La diaconie dans l’espace politique

J’ai déjà eu l’occasion d’aborder la présence de l’Église dans l’espace public, c’est-à-dire la société civile, la population. Mais, il est encore un autre lieu que les Églises, au-delà de leurs confessions, ont à reconquérir : l’espace politique, qui prend de l’importance à la veille de la votation sur l’initiative pour des multinationales responsables.

La politique est l’affaire de tous

En cette fin d’été 2020, l’initiative pour des multinationales responsables peut compter sur le soutien d’Églises, de paroisses et de communautés, et de personnes engagées. Cette initiative rejoint les valeurs telles que la sauvegarde de l’environnement (ou dans le langage chrétien de la Création) et des droits humains (la dignité).

Il est sans doute bon de rappeler que la politique n’est pas seulement l’affaire des élu.e.s, mais de chacun et chacune d’entre nous. Le système démocratique suisse permet aux citoyens que nous sommes non seulement d’élire nos représentants, mais aussi de nous exprimer, de lancer initiatives et référendums, jusqu’à demander à l’ensemble de la population suisse s’il faut ou non couper les cornes des vaches.

La Vache, Boeuf, Museau, Ongulés, Animaux, L'Élevage

Églises et État font-ils bon ménage ?

J’ai souvent entendu que si on est chrétien.ne, il n’est pas toujours bon de se mêler de politique. Parce que Dieu et l’État ne sont pas faits pour s’entendre… Parce que le monde et les politiciens sont soit corrompus ou sous l’emprise du Mal. Étrange, quand je lis cette invitation dans la Bible :

J’encourage donc avant tout à faire des demandes, des prières, des supplications, des prières de reconnaissance pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener une vie paisible et tranquille, en toute piété et en tout respect. Voilà ce qui est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur, lui qui désire que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.

1 Timothée 2, 1-4.

Je crois, au contraire, qu’en tant que citoyen et chrétien, je peux élire des hommes et des femmes, soutenir des causes, défendre des idéaux qui correspondent à mes valeurs chrétiennes. Je crois même qu’il est de mon devoir de le faire. Comme il est de mon devoir de dénoncer des abus, des situations injustes et inacceptables qui violent la dignité et les droits humains, qui bafouent les plus faibles et mettent à mal l’environnement. Raison pour laquelle j’ai soutenu la norme anti-homophobie et je soutiens l’initiative pour des multinationales responsables.

Les Églises peuvent-elles faire de la politique ?

Je crois que, non seulement, elle le peut, mais elle le doit. Il en va de sa responsabilité devant les hommes et devant Dieu. On m’a raconté qu’à une époque, le pasteur, en chaire à la fin du culte, invitait ses fidèles à aller voter et orientait parfois le choix :

Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, n’oubliez pas d’aller glisser votre oui (ou votre non) dans l’urne.

Extrait fictif d’un culte non moins fictif.

Ce temps-là est révolu. Mais l’engagement des Églises sur la scène politique, lui, n’a pas disparu. Et des causes sont soutenues par les communautés ecclésiastiques, à l’image de celle visant à responsabiliser les multinationales dans leurs agissements à l’étranger ou d’autres qui défendent la liberté et la dignité inaliénables de chaque être humain : homme, femme, enfant, quel qu’il soit.

Que ce soit à titre individuel ou communautaire, nous sommes aussi souvent interpellés par les œuvres d’entraide, EPER ou PPP, au sujet d’objets de votations et des enjeux qu’elles soulèvent.

Je discerne encore d’autres domaines où les Églises ont eu leur mot à dire. Pensons à la norme anti-homophobie, condamnant les discriminations liées à l’orientation sexuelle ou plus tôt à l’initiative contre l’immigration de masse. Deux exemples parmi d’autres, beaucoup d’autres.

Urne, Démocratie, Politique, Vote, Droit De Vote, Tour

Cependant, je trouve que les Églises sont souvent trop absentes ou trop timides sur le devant de la scène politique. Lors de campagnes, entre opposants et partisans, surtout lorsque des valeurs universelles sont en jeu, je n’entends pas les voix des Églises. Je ne les perçois pas dans le concert des pour ou des contre. Le prétexte que chacun est libre de voter ce qu’il veut, en âme et conscience, est un faux prétexte.

