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L’Illusion d’exister

L’ILLUSION D’EXISTER. Récit d’une vie brisée. C’est le titre d’un témoignage poignant et bouleversant qui paraîtra dès le 22 août aux ÉDITIONS SUR LE HAUT. L’auteur, Claude Alain Augsburger, décédé en juillet 2021, y relate son histoire et notamment les vingt-huit années qu’il a passées, interné dans des institutions psychiatriques du Canton de Neuchâtel et de Suisse romande. Ce qui fait tout l’intérêt de cet ouvrage, c’est que l’auteur a été reconnu victime de mesures de coercition à des fins d’assistance par la Confédération et indemnisé d’une somme d’argent substantielle. Finalement, et c’est certainement ce qui donne du sens à ce livre, ce sera la dernière et seule trace que C. A. Augsburger laissera à la postérité.

Ce titre sera  présenté et « verni » lors du SUR LE HAUT (F)ESTIVAL du 19 au 21 août, et plus précisément le dimanche 21 à 11h00. J’en dirai quelques mots, en présence de l’éditeur Daniel Musy et du psychologue Emmanuel Schwab qui posera son regard de professionnel sur ce récit autobiographique.

L'ILLUSION D'EXISTER
Couverture du livre de C. A. Augsburger – Tableau de Myriam Leresche

 

Accompagner une histoire

J’ai eu le privilège d’accompagner Claude Alain Augsburger dans la rédaction de son livre, lorsque j’étais responsable à La Margelle, lieu d’écoute et d’accompagnement spirituel en Ville de Neuchâtel. J’ai d’abord écouté le récit de cet homme au parcours professionnel semé de réussites, mais qui a connu des échecs sur le plan personnel et sentimental. Une vie qui prend naissance dans le Vallon de St-Imier (Jura bernois suisse). J’ai ensuite lu les chapitres de ce qui allait devenir le livre.

L’ILLUSION D’EXISTER est surtout le témoignage de première main d’un homme qui a subi les décisions arbitraires d’une époque où, dans un registre pas si éloigné, des enfants étaient séparés de leurs parents et placés de force dans d’autres familles; bon nombre y ont connu les pires atrocités. Claude Alain Augsburger raconte comment, suite à des circonstances particulières, il s’est vu interné « sans doute pour son bien » et balloté de médecin en psychiatres, d’institutions en hôpitaux et ce pendant une vingtaine d’année. Puis, il a fréquenté dix ans durant l’hôpital de jour. En tout, près de trente ans passés en institutions. Ce qu’on retient, c’est que le patient n’était pas partie prenante des « thérapies », mais plutôt un cobaye expérimental.

On découvre aussi des pages émouvantes, à l’image de cette complicité qui s’est tissée avec « La Dame aux chats », devenue pour l’auteur sa « sœur de cœur ».

L’auteur m’a demandé un jour de bien vouloir rédiger ce qui allait devenir la postface du livre. J’ai accepté, en essayant de poser mon regard d’accompagnant spirituel sur le parcours, le témoignage et aussi les ressources de M. Augsburger. Car, au fil des pages et des lettres qu’il adresse à différents destinataires, on découvrira une force de caractère, une personnalité, un courage qui lui a permis de surmonter malgré tout ces brimades.

Il faut que cela se sache !

Daniel Musy, éditeur des ÉDITIONS SUR LE HAUT, les quelques amis et proches de Claude Alain Augsburger, dont son psychiatre, et moi-même avons tenu à mener à bien la publication de cet ouvrage posthume. La démarche a nécessité de revoir les noms et d’anonymiser la presque totalité des personnages cités, à l’exception des membres de la proche famille; ceci par respect pour ceux et celles qui sont encore en vie et pour les descendants de ceux et celles qui sont décédés.

Je n’ai rencontré qu’une fois Claude Alain Augsburger, au mois d’octobre 2020, avec Jean-Marc Leresche, son accompagnateur spirituel. J’avais lu son texte publié aujourd’hui avec Jean-Marc. Je l’ai écouté et ai été choqué par ce qu’il me racontait et je l’ai appuyé : « Oui, il faut que cela se sache !
Ce récit d’une vie brisée est tout ce qui reste de Monsieur Augsburger, hélas décédé en juillet 2021 sans que je l’aie revu. Plus aucune trace de lui : aucune photo, aucun objet, aucune fortune, aucune descendance, aucune tombe. Seules survivent quelques personnes qui l’ont connu et soutenu. Elles ont désiré cette publication qui s’imposait comme un devoir de mémoire.
Les « injustices et les souffrances », que cette « victime au sens de la loi » a subies, « ont eu des conséquences sur toute [sa] vie » Par ces termes, la Confédération suisse a reconnu ses torts en novembre 2019 et a réparé cette injustice par le versement à la victime de CHF 25’000.-
« L’Illusion d’exister » est donc le seul héritage de Claude Alain Augsburger dont la mémoire phénoménale avait gardé trace de tous les noms des personnes qui l’ont côtoyé, qu’elles l’aient aimé, soutenu, ignoré ou brimé. Par respect pour leur personnalité et celle de leurs familles ou proches, nous avons changé leurs noms et prénoms, sauf ceux des parents et très proches ami·e·s de l’auteur. Ce livre sera en ligne le 22 août et en vente lors du (F)ESTIVAL des ÉDITIONS SUR LE HAUT puis en librairie.
Daniel Musy, éditeur des ÉDITIONS SUR LE HAUT sur sa page Facebook.

