Diaconie dans l’espace public

Si la diaconie est l’affaire de tous, y compris de ceux et celles qui ne sont pas (forcément) engagé.e.s dans une Église, alors elle doit être présente et visible dans l’espace public. Rassurez-vous, elle l’est. Elle a aussi vocation de répondre à aux besoins et attentes du plus grand nombre. Ces besoins, même s’ils sont aussi concrets et matériels (surtout en cette période de crise sanitaire), sont aussi d’un autre ordre.

Une réponse à la précarité

Les épiceries Caritas sont assez bien connues dans le paysage local. Caritas est issue de l’Église catholique romaine et a développé un réseau de magasins ouverts et accessibles aux personnes aux ressources limitées. Le choix est vaste. Des cartes permettent l’achat de produits alimentaires et non alimentaires à des conditions préférentielles.

Les boutiques du Centre social protestant (CSP), issu des Églises réformées, offrent des produits de seconde main et en bon état, issus de déménagement ou de débarras. On y trouve vaisselle, habits, meubles, appareils ménagers, livres, jouets … à des prix abordables.

Les communautés Emmaüs qu’on doit à l’Abbé Pierre sont assez semblables aux boutiques du CSP.

Ces lieux sont également des moyens de réinsertion professionnelle pour des personnes en recherche d’emploi ou en rupture sociale.

Ces organisations n’ont pas pour vocation d’être des « oreillers de paresse » des paroisses qui pourraient déplacer leur mission diaconale vers ces associations. Elles sont là pour être des partenaires des paroisses, des lieux-relais qui ne dédouanent pas les communautés locales d’une dimension diaconale évidente et active.

Une aide et des conseils

Caritas et le CSP sont aussi actifs dans l’aide au désendettement, l’établissement d’un budget, des mesures d’accompagnement et d’aide financières. Des conseils juridiques et un accompagnement social sont aussi proposés par des professionnels, le plus souvent pour des émoluments modestes.

Tant les magasins que les conseils sont ouverts à toute personne, indépendamment de ses convictions, de son appartenance ou non à une Église ou paroisse.

Être là où ils.elles sont

Une autre présence des Églises dans l’espace public, ce sont les nombreuses aumôneries. Des lieux et des personnes qui accueillent, rencontrent, écoutent, accompagnent, soutiennent les personnes qui s’en approchent et les fréquentent. La plupart de ces lieux ont une vocation œcuménique, ce qui signifie qu’ils sont soutenus et financés par les Églises institutionnelles reconnues.

On pensera sans doute d’abord aux établissements de soins (hôpitaux et EMS), aux prisons, mais il y en a bien d’autres : une aumônerie à l’aéroport de Genève, une aumônerie dans un camping-car itinérant, une pasteure en chemin avec un âne. Sans oublier les lieux d’accueil dans la rue, l’aide et le soutien aux migrants, notamment par des lieux de rencontre et d’aide au français ou à des démarches administratives. La liste n’est pas exhaustive.

La plupart de ces lieux, s’ils sont sous la responsabilité de professionnel.les, sont aussi animés par des bénévoles. Et c’est aussi l’un des rôles de la diaconie que d’engager des hommes et des femmes au service des autres et du prochain.

Des lieux connotés

D’autres formes de présence et d’accueil sont plus connotés « Églises » parce qu’ils émanent historiquement d’un projet ecclésial ou parce qu’ils font partie d’une paroisse ou d’une région. Ces lieux ont pour vocation d’accueillir, d’écouter et d’accompagner les bénéficiaires dans des étapes-clés de leur vie, mais aussi dans une recherche spirituelle. Je pense ici à La Margelle ou à La Cascade.

Des manifestations, des événements, des rencontres

La diaconie peut encore être manifestée dans des manifestations ou des événements ponctuels ou réguliers organisés par des Églises ou paroisses, ou se greffer à d’autres manifestations. Il y a, par exemple, la Journée d’Église de l’Église réformée du Canton de Vaud.