J’ai été déçu par l’absence des Églises aux côtés des associations qui venaient en aide aux plus pauvres, soudainement visibles, parce que renvoyés par leur employeur et non déclarés. Ou alors, les médias n’ont pas jugé utile de montrer des engagements concrets qui ont bien eu lieu en certains endroits.

Par contre, j’ai entendu l’Église catholique insisté (haut et fort) auprès du Conseil fédéral pour avancer la reprise des célébrations en présence à Pentecôte 2020.

L’Église est politique

[voir le commentaire reçu qui a légèrement influencé la rédaction de cette partie]

Le fonctionnement des autorités de l’Église, notamment réformée, est calqué sur le système fédéral bicaméral   et fait que l’Église fait de la politique. Qu’elle le veuille ou non.

Il y a deux « chambres » ou organes qui assurent la gouvernance. Le synode, majoritairement laïc, est composé de député.e.s élu.e.s par les paroisses ; c’est le pouvoir législatif, décisionnel. L’autre, le conseil synodal lui aussi plus laïc que ministériel dont les membres sont appelés conseiller.ère.s, assumant le pouvoir exécutif et appliquant les décisions synodales.

Au-delà de sa seule structure, l’Église a à défendre les plus défavorisés, à crier à l’injustice, à protéger la dignité et la liberté humaine, à s’engager dans l’accueil de l’étranger et sa reconnaissance et cela en tant qu’institution « Église ».

S’engager ?

Je connais personnellement des hommes et des femmes qui s’affichent chrétien.ne.s et qui s’engagent ou se sont engagé.e.s en politique que ce soit dans un gouvernement cantonal ou aux Chambres fédérales. Et leurs convictions ont donné une couleur particulière à leur engagement politique. Je pense ici à la famille de Jacques-André et Monika Maire.

Je connais d’autres personnes, tout aussi engagées qui ont rejoint une association ou un comité de défense.

Choix, Sélectionnez, Décider, Décision, Vote, Politique

J’en connais encore d’autres qui, individuellement, donnent de la voix lors de campagnes, sont présents sur les réseaux sociaux ou les médias, sur les marchés pour récolter des signatures, informer ou convaincre la population.

Ce sont, à mon sens, des actes chrétiens. Quoi qu’on puisse en dire !

 

Vos expériences et vos remarques sont les bienvenues en commentaires de cet article.

Priez ! Rompez !

La nouvelle ne vous aura sans doute pas échappé ou si, justement. La RTS a relayé l’info que le 5 juillet dernier, les membres d’un bataillon militaire ont été choqués, voire blessés, par l’invitation de l’aumônier militaire à prier le « Notre Père ». Dans les rangs de l’armée, comme dans les couloirs des institutions de soins, l’aumônier n’est plus ce qu’il était et est appelé à devenir qui il devra. Et si l’aumônier quittait l’Église ?

L’espace public, l’espace laïc ?

Dans un autre billet, j’ai fait mention de la présence de la diaconie dans l’espace public. Je la conçois comme une manière d’animer, de donner de la vie, de provoquer l’invitation et la convivialité et aussi, par ce biais, d’aborder des questions plus profondes, existentielles et spirituelles. Je pensais m’arrêter là, mais la dépêche mentionnée plus haut, et les propos suivants me font réagir.

De nombreux militaires ont été choqués, voire blessés, par ce moment. La lecture de la Bible et surtout l’invitation à la prière ont été ressenties comme une atteinte à leur liberté de croyance. D’autant que ce bataillon est composé majoritairement de Genevois, un canton laïque où l’Etat doit observer une stricte neutralité religieuse.

Les mots sont durs : « choqués », « blessés » par une invitation qui est entendue comme une obligation : « Compagnie, priez ! » Je ne connais pas l’aumônier en question (ou je ne crois pas le connaître). Mais n’est-ce pas son rôle que de remettre l’Église au milieu de la troupe ? Je n’ai pas entendu les mots qu’il a employés, mais une invitation peut se décliner. Sans doute que le retour d’une marche n’était pas le plus opportun pour faire tenir debout les soldats. Je ne suis pas soldat, je ne sais pas.

