Paroissien, qui es-tu ?

Tout part d’une remarque entendue : « J’ai toujours pensé que l’Église devait être là pour ses paroissiens. » Comprenant d’abord cette réflexion dans un sens restrictif, je voyais les paroissiens comme ceux que je rencontre régulièrement. Mais le cercle est bien plus large, c’est ce que je pressentais..

Je tente une petite taxonomie :

Une liste partielle

Les paroissiens sont ceux qui :

  • ont leur domicile sur le territoire de la paroisse. Ce qui fait que je suis paroissien de ma paroisse de domicile, mais pas de celle qui m’engage professionnellement. Cela a pour conséquence, que je n’ai pas le droit de vote là où je travaille.
  • ont coché la case correspondante sur leur déclaration fiscale. Ceux-là manifestent leur choix d’attribuer une part de leur impôt à une église cantonale reconnue. Notons au passage que Neuchâtel et Genève pratiquent la contribution ecclésiastique volontaire, ce qui a pour conséquence que le montant est laissé à la libre appréciation du contribuable.
  • sont inscrits dans le registre paroissial. L’inscription dans le registre découle de la confession indiquée sur la déclaration fiscale. Est-ce qu’un changement dans le document fiscal implique de fait une radiation du registre ? Pas certain.
  • n’ont rien demandé, mais qui sont inscrits. Ils sont là, présents dans les listes « officielles », mais ont-ils vraiment choisi d’en être ?
  • n’ont jamais pensé à démissionner. Il s’agit de ceux qui n’ont plus de lien avec la paroisse, mais qui n’ont jamais adressé de démission formelle.
  • ceux qui ont demandé à rejoindre la paroisse. Les raisons qui poussent à vouloir s’intégrer à une autre paroisse que celle du domicile peuvent être nombreuses et variées : la communauté, les activités, les lieux de cultes, la proximité géographique, etc.
  • s’engagent activement dans la vie paroissiale. Ce sont tous ceux qui, bénévolement, s’investissent dans la mise sur pied des événements, tels que la vente, la kermesse, la fête de Noël, les visites, le catéchisme, l’animation pour les aînés etc.
  • sont présents aux événements de la paroisse. Trivialement, on pourrait les qualifier de « consommateurs » des activités. Ils assistent, sont présents, consomment, mais sans prendre part à l’organisation.
  • soutiennent de diverses manières. Il y a, évidemment, le soutien financier mais aussi le relais d’invitations à participer, la distribution de courriers, d’affiches, les dons en nature pour des occasions particulières : culte des récoltes ou kermesse, par exemple.
  • ne sont jamais là, mais qui font partie. Ils sont absents de presque tout. Ils figurent sans doute dans les fichiers, mais ne manifestent pas leur intérêt pour les activités paroissiales.
  • se réclament appartenir à la paroisse. Sans forcément en être, ils partagent les valeurs de la paroisse, sans prendre forcément part à sa vie.
  • sont sur le web. Ils consultent, visitent, interagissent plus ou moins régulièrement sur le Réseau-Protestant.
  • ne rentrent dans aucune de ces catégories. Il y a encore les autres, tous les autres, qui ne se reconnaîtront pas dans l’une ou l’autre de ces définitions, mais qui ont un lien plus ou proche, plus ou moins distendu avec la paroisse.

Donc, cela fait du monde au final.

Une foule bigarré

Oui, l’Église est là pour ces paroissiens-là

Alors, c’est vrai, l’Église est bel et bien là pour ces paroissiens-là. Pour tous ceux-là. Ce que je comprenais d’abord comme une vision restrictive de notre « public », ses paroissiens réguliers et visible, s’élargit soudain à un monde large et varié. Il est aussi évident qu’il n’est pas possible d’offrir une réponse unique et universelle à toutes ces attentes. Il s’agit donc de s’adapter, de « se faire tout à tous » comme disait l’apôtre Paul. Je comprends cela comme une attitude d’ouverture, de respect et d’écoute des attentes et besoins de ces paroissiens-là. C’est pour eux, pour eux d’abord que je m’engage.