Plus localement, des rencontres conviviales autour d’un repas, de jeux, de conférences ou de courses ont une évidente portée diaconale. Ces rencontres sont porteuses de vie et animées au propre comme au figuré. Elles sont aussi l’occasion d’approfondir des questions existentielles, d’aborder des enjeux de société, de trouver du sens, de confronter des opinions, de s’exprimer, en un mot : d’être vivant et animé.

C’est ouvert, c’est gratuit

La diaconie porte encore une dimension de gratuité. Même si certaines activités sont payantes pour couvrir des frais de fonctionnement et d’organisation, elles ne sont pas des moyens de pression ni de récupération de ceux et celles qui y participent. Une paroisse n’organise pas un pique-nique géant pour augmenter le nombre de participants au culte dominical. Un lieu d’écoute n’imposera pas la conversion de ses bénéficiaires. Enfin, j’espère. Je suis convaincu que non.

Vos commentaires sont les bienvenus pour étoffer cet article.

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Diaconie, y es-tu ?

Une question de vocabulaire

Pensez à la diaconie. Quels mots vous viennent d’abord à l’esprit ?

Peut-être rien, parce que ce mot, dans le langage courant et hors des milieux d’Église, a perdu de son sens. On m’a souvent dit : « Ah, vous êtes diacre, c’est quoi ? »

Une recherche dans le dictionnaire
Si ce mot vous évoque quelque chose, cela doit s’apparenter à quelque dimension sociale. C’est souvent sous cet angle que les Églises parlent de la diaconie : le service social de l’Église ou l’aide aux pauvres.

C’est d’abord à l’étymologie du mot diakonos que nous devons la notion de service, de serviteur.

On rapprochera la diaconie, donc le fait de servir, de la position de serviteur du Christ (Matthieu 20, 28) :

C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs.

Ou encore le lavement des pieds relaté par Jean qui est de la même veine (Jean 13, 1-17, les versets 3-5 ici) :

Jésus, qui savait que le Père avait remis toutes choses entre ses mains, qu’il était venu de Dieu, et qu’il s’en allait à Dieu, se leva de table, ôta ses vêtements, et prit un linge, dont il se ceignit.
Ensuite il versa de l’eau dans un bassin, et il se mit à laver les pieds des disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.

L’Église (catholique d’abord) a donné à la diaconie le sens de prendre soin des pauvres, se référant à la lecture du livre des Actes des Apôtres (6, 1-4) :

À ce moment-là, le nombre des disciples devient de plus en plus grand, et les Juifs qui parlent grec se plaignent des Juifs du pays. Ils disent : « Chaque jour, au moment où on distribue la nourriture, on oublie les veuves de notre groupe. »
Alors les douze apôtres réunissent l’ensemble des autres disciples, et ils leur disent : « Nous ne devons pas cesser d’annoncer la parole de Dieu pour nous occuper des repas.
C’est pourquoi, frères, choisissez parmi vous sept hommes que tout le monde respecte, remplis d’Esprit Saint et de sagesse. Nous leur confierons le service des repas et nous, nous continuerons fidèlement à prier et à annoncer la parole de Dieu. »

Ainsi, ces sept hommes auront à nourrir concrètement ceux et celles qui ont faim, notamment les veuves, pendant que les apôtres nourriront spirituellement la communauté (!).

Si cette approche n’est pas historiquement fausse, elle est trop réductrice aujourd’hui. La diaconie, c’est plus qu’un service social ou une aide destinée aux plus précarisés.

La diaconie comme une bouée de sauvetage
 

Mal-aise

Je ne me sens pas à l’aise avec cette frontière, parce que, je crois d’abord que la prédication sans le service n’est pas crédible et que le service, s’il n’est pas porté par une parole annoncée et proclamée ne l’est pas plus.

L’Église a aussi, et trop souvent, confié la tâche (ou la mission) du service aux pauvres à des spécialistes, ou à tout le moins à des personnes formées. C’est très bien et gage de sérieux, mais l’Église ne doit pas oublier que la diaconie fait partie de sa mission, tout autant que la proclamation de l’Évangile.

De cette séparation est née la différence entre pastorat et diaconat. Même si la compréhension du diaconat entre catholiques et réformés est différente, elle l’est bien plus encore entre Églises réformées.

