Qu’attendez-vous ?


Prédication lors de la célébration oecuménique sur la Place de la Liberté de La Neuveville le dimanche 26 juin 2022. La thématique retenue était l’attente : « Vous êtes attendus », telle était l’invitation donnée largement ce jour-là.

« Et vous, qu’attendez-vous de moi ? » C’est la question que j’ai posée à mes collègues lors de la préparation de cette célébration oecuménique. Pour toute réponse, il y a d’abord eu un long silence. Puis, cette proposition : « Et si tu nous parlais des attentes de Dieu ? » Merci les collègues ! La réponse à cette question n’était de loin pas évidente. Et j’aurais pu lire des livres de théologie, pour tenter d’esquisser une réflexion sans doute compliquée. Mais j’ai préféré puiser quelques pistes à partir de mes expériences vécues, et notamment de mon engagement à La Lanterne, l’aumônerie de rue oecuménique en Ville de Neuchâtel. Et en y réfléchissant, il m’est venu ce texte biblique :

Jésus savait que le Père avait tout remis entre ses mains, qu’il était venu de Dieu et qu’il retournait vers Dieu. Il se leva de table, quitta ses vêtements et prit un linge qu’il mit autour de sa taille. Ensuite il versa de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait autour de la taille (…)

Après leur avoir lavé les pieds, il reprit ses vêtements, se remit à table et leur dit : Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez comme je vous ai fait. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son seigneur, ni l’apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé. Si vous savez cela, vous êtes heureux, pourvu que vous le mettiez en pratique.

Évangile de Jean 13, 3-5.12-17

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La leçon de la nature

Les conditions météo actuelles nous incitent à penser à nos jardins, à préparer le terrain, à retourner le sol. Et éclosent alors les questions :  que va-t-on planter ? Est-ce que c’est le bon moment ? Faut-il encore attendre un peu ?

La nature, dans toute sa diversité, est riche d’enseignements pour nos vies tout humaines. En effet, une graine contient en elle une vie en devenir, encore invisible à nos yeux. Pour que cette vie prenne vie justement, il faut que le grain meure. Il faut laisser le temps à la nature afin qu’elle fasse son œuvre pour que sorte de terre une plante à la forme particulière que le grain ne montre pas encore. Pensez encore aux chenilles, parfois un peu « moches » qui donneront naissance à de magnifiques papillons après un temps passé dans le secret de la chrysalide.

La nature et Pâques disent la même chose : Jésus le Christ est passé par cette « chrysalide » en forme de tombeau, pour passer de la mort que nous croyons connaître à une vie nouvelle aux contours toujours à découvrir.
Nos existences connaissent indéniablement de ces moments « creux », de ces deuils, des « Samedi-Saint » où il ne se passe rien, du moins en apparence. Et c’est justement dans ces « hivers » apparents que la transformation commence à s’opérer et nous pourrions bien être surpris de la forme que prendra notre avenir sous le regard de Celui qui créa le ciel et la terre. Et il vit que cela était bon, très bon même.

Ce texte légèrement modifié a été publié pour la première fois dans le Courrier de La Neuveville.

Image par GLady de Pixabay

La loi de l’Amour

Une méditation à propos de la parabole du bon Samaritain.

En préambule, une citation paraphrasée de Martin Luther King :

L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut. La tristesse ne peut pas chasser la tristesse, seul l’amour le peut.

Texte biblique

Il était une fois un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho, quand il fut attaqué par des brigands. Ils lui arrachèrent ses vêtements, le rouèrent de coups et s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Or il se trouva qu’un prêtre descendait par le même chemin. Il vit le blessé et, s’en écartant, poursuivit sa route. De même aussi un lévite [un autre religieux] arriva au même endroit, le vit, et, s’en écartant, poursuivit sa route.
Mais un Samaritain qui passait par là arriva près de cet homme. En le voyant, il fut pris de compassion. Il s’approcha de lui, soigna ses plaies avec de l’huile et du vin, et les recouvrit de pansements. Puis, le chargeant sur sa propre mule, il l’emmena dans une auberge où il le soigna de son mieux. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, les remit à l’aubergiste et lui dit : « Prends soin de cet homme, et tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai moi-même quand je repasserai. »

Luc 10, 30-35

Message

Une histoire bien (trop) connue

On la connaît bien cette histoire, celle du bon samaritain. Elle revient à notre mémoire dès les premiers mots. Et même si c’est une vieille histoire, elle dit quelque chose pour nous ici, pour nous aujourd’hui.

