :

Frères, Sœurs*,

Ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. (Romain 6, 3-4).

*c’est sciemment que j’ai ajoutĂ© l’interpellation aux sĹ“urs aussi.

Et enfin, l’aciditĂ© des propos de JĂ©sus :

En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi.

Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera.

Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé.

Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste.

Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. » (Évangile de Matthieu 10, 37-42).

Une aciditĂ© qui redonne Ă  l’Évangile tout son piquant, ai-je envie de dire. Suivre le Christ, ce n’est pas une promenade de santĂ©, ni un long fleuve tranquille, encore moins une vue de l’esprit. Suivre le Christ est une mise en route qui exige de tout quitter, surtout ce qui fonde notre sĂ©curitĂ©, notre confort, ce qui est notre port d’attache. Souvenons-nous des premiers disciples, Simon et AndrĂ©, Jacques et Jean rĂ©pondant aussitĂ´t Ă  l’appel du Christ, un parfait inconnu pour eux, et laissant leur père se dĂ©mĂŞler avec ses filets de pĂŞche.

Pensons encore Ă  Levi, Matthieu, le collecteur d’impĂ´ts, laissant ses dĂ©comptes et calculs pour se mettre Ă  la suite de ce mĂŞme JĂ©sus qui lui a dit : « Suis-moi ».

Il y a eu d’autres qui ont radicalement changĂ© de vie pour rĂ©pondre Ă  un appel. Ils ont tout quitter pour aller vers… ils n’en savaient rien, sans doute.

Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera.

Je crois que nous avons besoin de rĂ©entendre ces paroles, un peu acides de prime abord. Ă€ l’image des bonbons. On prĂ©fĂ©rerait certainement ne pas trop s’attarder et passer assez rapidement. Ă€ se dire qu’il y a sĂ»rement mieux… Ailleurs, des mots plus sucrĂ©s, plus savoureux, plus doux aux oreilles.

Mais, ces mots parlent d’amour. Ils laissent deviner toute leur douceur, comme les bonbons, une fois la coque fendue. Et c’est cela qui compte ! L’amour. Un amour entier et exclusif, qui occupe toute une vie.
C’est parce qu’en JĂ©sus, Dieu, le premier, nous aime d’un amour tout entier, que nous sommes appelĂ©s Ă  l’aimer de la mĂŞme manière. Le reste de notre vie, tout le reste, dĂ©coule de cet amour premier.

Christain Bobin a écrit :

Si Dieu n’est pas dans nos histoires d’amour, alors nos histoires ternissent, s’effritent et s’effondrent.

L’appel du Christ impose des choix, parfois difficiles et cornĂ©liens : qui pourrait choisir entre son père, sa mère, son fils, sa fille et JĂ©sus ?

Mais, en accueillant JĂ©sus, et donc Dieu, dans sa vie, en accueillant son amour pour nous, on transforme les liens qui nous unissent. On donne sa vraie place – son autonomie – Ă  chacun. On devient petit pour donner Ă  l’autre l’espace de grandir et devenir qui il est, qui il est appelĂ© Ă  ĂŞtre. Car, c’est bien cela que JĂ©sus n’a eu de cesse de rappeler au travers des guĂ©risons : redonner leur place Ă  ceux qui n’en avaient plus, ceux Ă  qui on ne voulait pas donner de place. C’est cela que JĂ©sus veut pour chacun de nous : que nous soyons des hommes et des femmes libres, debout et en marche… Qui qui annonçons que chacun a une vraie place dans le monde et dans la vie, et sous le regard de Dieu. LĂ  est l’essentiel.

Les trois mois que nous venons de vivre ont eu un impact sur nos vies, sur nos familles, sur nos vies de familles et les liens qui nous unissent. Et aussi sur notre vie d’Église et de communautĂ©. Ceux-ci se sont-ils renforcĂ©s ? Ont-ils Ă©tĂ© mis Ă  mal ? Y a-t-il eu des liens qui se sont tissĂ©s ou rompus dans et au-delĂ  de notre cercle familial ? Et Dieu ? Et JĂ©sus dans tout cela ? Avaient-ils encore une place ? La première ?