Une séparation
 

Un mot qui me parle

Le terme de service social me fait penser à un éventail de prestations qu’une paroisse proposerait à ceux qui y font appel et n’est pas très flatteur de la réalité du terrain. L’ajout aux pauvres ne fait qu’ajouter à mon malaise. J’y entend une aumône. Qui est pauvre ? Qui ne l’est pas ? Ou ne croit pas l’être ?

En fait, ce mot de diaconie est dépassé. Il est temps d’en trouver un autre plus vendable dira-t-on. Mais, est-ce que nous devons vendre notre souci et notre solidarité comme d’autres vendent la sécurité d’un système d’alarme ou d’un serveur informatique ?

On a tenté de donner une touche plus positive : service solidaire. C’est un peu mieux, mais pas encore satisfaisant pour moi.

Je suis de plus en plus convaincu par un autre mot qui, lui, correspond à ma réalité et donne un élan positif : animation. L’anima, c’est le souffle, l’élan de vie, l’esprit (appelez cela comme vous voudrez), c’est ce qui fait que je suis vivant, que je me sens vivant et que je suis un être animé.

La diaconie, aujourd’hui, comporte une part d’animation. Elle ne prend son sens que si elle (re)donne de la vie, du souffle, à nos communautés. Et cette vie, ce souffle, ne peuvent s’exprimer qu’en lien avec la société et le monde.

La crise liée au COVID-19 a secoué la vie de nos communautés, en particulier les rassemblements. Aujourd’hui, nos communautés cherchent à trouver un nouveau souffle, ou, à tout le moins, à retrouver leur vie d’avant. La crise et l’absence d’activités ont-elles changé quelque chose à notre manière de penser la communauté ? Pas si sûr…

Donner de la vie

Alors oui, bien sûr, on peut redonner de la vie à des pauvres par un service, par une prestation. Ce peut être un nécessaire, mais est-ce l’essentiel ? On donne de la vie d’abord par la rencontre, l’écoute et le souci qu’on porte aux autres.

C’est aussi ce même esprit de rencontre qui devrait souffler sur et dans nos paroisses et communautés. Cela pourra se concrétiser par des ouvertures au plus grand nombre, par de l’accueil, par la mobilisation de chacun et de tous, par un mouvement vers les autres. Et cela commence d’abord dans la tête, par son propre comportement.

partager une bière
 

Pas d’économies

La diaconie ne peut pas faire l’économie du dialogue et du travail en réseau avec la société civile. Ou alors, elle ne s’adresse qu’aux membres de la communauté et fonctionne en vase clos. En ce cas, nous ne parlons pas d’une Église ouverte, mais d’un club.

Aujourd’hui, et cela a été manifeste pendant le semi-confinement, l’aide matérielle et sociale est portée par d’autres acteurs que les Églises; ces dernières ne faisant plus partie du radar, ne sont plus des interlocuteurs vers lesquels se tourner. Ou alors pour des demandes « spirituelles » qui ne sont pas prises en charge par d’autres institutions. Je pense ici principalement aux obsèques.

En route

Si on parle d’un sacerdoce universel, c’est bien celui de la diaconie. Elle est l’affaire de chacun et de tous, dans et hors de l’Église. Cette diaconie se fonde sur le souci de l’autre. En Église, on parle d’amour du prochain. Et si, aujourd’hui, il y a des besoins qui sont en général couverts par des acteurs sociaux, il y en a d’autres, notamment la rencontre, l’écoute et l’accompagnement, qui exigent des engagements à court, moyen et long terme. Et là, ministres et bénévoles ont des choses à dire, à donner et à recevoir.

Un nouveau souffle
La mise en réseau n’en est que plus importante pour donner et redonner un nouveau souffle à la diaconie. Ainsi, elle s’inscrira dans une prise en charge globale de chacun, pas seulement les plus pauvres ni les plus précarisés, mais de chacun, reconnu pour ce qu’il est.

À lire et à relire sans modération : L’Église doit être là pour tous…

 

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Paroissien, qui es-tu ?