[Ce billet est susceptible d’être complété et modifié suite à vos commentaires]

Image par 22612 de Pixabay

Passer à l’action

Mon billet Mes projections a suscité de nombreux commentaires sur Facebook surtout et sur ce blog. Ce qui a été partagé m’a montré que je ne me trompais pas et me donne suffisamment de matière pour continuer la réflexion vers sa concrétisation, enfin j’espère.

Un constat partagé

Celles et ceux qui ont pris la peine de commenter mon article et de se répondre, merci à eux, arrivent au même constat : l’Église a disparu du radar des gens. Elle n’est plus visible autrement que par des célébrations à l’envi. La crise du corona n’a rien changé, bien au contraire, puisqu’on a vu fleurir de (très) nombreuses propositions multimédias de… célébrations.

Une envie commune de changer

Ce qui ressort des réactions, c’est que le temps de « pause » n’en a pas été un. Il n’a pas été cet espace nécessaire pour nous repenser. Mais, bien au contraire pour continuer à faire ce que nous avons toujours fait, un peu différemment il est vrai, mais sur le fond, rien n’a changé : le culte reste LA priorité des paroisses, malgré un public âgé et en constante diminution. Il faut sauver les cultes !

Mais, il y a autre chose. Il y a une soif d’autre chose, surtout de la part de ceux qui ne sont pas nos habitués, qui ne nous comprennent pas.

À boire…

Des pistes

Deux pistes semblent se dessiner. La première est de l’ordre de l’intelligence collective. Il s’agirait de mettre en commun, d’une manière ou d’une autre, nos réflexions et expériences, de les soumettre à la discussion, de les confronter… « Pour voir ce qui en ressort. » Je crois que chaque Église, voire chaque paroisse, s’est déjà prêtée à l’exercice avec les résultats que l’on sait : on cogite, on réalise des schémas, des tableaux, des dessins, on aligne des post-it. Pour en arriver à : « Merci beaucoup, c’est top tout ce que vous avez fait, c’est précieux ! On va reprendre tout ça… », sauf qu’on ne reprend jamais rien !
Oui, à la mise en commun de nos expériences, initiatives et projets, parce qu’il ne sert à rien de réinventer la roue, mais non à d’énièmes journées de réflexions. Un outil informatique et collaboratif ferait-il l’affaire ? Il devrait être accessible, sans nécessiter de connaissances techniques particulières, ouvert au plus grand nombre et suffisamment adaptable. Une idée ?

Une autre piste envisagée est celle de l’initiative personnelle, et notamment sur le net, parce que c’est là que se trouvent les gens, ceux qui ne sont pas aux cultes. Pendant la crise, on a vu que nos initiatives en ligne ont suscité l’intérêt d’un public plus large que nos paroissiens. C’est là que des réponses aux questions sont trouvées.

Il y a bien les réseaux sociaux, me direz-vous. Mais être présent et/ou actif sur les seuls réseaux sociaux ne suffit pas. Partager un post ou le commenter ne suffit pas. On le sait, enfin je crois, et le « Like » ou le « J’aime » sur Facebook ne sert à rien. Toute ces interactions se perdent dans le flux et au fil du temps. Aucune possibilité de recherche, ni de rédiger de longs articles structurés. Raison pour laquelle, j’ai pris la peine de copier la plupart des commentaires de Mes projections sur mon blog. Pour en garder une trace.

Les *j'aime* ne disent rien

Il est alors plus pérenne de créer et d’animer un blog. C’est encore mieux, si ce blog est indépendant de toute structure ecclésiale ou autre. Il devient un espace d’expression et de partage libre. Ce qui n’empêcherait pas une paroisse, par exemple, d’inclure l’animation d’un blog dans un temps de travail professionnel.

Le blog est surtout l’affaire d’une personne, son auteur. Les visiteurs/lecteurs suivent une personne et non une institution. Ils interragissent avec elle et elle avec eux. Il n’y a pas de messages « officiels », car sur ce blog, celui que vous êtes en train de lire, je m’exprime en mon nom.