Mais, ce qui est révélateur, c’est le recours à la laïcité et la mention spécifique au Canton de Genève brandies comme l’étendard de notre liberté. La laïcité, on la met à toutes les sauces pour justifier toutes les exclusions. L’État est laïc dans son ensemble et promeut la liberté de croyance à chacun de ses citoyens. Liberté de ne pas pratiquer tout comme de pratiquer d’ailleurs. À quel titre, le Canton de Genève serait-il plus laïc que Neuchâtel ?

Et enfin, la stricte neutralité religieuse impliquerait donc de ne pas en parler, d’en faire un sujet tabou. On flaire quand même une compréhension de ce qu’on entend de la laïcité : l’évacuation de toute référence religieuse de l’espace public. A-t-on oublié que le Préambule de la Constitution fédérale commence par : Au nom de Dieu tout-puissant ? Et Genève de mentionner un héritage spirituel dans la sienne ?

Préambule
Le peuple de Genève,
reconnaissant de son héritage humaniste, spirituel, culturel et scientifique, ainsi que de son appartenance à la Confédération suisse,
convaincu de la richesse que constituent les apports successifs et la diversité de ses membres,
résolu à renouveler son contrat social afin de préserver la justice et la paix, et à assurer le bien-être des générations actuelles et futures,
attaché à l’ouverture de Genève au monde, à sa vocation humanitaire et aux principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme,
déterminé à renforcer une république fondée sur les décisions de la majorité et le respect des minorités,
dans le respect du droit fédéral et international,
adopte la présente constitution :

Source : Site de la République et Canton de Genève (consulté le 27.07.2020)

Spirituel plutôt que religieux.

Le profil de l’aumônier a évolué et évoluera encore, c’est certain. Il n’est plus l’ecclésiastique envoyé par une Église (ou communauté) pour rendre visite à ses paroissiens. Il a déjà acquis une dimension œcuménique indéniable.

Mais l’évolution la plus notoire est le glissement du religieux au spirituel. L’aumônier n’est plus le représentant d’une identité confessionnelle. Il n’est plus l’homme de Dieu, mais le spécialiste du spirituel dans son ensemble, surtout évacué de Dieu.

Par ailleurs, il [Noël Pedreira, remplaçant du chef de l’aumônerie de l’armée suisse] estime que la question de la modernité de l’aumônerie militaire est déjà prise en compte dans de nouvelles directives. « Aujourd’hui, les aumôniers de l’armée sont davantage dans le domaine de la spiritualité que dans celui de la religion, afin d’accompagner les soldats », dit-il.

J’ai constaté les débuts de cette évolution il y a une dizaine d’années au CHUV, lorsque j’y faisais mon stage. Les aumôniers préféraient la dénomination d’accompagnants spirituels. Et depuis, le vocabulaire a encore changé : Spécialiste en soins spirituels. La formation destinée aux accompagnants s’académise, elle aussi. Il est révolu le temps où chacun fixait ses propres objectifs de stage, ce que j’ai encore fait en 2011.

Le monde a changé. L’aumônier aussi.

Cette évolution est en marche pour correspondre à une réalité sociologique : le fait que nombre de patients, de soldats, de personnes ne pratiquent plus une religion ni ne se reconnaissent dans les Églises institutionnelles.

Cette réalité, je l’ai côtoyée de nombreuses années, notamment auprès des personnes âgées, dont bon nombre se réclamaient encore d’une des deux religions : catholique ou protestante. Mais, le personnel soignant ne se référait que peu à un ancrage religieux. Il en a été  de même des familles et proches que j’ai pu accompagner.

Se faire tout à tous… Vraiment ? En toute transparence.

Je ne suis pas convaincu par cette évolution dans la dénomination, je l’avoue. La réalité qui a été la mienne, aumônier réformée dans des EMS du Canton de Neuchâtel, m’a fait voir que le modèle proposé par le CHUV n’était pas encore entré dans le fonctionnement de toutes les institutions de Suisse et d’ailleurs.