Tout part d’une remarque entendue : « J’ai toujours pensé que l’Église devait être là pour ses paroissiens. » Comprenant d’abord cette réflexion dans un sens restrictif, je voyais les paroissiens comme ceux que je rencontre régulièrement. Mais le cercle est bien plus large, c’est ce que je pressentais..

Je tente une petite taxonomie :

Une liste partielle

Les paroissiens sont ceux qui :

  • ont leur domicile sur le territoire de la paroisse. Ce qui fait que je suis paroissien de ma paroisse de domicile, mais pas de celle qui m’engage professionnellement. Cela a pour conséquence, que je n’ai pas le droit de vote là où je travaille.
  • ont coché la case correspondante sur leur déclaration fiscale. Ceux-là manifestent leur choix d’attribuer une part de leur impôt à une église cantonale reconnue. Notons au passage que Neuchâtel et Genève pratiquent la contribution ecclésiastique volontaire, ce qui a pour conséquence que le montant est laissé à la libre appréciation du contribuable.
  • sont inscrits dans le registre paroissial. L’inscription dans le registre découle de la confession indiquée sur la déclaration fiscale. Est-ce qu’un changement dans le document fiscal implique de fait une radiation du registre ? Pas certain.
  • n’ont rien demandé, mais qui sont inscrits. Ils sont là, présents dans les listes « officielles », mais ont-ils vraiment choisi d’en être ?
  • n’ont jamais pensé à démissionner. Il s’agit de ceux qui n’ont plus de lien avec la paroisse, mais qui n’ont jamais adressé de démission formelle.
  • ceux qui ont demandé à rejoindre la paroisse. Les raisons qui poussent à vouloir s’intégrer à une autre paroisse que celle du domicile peuvent être nombreuses et variées : la communauté, les activités, les lieux de cultes, la proximité géographique, etc.
  • s’engagent activement dans la vie paroissiale. Ce sont tous ceux qui, bénévolement, s’investissent dans la mise sur pied des événements, tels que la vente, la kermesse, la fête de Noël, les visites, le catéchisme, l’animation pour les aînés etc.
  • sont présents aux événements de la paroisse. Trivialement, on pourrait les qualifier de « consommateurs » des activités. Ils assistent, sont présents, consomment, mais sans prendre part à l’organisation.
  • soutiennent de diverses manières. Il y a, évidemment, le soutien financier mais aussi le relais d’invitations à participer, la distribution de courriers, d’affiches, les dons en nature pour des occasions particulières : culte des récoltes ou kermesse, par exemple.
  • ne sont jamais là, mais qui font partie. Ils sont absents de presque tout. Ils figurent sans doute dans les fichiers, mais ne manifestent pas leur intérêt pour les activités paroissiales.
  • se réclament appartenir à la paroisse. Sans forcément en être, ils partagent les valeurs de la paroisse, sans prendre forcément part à sa vie.
  • sont sur le web. Ils consultent, visitent, interagissent plus ou moins régulièrement sur le Réseau-Protestant.
  • ne rentrent dans aucune de ces catégories. Il y a encore les autres, tous les autres, qui ne se reconnaîtront pas dans l’une ou l’autre de ces définitions, mais qui ont un lien plus ou proche, plus ou moins distendu avec la paroisse.

Donc, cela fait du monde au final.

Une foule bigarré

Oui, l’Église est là pour ces paroissiens-là

Alors, c’est vrai, l’Église est bel et bien là pour ces paroissiens-là. Pour tous ceux-là. Ce que je comprenais d’abord comme une vision restrictive de notre « public », ses paroissiens réguliers et visible, s’élargit soudain à un monde large et varié. Il est aussi évident qu’il n’est pas possible d’offrir une réponse unique et universelle à toutes ces attentes. Il s’agit donc de s’adapter, de « se faire tout à tous » comme disait l’apôtre Paul. Je comprends cela comme une attitude d’ouverture, de respect et d’écoute des attentes et besoins de ces paroissiens-là. C’est pour eux, pour eux d’abord que je m’engage.