Témoins du web protestant ?

En m’intéressant à cette piste-là, je me suis aussi intéressé au phénomène de l’influenceur ou du lanceur d’alerte. Un blog, plus encore s’il s’inscrit dans le web protestant, aurait-il vocation à devenir lanceur d’alerte de ce qui ne va plus dans l’Église ?
Bon, on n’est pas des Julian Assange ni Edward Snowden, mais, nous (d’autres avec moi) avons des choses à dire qui viennent de nous. Ce que nous disons, ce n’est pas relayer le discours officiel des institutions. D’autant plus que nous y travaillons. Nous voyons et vivons les choses de l’intérieur.

Je n’ai ni envie d’être ni un accusateur ni un traître de l’institution Église, comme pourrait l’être le lanceur d’alerte. Mais j’aimerais plutôt partager ce qui m’anime et me questionne, moi et moi d’abord. Et, sur ce blog il y a des réflexions, des contenus spirituels, des partages d’expériences que je crois utiles à d’autres. Alors, le mot qui me qualifie, et faute de mieux, est témoin, ni plus ni moins.

Regarder tout autour et le relayer

Juste dire ma vérité, ni plus ni moins. Vérité teintée par celles d’autres, et souvent par celle des distancés, comme on qualifie parfois ceux qui se sont éloignés des activités et du message de l’Église. Par celle aussi des athées, souvent motivante. Vérité qui peut être mise en discussion, évidemment. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de mon blog.

Et maintenant, on fait quoi ?

Il est l’heure ! L’heure de se réveiller, l’heure d’agir. L’heure de passer du constat, des mots et des regrets aux actes. Et on fait quoi ? On fait comment ?

C’est certainement ici que le Réseau-Protestant devient intéressant, essentiel dans cette évolution vers un changement.
C’est une liste de références qui ne demande qu’à s’étoffer. Des ressources et blogs en lien avec le protestantisme romand. Au chapitre des blogs, on y trouve des pasteur.e.s, théologiens, diacres (encore peu nombreux, l’appel est lancé) qui s’expriment de diverses manières sur ce qui les anime. Oui, sur ce qui donne du sens à ce qu’ils font, à ce qu’ils sont.

Et on fait comment ?

Vous êtes convaincus ? Vous avez des choses à dire et vous voulez les partager au moyen d’un blog ? Vous avez envie de me/nous rejoindre ? Bravo !
Mais, vous ne savez pas comment vous y prendre. Il y a de très bons conseils sur theologique.ch. Et les blogueurs sont là aussi pour vous aider, tant sur l’aspect technique que sur la mise en route. La forme et le fond vous appartiennent.

Se lancer dans un blog n'a rien de sorcier

Et à part le Web ?

Il y a certainement d’autres moyens, d’autres occasions à créer, d’autres initiatives à lancer. Mais, dans un cadre paroissial et institutionnel, je perçois des limites. D’abord, la marge de manœuvre que le conseil/l’autorité voudra bien donner à de nouveaux projets, sans se focaliser uniquement sur des questions de coûts et de rentabilité. Parce que, avouons-le, tout projet impliquera du temps de travail qui ne sera plus dévolu aux seuls cultes. Ensuite, le risque que je suis prêt à prendre pour oser être innovant. J’avoue que j’ai longtemps fonctionné sur le principe de je propose avant de me lancer, j’attends tous les feux verts et quand certains sont au rouge ou à l’orange, je range mon idée. Il est sans doute temps de risquer l’excès de zèle, d’expérimenter l’audace.

« Venez à ma suite », a dit Jésus à deux pêcheurs qui ne lui demandaient rien, qui ne le connaissaient même pas. Et aussitôt, ils le suivirent.
Il est temps. Il est grand temps !

On lira avec intérêt l’interview de Thomas Halik, l’église doit être là pour tous, pas uniquement pour les croyants.