Ne cherche-t-on à avancer masqués, à cacher ce qu’on croit (ou ce qui nous anime) pour être toléré dans des lieux qui défendent (peut-être maladroitement) la liberté de croyance ? Ne serait-il pas plus simple d’inscrire à l’entrée des homes par exemple : « Dans ce lieu, chacun est libre de croire ou non. Ses croyances seront respectées et il est possible de demander un accompagnement humain et spirituel respectueux. »

La réalité qui est la mienne actuellement, diacre en paroisse envoyé par elle dans les institutions pour y visiter les résidents et célébrer des cultes, date encore de l’ancien modèle. Et je m’y sens (encore) bien.

Derrière cette évolution lexicale d’aumônier à spécialiste, ne cherche-t-on à justifier la présence de représentant.e.s des Églises dans les institutions ? J’écris des Églises, mais je sais que les spécialistes en soins spirituels sont engagés par le CHUV et que le lien avec une communauté religieuse est de moins en moins évident, voire plus du tout. L’aumônerie du CHUV est devenue un système en circuit fermé, sans ouverture vers la communauté : des célébrations ont lieu dans la chapelle de l’hôpital, les visites sont faites majoritairement par les employés de l’aumônerie et devient un centre de recherche.

Et si, et si, les aumôniers d’antan étaient une espèce en voie de disparition ? Ils le sont déjà.

Et si, à l’avenir, les spécialistes en soins spirituels n’avaient plus de liens avec les Églises et qu’ils devenaient des académiciens ? Ils le deviennent. À voir le chemin entrepris, je me dis que cette option pourrait bien devenir la norme d’ici pas longtemps. Pour notre bien ? L’avenir nous le dira. Je reste sur la réserve.

Comme un poumon

En tant que diacre, j’aime ce double mouvement de l’intérieur vers l’extérieur, de l’extérieur vers l’intérieur. J’aime être sur le seuil entre société civile et communauté Église. J’aime comparer mon rôle à un poumon qui inspire et expire, qui accueille et envoie. Dans mes activités, passées et présentes, j’ai eu la chance de pouvoir rendre compte de ce que je faisais en-dehors de là où je le faisais. Et cela a éveillé l’intérêt et de la reconnaissance. J’ai aussi pu amener ceux qu’on ne voit jamais là où je travaillais là où je travaillais et cela a éveillé de l’intérêt et de la reconnaissance.

Lors de cérémonies d’adieux, et après en avoir discuté avec la famille, j’ai invité l’assemblée à prier le Notre Père. Parfois, je me suis senti bien seul à le réciter, mais c’est important de le faire. C’est une prière qui rassemble aussi ceux qui ne sont pas là. Elle a du sens et du poids pour moi. Elle nous inscrit dans une histoire, celle des enfants de Dieu. Il s’agit de ne pas l’oublier, sans doute plus encore à l’heure d’un décès. Et si on ne la dit pas soi-même, elle a son effet pour ceux qui l’entendent (ou pas). À la sortie, je n’ai rencontré personne qui avait été choqué ou blessé d’avoir entendu ces mots, mais le contexte était différent de celui d’une troupe de miliaires.

Différent, vraiment ?

Image par WikiImages de Pixabay

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Diaconie et bénévolat

Les engagements bénévoles sont nombreux et variés dans la société. Il y a ceux dans des associations sportives, caritatives, dans des partis politiques, des causes civiques et d’autres encore.

Ces engagements volontaires ne sont pas moins variés en Église : catéchèse, accompagnements divers, visites, service au culte, événements, activités régulières, manifestations et d’autres encore.

Des hommes et des femmes au service des autres

Le bénévolat, un service diaconal

Un service diaconal, c’est une lapalissade ! Mais ça dit bien ce que revêt cet engagement : animer, donner de la vie aux relations, forcément multiples, au nom de l’Évangile. Et cela dans la gratuité.

Des hommes et des femmes s’engagent, souvent sans compter, auprès de celles et ceux qui sont dans la paroisse, mais bien plus souvent encore en marge de la vie d’Église : des résidents d’EMS, des migrants, des détenus, la population en général, des voyageurs de passage et tant d’autres, souvent invisibles, parfois oubliés des Églises elles-mêmes.