Autant de questions que je vous laisse tout simplement, sans vous demander de rĂ©ponse, parce qu’elles vous appartiennent. Et je sais qu’ici, dans la paroisse de La CĂ´te, vous avez Ă©tĂ© nombreux et nombreuses Ă  tisser du lien, Ă  avoir pris soin les uns des autres d’une manière ou d’une autre. Ă€ avoir donnĂ© une orientation nouvelle, et peut-ĂŞtre durable, Ă  vos existences.

Cela, l’auriez-vous fait, auriez-vous pu le faire si l’amour du Christ ne vous avait pas animĂ©s ? Si vous n’aviez pas mis le Christ au centre ou Ă  la première place ? N’avez-vous pas accueilli ou donnĂ© Ă  accueillir le Christ dans vos vies au travers des signes d’amitiĂ© et de fraternitĂ© qui ont Ă©tĂ© les vĂ´tres ?

Certainement pas.

Amen.

Paroissien, qui es-tu ?

Tout part d’une remarque entendue : « J’ai toujours pensĂ© que l’Église devait ĂŞtre lĂ  pour ses paroissiens. » Comprenant d’abord cette rĂ©flexion dans un sens restrictif, je voyais les paroissiens comme ceux que je rencontre rĂ©gulièrement. Mais le cercle est bien plus large, c’est ce que je pressentais..

Je tente une petite taxonomie :

Une liste partielle

Les paroissiens sont ceux qui :

  • ont leur domicile sur le territoire de la paroisse. Ce qui fait que je suis paroissien de ma paroisse de domicile, mais pas de celle qui m’engage professionnellement. Cela a pour consĂ©quence, que je n’ai pas le droit de vote lĂ  oĂą je travaille.
  • ont cochĂ© la case correspondante sur leur dĂ©claration fiscale. Ceux-lĂ  manifestent leur choix d’attribuer une part de leur impĂ´t Ă  une Ă©glise cantonale reconnue. Notons au passage que Neuchâtel et Genève pratiquent la contribution ecclĂ©siastique volontaire, ce qui a pour consĂ©quence que le montant est laissĂ© Ă  la libre apprĂ©ciation du contribuable.
  • sont inscrits dans le registre paroissial. L’inscription dans le registre dĂ©coule de la confession indiquĂ©e sur la dĂ©claration fiscale. Est-ce qu’un changement dans le document fiscal implique de fait une radiation du registre ? Pas certain.
  • n’ont rien demandĂ©, mais qui sont inscrits. Ils sont lĂ , prĂ©sents dans les listes « officielles », mais ont-ils vraiment choisi d’en ĂŞtre ?
  • n’ont jamais pensĂ© Ă  dĂ©missionner. Il s’agit de ceux qui n’ont plus de lien avec la paroisse, mais qui n’ont jamais adressĂ© de dĂ©mission formelle.
  • ceux qui ont demandĂ© Ă  rejoindre la paroisse. Les raisons qui poussent Ă  vouloir s’intĂ©grer Ă  une autre paroisse que celle du domicile peuvent ĂŞtre nombreuses et variĂ©es : la communautĂ©, les activitĂ©s, les lieux de cultes, la proximitĂ© gĂ©ographique, etc.
  • s’engagent activement dans la vie paroissiale. Ce sont tous ceux qui, bĂ©nĂ©volement, s’investissent dans la mise sur pied des Ă©vĂ©nements, tels que la vente, la kermesse, la fĂŞte de NoĂ«l, les visites, le catĂ©chisme, l’animation pour les aĂ®nĂ©s etc.
  • sont prĂ©sents aux Ă©vĂ©nements de la paroisse. Trivialement, on pourrait les qualifier de « consommateurs » des activitĂ©s. Ils assistent, sont prĂ©sents, consomment, mais sans prendre part Ă  l’organisation.
  • soutiennent de diverses manières. Il y a, Ă©videmment, le soutien financier mais aussi le relais d’invitations Ă  participer, la distribution de courriers, d’affiches, les dons en nature pour des occasions particulières : culte des rĂ©coltes ou kermesse, par exemple.
  • ne sont jamais lĂ , mais qui font partie. Ils sont absents de presque tout. Ils figurent sans doute dans les fichiers, mais ne manifestent pas leur intĂ©rĂŞt pour les activitĂ©s paroissiales.
  • se rĂ©clament appartenir Ă  la paroisse. Sans forcĂ©ment en ĂŞtre, ils partagent les valeurs de la paroisse, sans prendre forcĂ©ment part Ă  sa vie.
  • sont sur le web. Ils consultent, visitent, interagissent plus ou moins rĂ©gulièrement sur le RĂ©seau-Protestant.
  • ne rentrent dans aucune de ces catĂ©gories. Il y a encore les autres, tous les autres, qui ne se reconnaĂ®tront pas dans l’une ou l’autre de ces dĂ©finitions, mais qui ont un lien plus ou proche, plus ou moins distendu avec la paroisse.