[Cet article est susceptible d’être modifié par vis commentaires]

 

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Mes projections

Je ne parle pas ici de celles qui s’échappent de ma bouche lorsque je parle, mais celles que je me faisais au mois de mars, la mienne, celle de La Margelle et celle de ma paroisse au début et pendant la crise.
C’est peut-être un peu tôt pour faire un bilan. Quoique…

Le besoin de parler

Je pensais, lorsque les mesures de confinement ont été annoncées, que La Margelle, lieu d’écoute et d’accompagnement en Ville de Neuchâtel, serait sollicité par ceux et celles qui se trouveraient « coincés » à la maison, en proie à la solitude, ressentant un besoin quasi irrepressible de parler. J’imaginais une augmentation des appels. Or, il n’en a rien été. Nous n’avons pas croulé sous les nouvelles demandes.

La même démarche a été entreprise dans notre paroisse, comme dans les autres et les Églises cantonales, notamment l’EREN.

Le constat a été le même : nous n’avons pas été sollicités outre mesure. Qu’est-ce à dire ? Ce besoin de parler et d’être écouté était-il une projection de ma part ? Pourtant, mes initiatives de prendre des nouvelles ont été accueillies très positivement. Ces discussions ont été l’occasion de dire comment chacun vivait son confinement, plus ou moins bien, dire son ennui.

Le besoin d’écoute était bel et bien présent, je l’ai constaté. Et La Main Tendue a enregistré une forte hausse des appels à tel point qu’elle a dû engager de nouveaux bénévoles. Alors pourquoi les gens qui auraient besoin d’écoute ne se tournent-ils pas vers l’Église et ses services ?

Ma conclusion relative et personnelle : les Églises, paroisses et lieux d’accompagnement ne sont pas considérés d’abord comme des aides potentielles en cas de crise. La sécularisation a passé par là. Est-ce qu’on s’imagine que ces lieux ne sont là que pour ceux qui sont inscrits ou qui font partie du « club » ? Est-ce qu’on y recourt parce qu’on connaît quelqu’un qui y est actif ? Ce serait donc soit un lieu « élitiste », soit et d’abord une relation de personne à personne, avant d’être un recours à l’institution ? Ce n’est pas impossible, voire probable.

Un autre aspect non-négligeable est qu’en investissant quasi exclusivement dans la célébration, les Églises ont donné le signal, consciemment ou non, que L’Église, c’est pour les autres, pas pour ceux qui ne sont pas très cultes et qui ne se reconnaissent pas dans la célébration. Ainsi, on a oublié que l’Église pouvait ou devait être autre chose.

Un dernier aspect pourrait être la crainte de discours parfois culpabilisants à propos de la crise.

Le rôle social vs la célébration

Cela ne signifie pas pour autant que les Églises aient déserté la crise. Elles ont été actives mais par les œuvres d’entraide : CSP, EPER, CARITAS aux côtés d’autres institutions et associations religieuses et sociales.

Du côté de la paroisse, nous étions prêts à entrer en discussion pour des aides financières ou matérielles ponctuelles. Nous nous sommes approchés des services sociaux pour faire connaître notre ouverture. Sans résultat.

Il me semble (suis-je le seul ?) qu’on a oublié que l’Église compte parmi les acteurs sociaux, non seulement par les institutions parallèles (oeuvres d’entraide), mais surtout dans une dimension de proximité dans l’espace paroissial, local, régional.

Nous avons manifesté notre soutien et notre disponibilité par des téléphones et des publications destinés d’abord aux paroissiens âgés, ceux que nous connaissons.

Les médias ont relayé des images d’une précarité qui est soudainement apparue. Des files d’attente pour obtenir un cabas de nourriture nous ont tous bouleversés. Mais, ce qui m’a interpellé encore plus, c’est le silence et l’absence des représentants des Églises face à ce vrai problème de société. Il n’y a pas eu de prise de parole en lien avec cette pauvreté soudainement offerte à nos yeux.