Qui ne voit-on plus ?

Plus que de la bonne volonté

Il fut un temps, pas si éloigné que cela, où le bénévolat reposait sur la bonne volonté. Il suffisait de vouloir pour pouvoir.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. En Église comme ailleurs, le bénévolat se professionnalise. Les « employeurs » proposent des formations, des suivis. Il y a des chartes qui fixent le cadre d’engagement, des contrats qui régissent les devoirs et obligations.

Ceci a une justification : reconnaître l’engagement bénévole comme expérience professionnelle, le valoriser dans un CV, le faire valoir dans une recherche d’emploi.

Un diplôme, et après ?
Car le bénévolat, ce n’est pas seulement l’affaire de retraité.e.s. Pensons notamment aux jeunes animateurs de camps de catéchisme, les JACS.

Une constante évolution

Le bénévolat évolue avec les publics auxquels il s’adresse. Les enjeux des engagements bénévoles ne cessent de se complexifier. J’en relève deux qui me paraissent significatifs : la visite auprès de résidents âgés, avec les questions liées au choix de mourir. L’accompagnement des migrants avec des parcours de vie souvent tragiques.

Quel horizon ?
Dans ces deux cas, qui est suffisamment préparé à accueillir et à accompagner de telles situations ? Les professionnel.les ne le sont pas toujours, eux non plus. Les diacres pas plus que les bénévoles. Mais un.e bénévole, ou un.e ministre par son expérience, par son parcours personnel, sera parfaitement à sa place dans une situation donnée. Un.e autre ailleurs.

Avant d’être un cas d’école, chaque situation est un cas de vie. Et chacun.e l’aborde avec qui il.elle est.

C’est pourquoi, les bénévoles peuvent bénéficier d’offres de suivis, sous la forme d’échange, d’étude de cas, de supervisions, d’analyse de pratique. Et l’équipe peut devenir une ressource.

Une place pour chacun, tous pour un

Aujourd’hui, le travail en équipe est une réalité dans beaucoup d’engagements professionnels et bénévoles. Ces équipes sont placées sous la responsabilité d’un.e professionnel.le, pasteur, diacre ou laïc d’ailleurs. Si ce dernier garde une implication sur le terrain (c’est vivement recommandé), il.elle a aussi un rôle plus stratégique dans l’engagement et le suivi des bénévoles.

Cette responsabilité diaconale, indépendamment de qui l’occupe, consiste à mettre en place des conditions favorables pour que les bénévoles se sentent soutenus et motivés dans leurs activités. En un mot, à rendre l’engagement vivant.
Il y a encore une dimension d’autorité. À ne pas confondre avec l’autoritarisme qui ferait passer le.la responsable pour un petit chef. Faire preuve d’autorité, c’est donner au bénévole l’espace nécessaire pour qu’il soit et devienne qui il est. Ce qui implique une bonne dose de confiance.

Il s’agit bien d’une question de rôle.

Il est évident que le bénévole n’est pas le serviteur du responsable. S’il est serviteur, ce ne peut être que du Christ, lui-même serviteur.

Un esprit d'équipe
 

Tous diacres, alors…

Je le crois profondément. Si le sacerdoce universel affirme : « Tous prêtres », je suis convaincu qu’il y a un autre engagement tout aussi universel, à la portée de tous et pour tous. Un engagement qui repose d’abord sur une humanité partagée et sur la confiance que chacun.e est aimé.e pour qui il.elle est. C’est engagement porte le doux nom de diaconie.

Que l’Église ne l’oublie pas.

Diaconie dans l’espace numérique

Si la diaconie a sa légitimé dans l’espace public et, en particulier, dans des lieux où se rencontrent les gens, alors, elle est aussi à sa place dans l’espace numérique qui est une dimension particulière du fait de se rencontrer.

Des liens par écran interposés
Ce que j’appelle espace numérique, c’est internet, les réseaux sociaux, les blogs, les sites personnels et institutionnels des Églises, des communautés et d’autres professionnels.

J’ai hésité à parler d’espace virtuel, mais le web est bien réel et animé par des blogueurs et visiteurs bien vivants et réels, eux aussi. J’en reste donc à la dénomination d’espace numérique.