En la lisant, c’est certainement la figure du samaritain, de cet étranger au peuple juif, qui retient notre attention. On s’identifie, on aimerait s’identifier à lui, à son souci de l’autre, à son dévouement, à ses gestes, à sa générosité. Et on regarde un peu vite, et de manière critique, les deux religieux qui, au nom de leurs principes, ont fait un détour. Eux, ils sont respectueux de règles et d’interdits, comme de s’approcher d’un blessé dont on sait s’il vit encore.

Eux, ils mettent la loi à la première place.

Le samaritain, lui, ne connaît qu’une loi, celle de la solidarité, celle de l’amour. Sans chercher d’abord à savoir qui est ce voyageur à demi-mort, sans chercher à connaître les circonstances de son agression, sans s’assurer d’abord qu’il est ceci et non cela, il agit… Avec ce qu’il a sous la main, ou plutôt dans les sacs sur sa mule : un peu d’huile, du vin pour soigner les plaies, une monture pour mener le blesser à l’auberge, deux pièces d’argent pour les frais… Et la promesse de revenir payer ce qui pourrait encore manquer.

C’est vrai qu’on aimerait tous ressembler à cet anonyme, qui s’est arrêté, qui a pris soin, qui a aidé et donné de son temps, de ses vivres et de son argent. Y parvenons-nous ? Nous y essayons-nous ?

Une histoire pour tous les temps

C’est une histoire qu’on connaît bien et qui parle à la plupart d’entre nous, qu’on soit fins connaisseurs de la Bible ou plus distancés des références du Grand Livre. Parce qu’avant d’être un texte évangélique, c’est une histoire de sagesse universelle.

L’épisode du bon samaritain vient aussi poser des questions, entre les lignes. Questions qu’on découvre si on prend la peine de s’arrêter un instant. Pourquoi ce voyageur a-t-il été détroussé ? Pourquoi, si Dieu, un Dieu, existe là-haut, ou là-bas, n’a-t-il rien fait pour empêcher cela ? Pourquoi les religieux n’ont-ils pas été émus par la situation tragique de ce voyageur… en bien mauvaise posture, rappelons-le, préférant passer leur chemin ?

Des questions… Encore des questions

Des questions de tous les temps. Des questions qui subsistent aujourd’hui encore, avec certainement un peu plus d’intensité à l’heure où l’humanité doit apprendre à vivre différemment. Pourquoi…

Ce texte ne répond pas à ces pourquoi. Et c’est tant mieux. Parce que la réponse appartient à chacun de nous. Ce sont nos croyances, nos convictions, nos valeurs, nos rencontres, notre vie qui orienteront la réponse, les réponses, que nous donnerons à ces pourquoi.

Mais si ce texte ne répond pas à ces grandes questions existentielles, il donne une attitude possible : oser agir. Risquer le geste qui aide, qui prend soin, se montrer solidaire. Mettre à disposition un peu de ce que nous avons pour faire du bien là où c’est à notre portée. Plutôt que d’affirmer que je ne peux pas sauver le monde – et c’est vrai – je peux faire un geste pour mon voisin, pour mon collègue, pour cet étranger, pour ce marginal, pour ce blessé de la vie. Juste ce qui est à ma portée. Pour le reste, je fais confiance à la solidarité humaine, à plus grand que soi. C’est peut-être naïf, mais je suis persuadé, je crois, que nous pouvons compter, non seulement les uns sur les autres, mais aussi sur plus que nos propres forces.

Et aujourd’hui en particulier, nous sommes confrontés à des questions dont la réponse n’est évidente pour personne : la vie, la maladie, la souffrance, la mort et après…

La vraie question à se poser est certainement celle-ci : plutôt que de se demander s’il y a une vie après la mort, demandons-nous comment nous vivons avant la mort.

Image : Falco sur Pixabay.com

Au commencement : la confiance

À la veille de la fête de l’Ascension, j’ai présidé une cérémonie d’adieux. Reprenant le verset biblique choisi par la défunte, Jean 3,16, je le mets en lien avec d’autres paroles de ce même évangile.