Donc, cela fait du monde au final.

Une foule bigarré

Oui, l’Église est lĂ  pour ces paroissiens-lĂ 

Alors, c’est vrai, l’Église est bel et bien lĂ  pour ces paroissiens-lĂ . Pour tous ceux-lĂ . Ce que je comprenais d’abord comme une vision restrictive de notre « public », ses paroissiens rĂ©guliers et visible, s’Ă©largit soudain Ă  un monde large et variĂ©. Il est aussi Ă©vident qu’il n’est pas possible d’offrir une rĂ©ponse unique et universelle Ă  toutes ces attentes. Il s’agit donc de s’adapter, de « se faire tout Ă  tous » comme disait l’apĂ´tre Paul. Je comprends cela comme une attitude d’ouverture, de respect et d’Ă©coute des attentes et besoins de ces paroissiens-lĂ . C’est pour eux, pour eux d’abord que je m’engage.

[Ce billet est susceptible d’ĂŞtre complĂ©tĂ© et modifiĂ© suite Ă  vos commentaires]

Image par 22612 de Pixabay

Tisser du lien

VoilĂ  que depuis quelques semaines, nous revenons Ă  une situation qui nous permet de retisser du lien, notamment en paroisse. Pendant plus de deux mois, nous avons Ă©tĂ© contraints d’imaginer d’autres manières d’ĂŞtre reliĂ©s. Elles ont Ă©tĂ© pertinentes. Elles ont palliĂ© Ă  des manques et rĂ©pondu Ă  des attentes. Maintenant, qu’en garderons-nous ? Quelques rĂ©flexions Ă  la volĂ©e.

Le cœur du métier : le lien

Ce qui donne du sens Ă  mon engagement dans une paroisse et dans un lieu d’Ă©coute et d’accompagnement, c’est le lien, la relation, la rencontre. Et voilĂ  que d’un jour Ă  l’autre, tout a Ă©tĂ© suspendu. Je me suis senti un peu dĂ©pourvu face Ă  une situation inĂ©dite. Une pause d’abord bienvenue, mais aussi une opportunitĂ© de me poser la question de comment garder le lien malgrĂ© la distance. Je pressentais qu’il y avait un besoin de liens sociaux. Mais n’Ă©tait-ce lĂ  que le fruit de mes propres projections ? La rĂ©alitĂ© a montrĂ© que cela venait plutĂ´t de moi.

la joie de vivre ensemble

L’imagination de se relier autrement

Comment allais-je donc rester en lien, dĂ©velopper du lien, crĂ©er du lien ? Sous quelle(s) forme(s) ? Le plus simple a Ă©tĂ© de me saisir de mon tĂ©lĂ©phone et oser l’initiative de prendre des nouvelles, d’offrir des temps d’Ă©coute, de partage et de discussion. J’ai constatĂ© que des entretiens sont aussi possibles aussi sans se voir, par tĂ©lĂ©phone et que mon Ă©coute a Ă©tĂ© plus attentive aux modulations de la voix, aux soupirs et aux silences. Par contre, j’Ă©tais privĂ© de tout ce que le visage et le corps peuvent exprimer au-delĂ  des mots.

Ensuite, entre collègues, nous avons recouru Ă  la vidĂ©o-confĂ©rence pour nous voir et prendre des nouvelles, pour nous coordonner dans des actions communes tout de mĂŞme possibles. J’ai senti une collaboration renouvelĂ©e. Ma collègue Laure Devaux est mĂŞme aller jusqu’Ă  adresser sa DĂ©claration d’amour Ă  ses collègues. Mon attention a Ă©tĂ© Ă©galement changĂ©e : manifester son envie de prendre la parole, compter avec des coupures de connexion, des saccades, perdre le fil de la conversation.