[Ce billet est susceptible d’être complété et modifié suite à vos commentaires]

Image par 22612 de Pixabay

Mes projections

Je ne parle pas ici de celles qui s’échappent de ma bouche lorsque je parle, mais celles que je me faisais au mois de mars, la mienne, celle de La Margelle et celle de ma paroisse au début et pendant la crise.
C’est peut-être un peu tôt pour faire un bilan. Quoique…

Le besoin de parler

Je pensais, lorsque les mesures de confinement ont été annoncées, que La Margelle, lieu d’écoute et d’accompagnement en Ville de Neuchâtel, serait sollicité par ceux et celles qui se trouveraient « coincés » à la maison, en proie à la solitude, ressentant un besoin quasi irrepressible de parler. J’imaginais une augmentation des appels. Or, il n’en a rien été. Nous n’avons pas croulé sous les nouvelles demandes.

La même démarche a été entreprise dans notre paroisse, comme dans les autres et les Églises cantonales, notamment l’EREN.

Le constat a été le même : nous n’avons pas été sollicités outre mesure. Qu’est-ce à dire ? Ce besoin de parler et d’être écouté était-il une projection de ma part ? Pourtant, mes initiatives de prendre des nouvelles ont été accueillies très positivement. Ces discussions ont été l’occasion de dire comment chacun vivait son confinement, plus ou moins bien, dire son ennui.

Le besoin d’écoute était bel et bien présent, je l’ai constaté. Et La Main Tendue a enregistré une forte hausse des appels à tel point qu’elle a dû engager de nouveaux bénévoles. Alors pourquoi les gens qui auraient besoin d’écoute ne se tournent-ils pas vers l’Église et ses services ?

Ma conclusion relative et personnelle : les Églises, paroisses et lieux d’accompagnement ne sont pas considérés d’abord comme des aides potentielles en cas de crise. La sécularisation a passé par là. Est-ce qu’on s’imagine que ces lieux ne sont là que pour ceux qui sont inscrits ou qui font partie du « club » ? Est-ce qu’on y recourt parce qu’on connaît quelqu’un qui y est actif ? Ce serait donc soit un lieu « élitiste », soit et d’abord une relation de personne à personne, avant d’être un recours à l’institution ? Ce n’est pas impossible, voire probable.

Un autre aspect non-négligeable est qu’en investissant quasi exclusivement dans la célébration, les Églises ont donné le signal, consciemment ou non, que L’Église, c’est pour les autres, pas pour ceux qui ne sont pas très cultes et qui ne se reconnaissent pas dans la célébration. Ainsi, on a oublié que l’Église pouvait ou devait être autre chose.

Un dernier aspect pourrait être la crainte de discours parfois culpabilisants à propos de la crise.

Le rôle social vs la célébration

Cela ne signifie pas pour autant que les Églises aient déserté la crise. Elles ont été actives mais par les œuvres d’entraide : CSP, EPER, CARITAS aux côtés d’autres institutions et associations religieuses et sociales.

Du côté de la paroisse, nous étions prêts à entrer en discussion pour des aides financières ou matérielles ponctuelles. Nous nous sommes approchés des services sociaux pour faire connaître notre ouverture. Sans résultat.

Il me semble (suis-je le seul ?) qu’on a oublié que l’Église compte parmi les acteurs sociaux, non seulement par les institutions parallèles (oeuvres d’entraide), mais surtout dans une dimension de proximité dans l’espace paroissial, local, régional.

Nous avons manifesté notre soutien et notre disponibilité par des téléphones et des publications destinés d’abord aux paroissiens âgés, ceux que nous connaissons.

Les médias ont relayé des images d’une précarité qui est soudainement apparue. Des files d’attente pour obtenir un cabas de nourriture nous ont tous bouleversés. Mais, ce qui m’a interpellé encore plus, c’est le silence et l’absence des représentants des Églises face à ce vrai problème de société. Il n’y a pas eu de prise de parole en lien avec cette pauvreté soudainement offerte à nos yeux.