À titre personnel, je regrette qu’il y ait encore trop peu d’initiatives émanant de non-professionnels, de bénévoles par exemple, dans cet espace numérique.

Un réseau-protestant

Depuis quelques mois, un Réseau-Protestant se met en place. Il a pour vocation de tenir à jour une liste de références du web protestant en Suisse romande et de mettre en relation ces sites et ces blogs afin de constituer et d’animer un un vrai réseau. Ainsi il devient possible et pertinent de rendre visible cette présence sur internet. Ce qui me paraît rejoindre une vocation diaconale.

Un réseau pour mettre en lien

En quoi est-ce diaconal, au fait ?

Vous penserez peut-être, au passage, que je vois de la diaconie partout ou que, selon moi, tout est diaconie. Non, évidemment ! Et pourtant… Je reviens à la définition de la diaconie comme je la conçois : celle de l’animation, le fait de donner ou redonner de la vie, de se sentir vivant et en relation les uns aux autres. Alors, dans cet esprit, ce Réseau-Protestant a bel et bien une portée diaconale.

En parcourant la liste du Réseau-Protestant, je constate d’abord que celle-ci propose des portes d’entrée et rejoint les internautes là où ils se trouvent, là où ils cherchent. Ensuite, elle présente la vie d’un réseau constitué d’hommes et de femmes engagés.

Mais surtout, ces sites et des blogs, et c’est là que la diaconie prend tout son sens, sortent des quatre murs des Églises pour aller à la rencontre, en publiant des contenus qui répondent à des attentes variées : on y trouve, outre des informations institutionnelles, des prédications, des réflexions personnelles et professionnelles, des réponses à des questions.

Le langage et la forme propres à chaque auteur sortent, eux aussi, de la liturgie ou du langage des célébrations. Et c’est ce qui fait la beauté, la pertinence et la diversité de ce Réseau.

Être là où deux ou trois (et plus) sont réunis

La diaconie sur internet ? Une évidence ! Demandez-vous un instant : quand vous cherchez une information, quel est votre premier recours ? Internet, Google, votre smartphone. Comme tout le monde.

Que cherchez-vous ?
Donc, la diaconie peut (voire doit) être présente dans cet espace. Non seulement par des sites qui présentent ce qu’est la diaconie de manière officielle : le portail diaconie.ch ou l’association diaconale romande, mais aussi, et surtout dirais-je, par des témoignages, des prises de position, des réflexions à propos de la diaconie par des professionnels et, plus rarement hélas encore, par des non professionnels.

L’affaire de tous

Ce qui me permet de rappeler au passage que la diaconie n’est pas l’apanage des seuls diacres consacrés et reconnus comme tels, mais des pasteurs et théologiens, professeurs de théologie, chercheurs, bénévoles, laïcs, de vous aussi. Dès que le message s’adresse au plus grand nombre, au monde, à la société, aux politiques, c’est de la diaconie !

Dès que ce message vise à favoriser, à encourager, à initier la rencontre et donner de la vie à la vie, à la faire naître, à l’animer face-à-face ou par écrans interposés, c’est de la diaconie.

Et cela, c’est l’affaire de tous, qui que vous soyez, qui que tu sois.

Cet article pourra être complété et modifié selon vos commentaires.

Images tirées de Pixabay.com.

Diaconie dans l’espace liturgique

La diaconie n’est pas seulement un mouvement de l’Église vers l’extérieur, la société et le monde, mais est aussi constitutive de la célébration elle-même. D’ailleurs le mot liturgie signifie service du peuple et a une origine laïque. La diaconie a toute sa place dans l’espace public, mais aussi dans le cadre des célébrations et cérémonie, comme lieux et moments d’ouverture au monde.

Les célébrations dominicales

Les cultes et les messes s’adressent-ils d’abord à ceux et celles qui y assistent (plus ou moins) régulièrement ou ont-ils une portée plus large ? La célébration s’adresse évidemment au monde… et au monde entier. Il y a d’ailleurs un échange, une porte à double-battants dans la célébration : c’est le lieu et le moment de faire entrer le monde dans le déroulement et de faire sortir la proclamation en direction du monde.