Un témoignage de l’histoire

L’ILLUSION D’EXISTER nous plonge dans un pan de l’histoire suisse d’avant 1981. L’auteur, né en 1947, et alors âgé d’à peine trente ans, est interné suite à un concours de circonstances. Il ne sortira de ce qu’il appelle « l’enfer de la psychiatrie » qu’à l’horizon de 2010. C’était l’époque où une autorité administrative (ni juridique ni médicale) pouvait envoyer untel en prison, dans une institution de soins ou des enfants dans des familles, les arrachant à leurs parents. Il a fallu attendre 2010 pour que des témoignages soient rendus publics et que le Conseil fédéral présente des excuses. La Confédération a pris, dès 2013, toute la mesure de telles pratiques et a constitué une commission d’experts indépendants et un fonds d’indemnisation pour les victimes de telles mesures de placements extrafamiliaux en vue d’assistance. Les médias s’en sont fait l’écho.

Une démarche spirituelle aussi

L’écriture de ce livre a été difficile pour son auteur à la mémoire phénoménale. Il replongeait dans un univers et des circonstances qu’il aurait tant aimé oublier, effacer. Au fur et à mesure de ce travail, j’ai pu constater que l’homme meurtri et profondément blessé s’est peu à peu redressé, a retrouvé une dignité renouvelée, une force intérieure. Je n’ai pu m’empêcher de voir en Claude Alain Augsburger, une image du paralytique couché sur son brancard que des porteurs amènent à Jésus, et qui empêchés d’entrer par la porte, feront un trou dans le toit de la maison. Et cette parole de Jésus : « Tes péchés sont pardonnés (…) Lève-toi et marche ! » et cet homme qui s’en va debout (évangile de Marc, chapitre 2).

Il y a dans le récit de L’ILLUSION D’EXISTER quelque chose de la rédemption et de la résurrection, car combien de fois des experts ont-ils jugés l’auteur « mort » et incapable de se réinsérer professionnellement. Durant ses séjours en institutions, Claude Alain a rencontré des aumôniers, il a partagé son vécu avec eux, il s’est posé des questions. A-t-il reçu les réponses et celles qu’il espérait ? Parfois, mais pas toujours.

Aujourd’hui, à l’heure où ce livre paraît, un an après le décès de son auteur, j’aimerais remercier Daniel Musy de son soutien et de son précieux concours dans la mise en forme finale du contenu et les personnes qui ont accompagné et soutenu Claude Alain Augsburger dans sa rédaction. Un autre merci à Myriam Leresche, mon artiste préférée, qui a mis à disposition un tableau pour l’image de couverture.

L’ILLUSION D’EXISTER est un livre fort, un témoignage courageux, un exercice difficile, mais surtout, et je le répète, la seule et unique trace que l’auteur laisse à la postérité et à la société.

 

Infos pratiques :

  • Présentation et vernissage : dimanche 21 août à 11h00 dans la cour de la Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds, SUR LE HAUT (F)ESTIVAL
  • Le livre sera en ligne sur le site des ÉDITIONS SUR LE HAUT dès le 22 août et consultable gratuitement.
  • Le livre pourra être commandé au prix de CHF 25.– l’unité (+éventuels frais d’envoi) auprès des Éditions ou de Jean-Marc Leresche, jm.leresche@gmail.com.

En chemin

Je viens de terminer la lecture du livre L’Évangile en chemin écrit par la pasteure Hetty Overeem. C’est un livre de vacances, à n’en point douter. Cette pasteure a sillonné les routes du Canton de Vaud avec un chien, un âne, un tipi, une roulotte. Son livre renferme de très belles réflexions entre la marche et ses préparatifs, les rencontres et l’Évangile.

En route

En lisant ces pages, j’ai pris conscience, et encore plus, que la Bonne Nouvelle (l’Évangile) nous met en route. Pas besoin de disposer d’une roulotte, d’une caravane, d’un âne. Notre corps et notre esprit suffisent amplement. L’Évangile nous déplace, nous questionnant, interrogeant nos certitudes, alimentant nos discussions. L’Évangile n’est pas d’abord un livre de réponses qui serait le but ultime de notre marche dans le monde, mais un livre de questions qui nous ouvre un chemin que chacun parcourra à son rythme, et dont le but est de vivre le plus en adéquation possible avec ces valeurs portées par cet Évangile, justement.