J’ai plus entendu un appel au Conseil fédéral, appel issu d’abord des catholiques, de pouvoir reprendre les offices religieux. Mais, je n’ai pas entendu une même ferveur, un même empressement, pour venir en aide aux précarisés de notre société. Je pensais, j’espérais que la pauvreté matérielle et sociale était tout aussi importante que des célébrations. Je me trompais.

Ma conclusion relative et personnelle : les Églises sont perçues d’abord dans leur dimension liturgique. De leur côté, elles mettent en avant la célébration, comme seule forme de présence au monde. On l’a constaté dans tout ce qui a été développé sur internet pour rester en lien malgré l’absence de rassemblement. Je ne jette la pierre à personne, puisque nous l’avons fait, nous aussi.

La capacité à changer

La crise du COVID-19 va-t-elle changer quelque chose à la donne ? Cet arrêt sur image nous a contraints à revoir nos habitudes, notre manière de travailler et de fonctionner, à prendre conscience de ce qui vraiment important. On s’était promis de ne plus revenir au monde d’avant. On s’était dit…

Et alors ?

Dès que des mesures d’assouplissement ont été annoncées, on a vu des groupes se former à nouveau, on a demandé plus que ce que les autorités permettaient. On a parfois enfreint les règles. L’humain est un animal grégaire… Ou n’est pas.

À l’annonce d’une possible reprise des offices religieux dès le 28 mai, j’ai constaté des appels à « reprendre aussi vite que possible ». Sans forcément se demander comment. On a vite oublié le « aussi lentement que nécessaire » qui allait avec. « Nous d’abord » en quelque sorte1. Il ne s’agit pas seulement des aspects pratiques : nombre de places, désinfection des mains et liste de présence, mais de considérer cette reprise comme un nouveau départ, comme une réponse à des questions fondamentales soulevées par la crise du COVID-19 : notre rappport à la société en-dehors des rendez-vous communautaires, notre ouverture à ceux qu’on ne voit jamais dans nos rassemblements, notre manière d’être en lien au-delà des seuls rendez-vous dominicaux.

Au lieu de cela, on pense d’abord à un retour à avant, un retour à la normale, comme si le monde était redevenu normal, comme si rien n’avait changé. Ce que nous avons vécu serait donc juste une parenthèse, refermée maintenant et qu’on va vite oublier. Ça relève peut-être de l’anecdote, mais, dans la paroisse, on a repris le programme des cultes là où on l’avait laissé en mars, sans se poser la question de changements notoires. On continue…

Alors, où sont nos belles promesses ? Où est notre témoignage, personnel et communautaire, qu’un autre monde est possible. La possiblité nous est offerte de ne pas retomber dans nos ornières et on y court à grands pas. Parce que c’est rassurant. Je pensais, j’espérais que toutes ces plaintes d’une pression professionnelle insupportable, d’une course à toujours plus, d’une perte de repères trouveraient un écho pendant ces deux mois, pour repartir autrement. Je me trompais.

Ma conclusion relative et personnelle : nous n’aimons pas les changements et encore moins lorsqu’ils sont radicaux. Nous avons besoin de routines qui rassurent. Même si, au plus fort de la crise, nous étions prêts à tout revoir de nos comportements, avec des belles promesses à la clé, la progressive réouverture nous montre que nous ne sommes pas prêts à renoncer. Entre pression économique, sécurité sanitaire et idéalisme social, les autorités et nous avec naviguons à vue. Je pensais, j’espérais qu’une interruption des célébrations serait l’occasion de les penser d’une autre manière dorénavant, qu’il y aurait une envie de nouveauté, un renouveau possible. Je me trompais.

Autre chose… Oui, mais quoi ? Je ne sais pas, pas encore, je l’avoue.

En prenant un peu de hauteur, à l’image de Zachée2, je trouve que le jeune homme riche nous ressemble beaucoup ou que nous lui ressemblons beaucoup, c’est selon : « il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens… (qu’il n’était pas encore prêt à laisser derrière lui) »3. Et nous, quels sont ces grands biens que nous n’abandonnerions pour rien au monde… même pas pour un autre monde, peut-être pas meilleur, mais différent ?