J’ai plus entendu un appel au Conseil fédéral, appel issu d’abord des catholiques, de pouvoir reprendre les offices religieux. Mais, je n’ai pas entendu une même ferveur, un même empressement, pour venir en aide aux précarisés de notre société. Je pensais, j’espérais que la pauvreté matérielle et sociale était tout aussi importante que des célébrations. Je me trompais.

Ma conclusion relative et personnelle : les Églises sont perçues d’abord dans leur dimension liturgique. De leur côté, elles mettent en avant la célébration, comme seule forme de présence au monde. On l’a constaté dans tout ce qui a été développé sur internet pour rester en lien malgré l’absence de rassemblement. Je ne jette la pierre à personne, puisque nous l’avons fait, nous aussi.

La capacité à changer

La crise du COVID-19 va-t-elle changer quelque chose à la donne ? Cet arrêt sur image nous a contraints à revoir nos habitudes, notre manière de travailler et de fonctionner, à prendre conscience de ce qui vraiment important. On s’était promis de ne plus revenir au monde d’avant. On s’était dit…

Et alors ?

Dès que des mesures d’assouplissement ont été annoncées, on a vu des groupes se former à nouveau, on a demandé plus que ce que les autorités permettaient. On a parfois enfreint les règles. L’humain est un animal grégaire… Ou n’est pas.

À l’annonce d’une possible reprise des offices religieux dès le 28 mai, j’ai constaté des appels à « reprendre aussi vite que possible ». Sans forcément se demander comment. On a vite oublié le « aussi lentement que nécessaire » qui allait avec. « Nous d’abord » en quelque sorte1. Il ne s’agit pas seulement des aspects pratiques : nombre de places, désinfection des mains et liste de présence, mais de considérer cette reprise comme un nouveau départ, comme une réponse à des questions fondamentales soulevées par la crise du COVID-19 : notre rappport à la société en-dehors des rendez-vous communautaires, notre ouverture à ceux qu’on ne voit jamais dans nos rassemblements, notre manière d’être en lien au-delà des seuls rendez-vous dominicaux.

Au lieu de cela, on pense d’abord à un retour à avant, un retour à la normale, comme si le monde était redevenu normal, comme si rien n’avait changé. Ce que nous avons vécu serait donc juste une parenthèse, refermée maintenant et qu’on va vite oublier. Ça relève peut-être de l’anecdote, mais, dans la paroisse, on a repris le programme des cultes là où on l’avait laissé en mars, sans se poser la question de changements notoires. On continue…

Alors, où sont nos belles promesses ? Où est notre témoignage, personnel et communautaire, qu’un autre monde est possible. La possiblité nous est offerte de ne pas retomber dans nos ornières et on y court à grands pas. Parce que c’est rassurant. Je pensais, j’espérais que toutes ces plaintes d’une pression professionnelle insupportable, d’une course à toujours plus, d’une perte de repères trouveraient un écho pendant ces deux mois, pour repartir autrement. Je me trompais.

Ma conclusion relative et personnelle : nous n’aimons pas les changements et encore moins lorsqu’ils sont radicaux. Nous avons besoin de routines qui rassurent. Même si, au plus fort de la crise, nous étions prêts à tout revoir de nos comportements, avec des belles promesses à la clé, la progressive réouverture nous montre que nous ne sommes pas prêts à renoncer. Entre pression économique, sécurité sanitaire et idéalisme social, les autorités et nous avec naviguons à vue. Je pensais, j’espérais qu’une interruption des célébrations serait l’occasion de les penser d’une autre manière dorénavant, qu’il y aurait une envie de nouveauté, un renouveau possible. Je me trompais.

Autre chose… Oui, mais quoi ? Je ne sais pas, pas encore, je l’avoue.

En prenant un peu de hauteur, à l’image de Zachée2, je trouve que le jeune homme riche nous ressemble beaucoup ou que nous lui ressemblons beaucoup, c’est selon : « il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens… (qu’il n’était pas encore prêt à laisser derrière lui) »3. Et nous, quels sont ces grands biens que nous n’abandonnerions pour rien au monde… même pas pour un autre monde, peut-être pas meilleur, mais différent ?