On a ainsi dĂ©veloppĂ© des propositions concrètes sous la forme de cultes Ă  l’emporter, de lettres aux aĂ®nĂ©s, de brochures illustrĂ©es. On a cherchĂ© Ă  coller Ă  l’actualitĂ© de nos vies paroissiales, Ă  donner la parole tantĂ´t aux jeunes, tantĂ´t aux aĂ®nĂ©s, Ă  ouvrir nos horizons par des photos.

En parallèle des documents destinĂ©s Ă  ĂŞtre imprimĂ©s, le site internet de la paroisse que j’ai tenu Ă  jour a Ă©tĂ© consultĂ©, sans doute aussi, par des visiteurs hors du champ paroissial. Quand les statistiques montrent des pics de consultations Ă  plus de 100 visites Ă  la publication d’un culte, je peux imaginer qu’il a « ratissé » large…

Ce que nous avons mis en place, en l’adaptant au fil du temps, a Ă©tĂ© autant de manières de dire que nous Ă©tions lĂ  et que nos paroissiens n’Ă©taient pas laissĂ©s Ă  eux-mĂŞmes. Ça a Ă©tĂ© des liens créés, consolidĂ©s, tendus, retendus.

On retrouve nos manières habituelles d’ĂŞtre en lien

On peut s’en rĂ©jouir. Ou on peut regretter de reprendre lĂ  oĂą la crise nous a laissĂ©s. Mais, depuis le dĂ©but du mois de juin, des rencontres sont Ă  nouveau possible « en vrai ». Les cultes reprennent, les aĂ®nĂ©s ne sont plus les plus-Ă -protĂ©gĂ©s. On garde ses distances, mais on revient Ă  une certaine normalitĂ©.

Ce temps à distance a eu une incidence sur la manière présente et future de maintenir les liens. Allons-nous continuer à prendre des nouvelles des personnes que nous avons contactées depuis deux mois et distancées de nos rendez-vous habituels ? Allons-nous poursuivre des offres spirituelles ou méditatives en ligne au-delà des cultes dominicaux ? Allons-nous garder quelque chose de nos séances en vidéo ?

une distance, vraiment ?

Autant de questions que nous sommes plusieurs à nous poser. Les réponses dépendront de nos lieux, de la motivation de nos collègues et bénévoles, de la bonne volonté de nos conseils à nous donner du temps pour continuer l’œuvre commencée.

Mon collègue Elio Jaillet s’interroge aussi sur la portĂ©e des liens tactiles. Ne plus se serrer la main, ne plus s’embrasser, ne plus se prendre dans les bras.

Être relié sur le web protestant aussi

La pĂ©riode que nous venons de traverser a vu Ă©clore sur internet le RĂ©seau-protestant. Il s’agit d’une liste de sites, notamment  institutionnels (ou officiels) et de blogs le plus souvent personnels (reflĂ©tant l’avis de leur auteur). Pour ĂŞtre pertinent, ce RĂ©seau doit mettre en lien les sites et les blogs entre eux. C’est d’ailleurs le principe mĂŞme d’internet que de mettre des sites en lien les uns avec les autres.

des milliers de connexions

Mais au fait, comment cela se passe-t-il ? Comment faire des liens ? À quoi ça sert de faire des liens ? Sur son blog, Nicolas Friedli y consacre une page essentielle et incontournable pour qui veut bloguer comme il se doit. À lire absolument et plusieurs fois !

Le principal, c’est d’ĂŞtre en lien

Que ce soit par des contacts directs, par des outils de communication, par internet, par la prière, l’important est d’ĂŞtre lien, reliĂ© les uns aux autres et Ă  Celui qui nous accompagne dans nos relations.

Boutons de chaîne hifi

Parfois, il est bon d’appuyer sur « Stop », de se connecter Ă  nouveau Ă  ce qui est essentiel, puis de presser sur « Play » pour repartir, tissant des liens entre personnes du dedans et du dehors de nos cercles paroissiaux, et entre blogs en relayant des publications qui nous ont parlĂ©.

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