[Cet article pourra être modifié au gré de vos commentaires]

Je vous invite à lire cet article signé Pinkilla.

 

Photo mise en avant by Yann Allegre on Unsplash, autres photos : Pixabay

 

Ça recommence

Tout est dans la manière de prononcer ces mots.

ENFIN ! qui traduit toute l’impatience de retrouver ceux qu’on n’a plus vus depuis tout ce temps, des lieux familiers qui nous font nous sentir « comme à la maison » et des habitudes qui rassurent.

ENCORE ! qui laisse entendre un profond soupir quand votre voisin se met à passer la tondeuse, alors que vous vous installez confortablement dans votre jardin pour lire ce billet.

« Ça recommence. » Pour nos Églises aussi, ça recommence : le Conseil fédéral a annoncé la possibilité de reprendre les offices religieux dès le 28 mai prochain (un jeudi, allez savoir pourquoi). Et tout se précipite. J’ai vite pris conscience d’une tension entre « C’est urgent de recommencer, on est impatient de se revoir enfin. » et « Prenons le temps de bien mettre en place les mesures et réfléchissons à comment on va recommencer. »

Parce que nous avions fixé l’horizon du 8 juin comme date de reprise. Nous avons imaginé des cultes particuliers et spéciaux pour Pentecôte, s’attendant à les vivre encore à distance. Et voilà que tout change, que tout s’accélère. Tant mieux d’un côté. Mais tant pis de l’autre. Vraiment ? Renoncera-t-on à ce qu’on a préparé ou devrons-nous l’adapter, comptant sur une assemblée présente plus ou moins nombreuse ?

Je suis partisan de la « méthode Berset » :

il nous faut reprendre les cultes aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire.

Il n’a pas fallu très longtemps pour oublier nos belles promesses de ne plus courir après le temps, de ne plus stresser, d’adopter un rythme plus lent, plus sain.

Une annonce et voilà que tout est oublié, ou presque.

« Ça recommence » dirons-nous : on devra se désinfecter les mains en entrant et en sortant, on devra tenir une liste des présences, on devra renoncer aux cantiques et à la sainte-cène, on devra se prêter à de savantes règles de trois pour déterminer le nombre maximum de participants. Comme juste avant le confinement.

Dans ces conditions, le « culte de rentrée » aura-t-il les couleurs d’une fête ?

Et pourra-t-on dire tous ensemble la confession de foi, sans risque de contaminer son voisin ? Et l’Amen, on pourra aussi le prononcer ? Notre manière de nous accueillir, de célébrer, nos mots seront forcément différents d’avant le 15 mars.

Nous ne pourrons pas simplement reprendre là où nous nous sommes arrêtés. Enfin, je crois.

Nous sommes plusieurs à nous demander ce que nous garderons de notre créativité durant ces semaines de crise. Comment rester en lien avec celles et ceux qui nous ont rejoints et suivis sur nos sites paroissiaux. Ils ont été nombreux. On ne les connaissait pas tous. Va-t-on tout remiser cela au fond d’un tiroir jusqu’à la prochaine crise ? Comment préparer et célébrer des cultes qui tiendront compte de ceux qui sont présents à l’église et de ceux qui resteront chez eux ? Filmer, enregistrer, publier le culte ? Comment concilier paroisse proche et à distance ?

Autant de questions qui sont aujourd’hui des chantiers ouverts à explorer par les ministres, les conseils et les bénévoles, et qui exigent un peu de temps, pour le moins.

Comme ce fut le cas des premières communautés chrétiennes, il s’agira désormais de compter avec le facteur temps : penser une autre manière d’être ensemble.

Alors, je vous laisse avec cette parole de l’Évangile de Matthieu adaptée à la situation et à relire aussi souvent que nécessaire :

Avant de reprendre les cultes, retire-toi dans ta chambre, ferme la porte. Ton Père qui est dans le secret voit et sait de quoi tu as besoin… Puis sors et va boire une bière.

Je vous laisse. Ne roulez pas trop vite ni trop lentement pour vous rendre au culte… au Nord-Pas-de-Calais ou ailleurs.

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