Il y a des moments plus propices à la diaconie. J’en distingue trois (au moins) :

  1. Le moment de l’accueil. La bien-venue au culte ne se limite pas à quelques mots prononcés du haut de la chaire, dans les premiers instants, mais à un accueil personnel par une présence à l’entrée ou sur le seuil, par un sourire (franc et sincère), par quelques mots échangés. Ceci est d’autant plus important pour des personnes qui ne sont pas habituées. L’épidémie du COVID-19 implique des mesures, notamment la désinfection des mains et le port du masque. Au-delà d’une simple mesure sanitaire, il y a le souci de l’autre, la préservation de sa santé, la responsabilité collective et individuelle dans ce geste à valeur diaconale.
  2. Les annonces et la prière d’intercession. Selon moi, ces moments sont indissociables, car ils font entrer le monde (proche ou lointain) et ses préoccupations dans la célébration. L’assemblée est rendue attentive à ce qui se passe tout près ou plus loin, à participer à un geste collectif, celui de la remise à Dieu de cette situation, mais aussi à une mise en œuvre de ce que chacun.e peut faire pour changer les choses. La communauté pourra être, par exemple, informée et sensibilisée à une situation locale préoccupante, sollicitée pour des aides diverses, informée de l’avancement d’un projet soutenu par la paroisse.
  3. L’envoi et la bénédiction. Ils terminent la célébration, tout en envoyant les participants dans le monde, dans la vraie vie, porteurs de ce qu’ils ont reçu pendant la célébration. Je conçois la clôture d’une célébration sous la forme triviale de « C’est à nous de jouer maintenant ! » (l’envoi) et « nous ne sommes pas seuls. » (la bénédiction).

Mais, je suis aussi persuadé qu’une prédication a une vraie portée diaconale, du moment qu’elle s’enracine dans le concret et le quotidien et invite à l’action, qu’elle nous anime, redonne un esprit d’initiative à notre quotidien.

Des célébrations comme des projets

Je m’intéresse encore aux actes ecclésiastiques. Sous ce terme un peu barbare, on désigne le baptême, la bénédiction de mariage et le service funèbre. Trois célébrations particulières, parce qu’elles réunissent des cercles de participants distincts, et fort différents bien souvent, des paroissiens habituels : les familles, les amis et les proches.

La liturgie doit par conséquent tenir compte de ces auditeurs présents, en s’adaptant, en laissant aussi une place à d’autres prises de paroles que celle de l’officiant, à adopter un langage compréhensible et audible par le plus grand nombre, à renoncer à un vocabulaire obscur. Sans pour autant oublier la force de la Parole et du témoignage.

Un équilibre parfois difficile à maintenir

Lors d’actes ecclésiastiques en particulier, il y a de nombreux paramètres à faire tenir ensemble : les attentes des familles, des proches et paroissiens réguliers, leurs projections (parfois rêvées), leur méconnaissance de ce que sont de telles cérémonies, le souci de l’officiant de respecter ce qu’est cette cérémonie de tradition réformée ou catholique, les interventions et prises de paroles de tiers (quelquefois spontanées), les choix musicaux parfois discutables, la technique, la durée, les imprévus, les questions d’argent qui se posent inévitablement.

Il arrive ainsi qu’un baptême, une bénédiction de mariage ou un service funèbre s’apparentent à une véritable gestion de projet. Je le vois de manière positive, comme la manière d’accompagner des familles dans un projet, d’écouter et de répondre à des questions pertinentes et existentielles, de construire ensemble quelque chose qui a et prend du sens.

La gratuité, encore et toujours

Mais ces actes ecclésiastiques, même s’ils réunissent souvent un public plus nombreux que les célébrations dominicales, ne sont pas des occasions de faire du prosélytisme ni de convertir ceux et celles qui y participent. Au contraire, il s’agit de rejoindre dans leur joie et leur peine, les familles qui font appel à un.e représentant.e d’une Église. De nous faire sentir d’abord proches et humains, donc animés et vivants, dans un moment particulier de l’existence humaine, tout en rappelant que tout ne dépend pas de nous seuls. Et tout cela dans la gratuité et rien de plus. Tout est don.