Une vive espérance

En lisant les vœux d’Antoine Nouis, le sel et la grâce, j’ai commencé à laisser ses mots résonner.  Il m’est alors venu cette petite réflexion entre espoir et espérance :

L’espoir est parfois un peu fou, parfois naïf, souvent déçu. L’espoir, c’est « si seulement… »

L’espérance, c’est autre chose. C’est parfois tout aussi fou, pas si naïf que ça en a l’air, mais jamais déçu. L’espérance, c’est « malgré tout ! »

Et, en même temps, je me suis laissé imprégner de ce tableau de mon épouse Myriam. Elle l’a intitulé JOUR DE PLUIE. Si le ciel est nuageux, tourmenté, agité, il y a aussi, et c’est cela qui compte, des pointes de ciel bleu, comme des signes prometteurs d’avenir. Car, comme le dit l’adage populaire :

Après la pluie, le beau temps.

Tableau de Myriam Leresche – JOUR DE PLUIE

Ce sont là mes vœux pour cette année sur le point de commencer : de l’espérance, toujours et malgré tout. De l’émerveillement, de la confiance, de la lucidité et, comme le dit Antoine Nouis, une bonne dose de grâce. Tout cela pour vous, vos proches et ceux que vous aimez.

Et n’hésitez pas à visiter le site de mon artiste préférée, il y a de quoi être émerveillé : myacrylique.wordpress.com.

BONNE ET HEUREUSE ANNÉE 2021.

Qui es-tu ?

En ce troisième dimanche du temps de l’Avent, les textes proposés nous invitent à la rencontre avec Jean, celui qu’on appelle le Baptiste. Est-il celui qu’on attendait. « Qui es-tu ? » La question lui est posée. Elle nous est posée à nous aussi dans notre marche commune vers Noël.

Accueil

Ce matin aurait pu ressembler à tous les autres matins. Et pourtant, il n’a rien d’ordinaire.

D’abord, parce que nous pouvons à nouveau et enfin nous rassembler et nous revoir. Ensuite, parce l’extraordinaire de Dieu jaillit dans l’ordinaire de nos vies. Enfin, parce que Dieu nous accueille et nous rend visite dans ce que nous vivons. Il est là, avec nous et au milieu de nous.

Ce matin ne ressemblera plus à tous les autres matins. Il a quelque chose d’extraordinaire.

Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père, de Jésus-Christ son Fils et notre Sauveur dans le souffle et l’unité du Saint-Esprit.

Amen.

Invocation

Nous t’attendons, Seigneur notre Dieu, le cœur en éveil.

C’est par toi que nous vivons, car c’est toi qui renouvelles nos forces et notre espérance et qui donnes à notre vie son centre de gravité et son fondement.

Entends nos prières, accueille notre louange, éclaire notre vie, nourris notre foi.

Et que cette heure nous rapproche de toi et des autres, et surtout de ceux qui ne sont pas là avec nous, afin qu’ensemble, tous ensemble, nous formions la famille de tes enfants.

Amen !

Lectures

Textes du jour : Esaïe 49, 5-9 et 13 et Jean 1, 6-9 et 19-28

Voici le témoignage de Jean lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des Lévites pour lui demander : « Toi, qui es-tu ? »

Il déclara et sans restriction affirma : « Moi, je ne suis pas le Messie. »

Ils lui demandèrent : « Qui es-tu donc ? Es-tu Elie ? »

Et il dit : « Je ne le suis pas. »

« Es-tu le prophète ? »

Et il répondit : « Non. »

Ils lui dirent alors : « Qui es-tu ? Nous devons donner une réponse à ceux qui nous ont envoyés !  Que dis-tu de toi-même ? »

« Moi, dit-il, je suis la voix de celui qui crie dans le désert : ‘Rendez le chemin du Seigneur droit’, comme l’a dit le prophète Esaïe. »

Prédication

Les temps changent… Soudain

Cette année nous a donné un autre rapport au temps. Plus de temps que nous imaginions en avoir. Ou du temps qui nous venait à manquer parfois. Souvenez-vous, quand on courait d’un rendez-vous à une réunion. Quand on essayait de « caser » une fête de famille pour que chacun soit là, jonglant avec les agendas surchargés. Quand on ne savait plus vraiment prendre du temps, du bon temps.

Et soudain, voilà du temps à accueillir, à occuper, à remplir.

Au début, c’était étrange. Il y a eu deux attitudes que j’ai remarquées : la première, celle du soulagement : « Enfin, je vais pouvoir me reposer, prendre soin de moi, faire tout ce que j’ai remis à plus tard… Les rangements, notamment ! »

Et une autre, plus angoissante : « Que vais-je faire de mes journées ? »

Mais, peut-être aussi que ce printemps, cette année n’ont rien changé à votre rythme de travail.

Alors, peu à peu, on s’est habitué à cette situation. Pas le choix. Il fallait faire avec. Alors s’est posée la question : comment passer ces journées qui soudain pouvaient se dérouler différemment ?

Relire les classiques

Peut-être en avez-vous profité pour lire ou relire des classiques de la littérature. Découvrir de nouveaux auteurs contemporains ou regarder des films et séries en ligne et en boucle !