Lectures bibliques :

Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue (…)

Personne n’a jamais vu Dieu : Dieu, le Fils unique qui vit dans l’intimité du Père, nous l’a révélé.

Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Évangile de Jean 1, 1-5.18 et 3, 16-17

Au commencement, il y a cet insaisissable

Au commencement de toute vie,  il y a un cri, celui du nouveau-né qui naît au monde. Il nous est impossible de l’emprisonner dans nos mains, ce cri, pour le garder et pourtant, une mère, un père, ne l’oublieront jamais.

Toute relation commence par une parole, parfois dite avec des mots, parfois exprimée par un regard ou un geste. Cette parole est tout aussi insaisissable et, pourtant, elle restera gravée dans le cœur toute sa vie durant. Il y a des paroles porteuses de vie. Il y en a d’autres qui blessent, qui tuent aussi. Les unes comme les autres peuvent accompagner, construire ou ruiner une vie. Fonder ou mettre à mal la confiance en soi et aux autres.

La confiance, justement, est encore de ces choses insaisissables et tellement vitales. On ne peut pas la serrer dans sa main, tout comme l’air que nous respirons ou la lumière qui nous fait du bien. Et pourtant, nous ne pouvons pas nous en passer.

Toute la foi, toute la relation au Dieu de Jésus-Christ est affaire de confiance. On ne peut pas l’imposer, elle ne peut qu’être éprouvée, suggérée, donnée et reçue. Sur quoi fondons-nous notre confiance en Dieu ? Sur des témoignages que les Écritures nous ont transmis au fil des siècles, sur des paroles de Jésus et de ceux qui sont venus à sa suite, sur des mots. Et on le sait, les mots peuvent paraître bien dérisoires parfois. Et pourtant.

Des mots, rien que des mots, plus que des mots, une certitude

«Dieu a tant aimé le monde». Des mots forts qui peuvent changer l’image de Dieu. Dieu qui, au passage, n’est pas plus saisissable que la vie, la parole ou la confiance, mais tout aussi vital. Ces quelques mots nous rappellent  que si Dieu aime, ce n’est pas en faisant le tri parmi ceux qui mériteraient d’être aimés et ceux qui ne le mériteraient pas. Dieu a aimé et aime encore le monde, l’humanité, dans toute sa diversité. A chacun, à chacune, il adresse des mots qui font du bien, qui disent son amour, qui fondent la confiance, qui sont porteurs d’une promesse. Et pour que cette promesse ne reste pas de simples mots qui se perdraient dans un gros livre qu’on affirme être La Parole de Dieu, Dieu leur a donné corps, en envoyant son Fils dans le monde. Il a fait mieux encore : il est devenu, en Jésus-Christ, notre frère en humanité, il nous a rejoints pour nous conduire à lui. En faisant cela, il nous adresse sa promesse : «afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle». Une vie, faite de relations, que rien, même pas la mort, ne peut séparer.

Aujourd’hui, nous sommes devant le mystère et de la vie et de la mort, ce mystère qui nous échappe encore et toujours. Nous sommes face à un mystère, mais pas un vide sidéral, car je suis persuadé que Dieu, s’il ne nous donne pas toutes les réponses à nos questions, est notre réponse, du moins une réponse possible, un peu plus possible que d’autres. Il nous accompagne et nous pouvons lui adresser nos interrogations, avec nos mots, parfois hésitants, nos doutes, parfois tenaces, nos émotions, souvent indomptables.

Tenter de poser des mots sur l’insaisissable

Alors, s’il fallait garder une image, une parmi d’autres, je dirais que Dieu est cette lumière qui brille dans l’obscurité. Une lumière qui n’éblouit pas, mais qui rassure, qui donne un sentiment de sécurité, un peu comme les veilleuses dans les chambres des enfants, chassant les fantômes de la nuit. Dieu échappera toujours à toutes nos tentatives de le saisir, mais il n’en sera que plus proche et souvent, sans que nous l’apercevions. Dieu est là où nous ne l’attendons plus. Il est là où on est certain de ne pas le trouver. Il nous ouvre à la vie aujourd’hui et toujours.

Image de couverture par Sanjasy de Pixabay