Invitation

Cet été, nous irons peut-être marcher, ou ferons-nous du camping ? Nous nous mettrons en route vers des horizons encore inconnus. Et même si nous restons à la maison, rien ne nous empêchera de nous mettre en chemin vers nous-mêmes, vers notre prochain, vers Dieu, en prenant pour seul bagage l’Évangile, tout à la fois carnet de route, carte et boussole.

Bel été et bonne route.

Retrouvez une émission de Radio R avec Hetty Overeem du 16.09.2021

Hetty Overeem: Et si on se mettait à l’écoute de Dieu?! – RADIO R (radio-r.ch)

Ce texte est paru sous la forme d’un Instantané dans le Courrier de La Neuveville du 1er juillet 2022.

Image par Aurore Duwez de Pixabay 

 

Qu’attendez-vous ?


Prédication lors de la célébration oecuménique sur la Place de la Liberté de La Neuveville le dimanche 26 juin 2022. La thématique retenue était l’attente : « Vous êtes attendus », telle était l’invitation donnée largement ce jour-là.

« Et vous, qu’attendez-vous de moi ? » C’est la question que j’ai posée à mes collègues lors de la préparation de cette célébration oecuménique. Pour toute réponse, il y a d’abord eu un long silence. Puis, cette proposition : « Et si tu nous parlais des attentes de Dieu ? » Merci les collègues ! La réponse à cette question n’était de loin pas évidente. Et j’aurais pu lire des livres de théologie, pour tenter d’esquisser une réflexion sans doute compliquée. Mais j’ai préféré puiser quelques pistes à partir de mes expériences vécues, et notamment de mon engagement à La Lanterne, l’aumônerie de rue oecuménique en Ville de Neuchâtel. Et en y réfléchissant, il m’est venu ce texte biblique :

Jésus savait que le Père avait tout remis entre ses mains, qu’il était venu de Dieu et qu’il retournait vers Dieu. Il se leva de table, quitta ses vêtements et prit un linge qu’il mit autour de sa taille. Ensuite il versa de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait autour de la taille (…)

Après leur avoir lavé les pieds, il reprit ses vêtements, se remit à table et leur dit : Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez comme je vous ai fait. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son seigneur, ni l’apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé. Si vous savez cela, vous êtes heureux, pourvu que vous le mettiez en pratique.

Évangile de Jean 13, 3-5.12-17

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La leçon de la nature

Les conditions météo actuelles nous incitent à penser à nos jardins, à préparer le terrain, à retourner le sol. Et éclosent alors les questions :  que va-t-on planter ? Est-ce que c’est le bon moment ? Faut-il encore attendre un peu ?

La nature, dans toute sa diversité, est riche d’enseignements pour nos vies tout humaines. En effet, une graine contient en elle une vie en devenir, encore invisible à nos yeux. Pour que cette vie prenne vie justement, il faut que le grain meure. Il faut laisser le temps à la nature afin qu’elle fasse son œuvre pour que sorte de terre une plante à la forme particulière que le grain ne montre pas encore. Pensez encore aux chenilles, parfois un peu « moches » qui donneront naissance à de magnifiques papillons après un temps passé dans le secret de la chrysalide.

La nature et Pâques disent la même chose : Jésus le Christ est passé par cette « chrysalide » en forme de tombeau, pour passer de la mort que nous croyons connaître à une vie nouvelle aux contours toujours à découvrir.
Nos existences connaissent indéniablement de ces moments « creux », de ces deuils, des « Samedi-Saint » où il ne se passe rien, du moins en apparence. Et c’est justement dans ces « hivers » apparents que la transformation commence à s’opérer et nous pourrions bien être surpris de la forme que prendra notre avenir sous le regard de Celui qui créa le ciel et la terre. Et il vit que cela était bon, très bon même.

Ce texte légèrement modifié a été publié pour la première fois dans le Courrier de La Neuveville.

Image par GLady de Pixabay

La prière des ânes

Lors du culte des Rameaux, le 10 avril 2022, à la Blanche-Église de La Neuveville, j’ai partagé cette prière trouvée sur le site de l’Église protestante unie de Grenoble.

Prière des ânes

Donne-nous, Seigneur, de garder les pieds sur terre,
et les oreilles dressées vers le ciel pour ne rien perdre de ta parole.
Donne-nous, Seigneur, un dos courageux,
pour supporter les hommes les plus insupportables.
Donne-nous, Seigneur, d’avancer tout droit,
en méprisant les caresses flatteuses autant que les coups de bâton.
Donne-nous, Seigneur, d’être sourds aux injures, à l’ingratitude,
c’est la seule surdité que nous ambitionnons.
Ne nous donne pas d’éviter toutes les sottises,
car un âne fera toujours des âneries.
Donne-nous simplement, Seigneur,
de ne pas désespérer de ta miséricorde si gratuite
pour ces ânes si disgracieux que nous sommes
à ce que disent les pauvres humains.
Lesquels n’ont rien compris ni aux ânes ni à Toi,
qui a fui en Egypte avec un de nos frères
et qui a fait ton entrée prophétique à Jérusalem
sur le dos d’un des nôtres.

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Image : Jaclou-Dl sur Pixabay