[Cet article pourra être modifié au gré de vos commentaires]

Je vous invite à lire cet article signé Pinkilla.

 

Photo mise en avant by Yann Allegre on Unsplash, autres photos : Pixabay

 

Ce bon vieux papier

Voilà maintenant un peu plus de 5 semaines que nos paroisses ont appris à se réinventer dans leurs manières d’être et de rester en lien avec leurs fidèles. J’ai été touché par la créativité des uns et des autres, utilisant les moyens de communications tels qu’internet, les réseaux sociaux, les lettres d’informations. Je suis persuadé que chaque offre répond à des demandes et qu’il y a de la place pour tous et pour chacun.

Le choix du support papier est-il encore pertinent, à l’heure où tout se passe sur des écrans ? Qu’en pense le diacre connecté que je suis ?

Un peu plus d’un mois, c’est le bon moment pour faire un premier bilan des cultes à l’emporter que la paroisse de La Neuveville a mis en place. Je reviens ici sur la genèse du projet et son évolution présente et future.

Au commencement… le papier

Dès le 20 mars, nous, ministres, avons réfléchi à une manière de proposer une « nourriture spirituelle » à nos fidèles paroissiens en lieu et place du culte dominical. J’ai pensé à un culte sous forme vidéo, comme d’autres paroisses l’ont fait et bien fait. Mais, un mois plus tôt, lors d’une conférence aux aînés, qui sont aussi ces paroissiens habitués, j’ai pu constater que la majorité n’avait qu’un accės limité à internet, ou plutôt une utilisation limitée d’internet (par exemple la messagerie, Whatsapp ou Skype) ou pas de connexion du tout. J’ai alors imaginé des « cultes à distance » sous format papier. Ma proposition a été acceptée.

Le cadre est relativement simple : chaque semaine et à tour de rôle, les officiants rédigent un culte selon un canevas de 4 pages. On y retrouve une structure liturgique classique mais modulable : accueil, prière (et louange), lectures bibliques, méditation-prédication, prière d’intercession, bénédiction. Deux chants sont proposés, qui peuvent être remplacés par d’autres connus des lecteurs. Rien n’est imposé. À la fin du document, les numéros de téléphones des ministres et du secrétariat pour d’éventuels contacts.

Cette forme correspond bien à mes collègues qui privilégient l’écriture au multimédia. Elle ne demande pas d’investissement matériel autre que ce que nous utilisons habituellement et s’adapte et au public que nous visons : des paroissiens habitués plutôt à la lecture. C’est en tout cas, le prérequis qui était le nôtre.

Le secrétariat a établi une première liste d’adresses, a imprimé et envoyé les courriers.

Un premier envoi à une trentaines de ménages, touchant une quarantaine de personnes a rencontré un joli succès manifesté par de nombreux mercis. La reconnaissance du conseil de paroisse nous a incités, mes collègues pasteurs et moi, à continuer semaine après semaine. Le culte est préparé pour le mercredi et envoyé ce même jour pour arriver dans les boîtes aux lettres le vendredi au plus tard.

Je n’imaginais pas grand-chose de plus.

Deuxième étape… le papier en ligne

Soufflée par le conseil, l’idée a été d’offrir ces cultes à distance à un public plus large que nos seuls habitués. J’ai créé une page dédiée sur le site de la paroisse, relayée sur la page Facebook de la paroisse et la lettre d’information.

On y a listé les cultes sous format .pdf et ajouté quelques textes méditatifs.

« Culte à distance » dit sans doute quelque chose de ce qu’ils veulent être. Mais on retient certainement d’abord la distance. Pas très rassembleur…

Le semi-confinement a vu fleurir des offres de repas à l’emporter de la part d’établissements publics. Nous avons donc renommé nos cultes à distance, « cultes à l’emporter ». Ainsi, les destinataires les « consomment » à l’heure et dans le lieu qui leur sont favorables.

Troisième étape… le papier et le site

Le simple fait de mettre en ligne des documents .pdf n’est pas pertinent. Et j’ai été rendu attentif au fait que de plus en plus d’internautes consultent les sites sur smartphones et que le format .pdf n’est pas toujours optimal pour de petits écrans.

J’ai alors mis en ligne le culte à l’emporter sous forme d’article sur le site. Je l’ai agrémenté de vidéos, de chants, de l’enregistrement audio de la méditation ou d’autres parties du culte, de liens pour le rendre interactif. Mes collègues ont suivi le mouvement. Une collègue a même fait le choix de la vidéo. Je leur en suis reconnaissant.

Ainsi, aujourd’hui, pour le 3e dimanche après Pâques, le culte à l’emporter est envoyé sous format papier à plus de 50 destinataires, il est en ligne sur la page d’accueil du site paroissial, il est archivé sur la page dédiée et peut être consulté en ligne.

L’idée a fait son chemin et a été reprise par la paroisse de Delémont. Elle ne demande qu’à essaimé et à être adaptée à chaque communauté.

Quatrième étape : et après ?

Même si nous n’en sommes pas encore là, la question de l’après se pose : allons-nous continuer d’offrir des cultes à l’emporter si nous célébrons à nouveau dans notre église ? Je suis persuadé que nous avons tout avantage à ne pas abandonner. À poursuivre la mise en ligne de ces cultes qui pourraient être ceux célébrés le dimanche matin.

D’abord, parce que nous avons atteint des personnes qui ne venaient plus au rassemblement dominical. « L’église, c’est devenu un peu loin pour nous… Mais, avec les cultes que nous recevons, ça nous fait du bien. » m’a dit l’un des destinataires. Quelqu’un d’autre m’a affirmé : « En lisant ces cultes, je me sens en communion avec la paroisse. J’en suis très heureuse. »

Ensuite, nous permettons à des personnes de célébrer à un autre moment, quand c’est bon pour elles, le soir, le matin, dans la journée ou la semaine, sur le balcon ou dans le jardin.

Enfin, parce que j’aimerais que toute la créativité qui a fleuri pendant cette crise ne soit pas justement une « créativité de crise » et qu’une fois revenus à une situation presque normale, nous retrouvions nos habitudes… normales.

Enfin, et pour conclure

Le papier a été une alternative judicieuse là où je suis, là où nous sommes. Elle prend en compte le public-cible auquel nous nous adressons. Elle rencontre une reconnaissance certaine qui nous est rappelée lors d’entretiens téléphoniques. La mise en ligne est  une complémentarité bienvenue et permet à un nombre plus large de profiter de cette offre. Sans mettre en œuvre de gros moyens, cette initiative correspond à une manière de faire connue et confortable. Cela a sûrement motivé mes collègues à y prendre part. Son pendant est qu’elle ne nous a pas trop bousculés et ne nous a pas fait sortir de notre zone de confort. Frustrant ou rassurant ? À chacun de répondre.

Cette manière de faire nous a permis modestement de raviver  le sentiment d’être relié à la communauté, de faire partie de cette famille, même si les liens rapprochés ne sont pas permis. Rien que pour cela, nous éprouvons une certaine satisfaction.

Un article qui pourrait vous intéresser également : En un mot : communiquer.

Vous trouverez d’autres textes méditatifs ou des prédications ici.

Image par congerdesign de Pixabay

 

Coronavirus ou les amis de Job

Depuis quelques jours, en parcourant les réseaux sociaux, je lis des partages qui font de Dieu la réponse à tous nos maux. J’entends des avis (ou des théologies) qui affirment que le coronavirus est une punition de Dieu.

Antoine Nouis, sur son blog, nous partage ses réflexions sous la forme d’une série d’épisodes.

Ce matin, n’y tenant plus, je me fends d’un coup de poing, coup de gueule. Appelez cela comme vous voudrez.

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