Pour ma part, j’aurais aimé relire la saga « Les Misérables » de Victor Hugo. J’aurais aimé me replonger dans cette histoire.

Mais, le temps m’a manqué. Eh oui ! La pastorale du téléphone et la pastorale de l’écran ne m’ont pas laissé suffisamment de temps.

Alors, en cette période de l’Avent, chargée elle aussi, je me rattrape en relisant avec plaisir les textes des Évangiles qui nous préparent à Noël. J’aime le faire chaque année. Je vois ainsi le décor se mettre peu à peu en place. Je découvre l’un après l’autre les personnages qui me font regarder vers la crèche, vers l’enfant à naître, vers la lumière du monde venue éclairer nos vies.

Et parmi eux, il y a Jean le Baptiste qui n’est pas sans me rappeler Jean Valjean, le héros des Misérables. Car, tous les deux sont un trait d’union entre deux temps, entre deux tomes d’une même histoire. Jean Valjean, passant du bagne de Toulon à la haute société de Paris, sous le nom de M. Madeleine qui reste une énigme à percer pour l’inspecteur Javert.

Et Jean le Baptiste, au bord du Jourdain, qui reste pour beaucoup aussi un personnage énigmatique.

Un trait d’union : « On se disait que… Peut-être… »

Jean-Baptiste nous permet de faire le lien entre le premier Testament et le second. Il nous rappelle que c’est bien une seule et même histoire qui se joue. Mais, on se pose cette question. Mais on lui pose cette question : « Qui es-tu ? » Et Jean chasse d’un revers de main toutes les spéculations qu’on pouvait faire à son sujet. Il n’est ni le Messie, ni Elie, encore moins le prophète qui étaient attendus.

Parce qu’au temps de Jean, les promesses qui annonçaient le Messie, l’envoyé de Dieu, qui affirmaient qu’Elie allait revenir ou qu’un prophète allait se lever étaient dans toutes les mémoires.

On guettait des signes qui diraient que les choses allaient changer, que les prophéties allaient se réaliser, qu’on avait raison de ne pas désespérer, qu’on avait raison de croire toujours et encore.

Alors, en voyant Jean baptiser aux bords du Jourdain, on se dit que… On espère que … Et on veut en avoir le cœur net : « Qui es-tu ? »

Jean répond : il est une voix. La voix de celui qui crie dans le désert.

De prime abord, je voyais cette voix se perdre, emportée par le vent, ricochant d’écho en écho, dans un lieu vide. Mais, en y réfléchissant, je comprends que le désert est le lieu privilégié de la rencontre avec Dieu, ce lieu qui place chacun face à Dieu et à lui-même. Souvenez-vous, par exemple, de Jésus au désert juste après son baptême par Jean, justement.

« Qui es-tu ? » Cette question n’est pas lancée en l’air, elle fait au contraire son chemin dans notre cœur et notre être, jusque dans nos profondeurs, mais aussi dans ce vis-à-vis avec Dieu qui se tient là. Silencieux vis-à-vis qui écoute.

Jean est cette voix qui rend témoignage. Cette voix qui annonce un chemin vers celui qui est la lumière du monde. Cette lumière que Dieu vient déposer dans notre monde et dans nos vies. Il annonce celui qui est déjà là, mais que personne ou presque n’a remarqué. Jean annonce que les prophéties d’Esaïe sont sur le point de se réaliser, là sous les yeux de ceux qui sont aux bords du Jourdain.

Se rappeler que Dieu n’oublie pas

Il affirme ainsi qu’on a raison de croire, de ne pas désespérer. Qu’on aurait tort de se résigner, pensant que le temps emporte tout vers l’oubli. Car on le sait, Dieu n’oublie pas !

En relisant le début de l’Évangile de Luc, on découvre que Dieu a entendu la prière du prêtre Zacharie et qu’il ne l’a pas oubliée :

Ta femme Elisabeth – dit le messager – te donnera un fils et tu l’appelleras Jean.

Jean… ce sera le Baptiste.

Je ne sais pas, mais il me plaît de croire que le vieux Zacharie avait peut-être tiré un trait sur son désir d’être père, qu’il avait abandonné l’idée, se disant que c’était sans doute trop audacieux ou trop tard de demander à Dieu une descendance. Mais rien n’est impossible à Dieu.

Jean rend témoignage. C’est-à-dire qu’il affirme une vérité. Celui qui vient, le Christ, le Messie annoncé, est aux portes du Jourdain. Jean prépare le chemin, comme on prépare jour après jour la crèche, mais il se retirera pour donner tout l’espace, toute la place à Jésus-Christ.

Tous en route…

A l’image de Jean, les personnages de la crèche que sont Joseph et Marie, les bergers, les mages venus de loin, les anges dans le ciel, tous nous entraînent à nous mettre en route, au moins intérieurement vers Bethléem. À regarder celui qui est sur le point de naître. Par leurs témoignages, parfois teintés de doutes, et c’est tant mieux, ils nous entraînent dans leur histoire qui devient alors la nôtre aussi.

Qui ne s’est pas, au moins une fois, identifié à Marie, à Joseph, à Jean Valjean ou à Cosette des Misérables ? On dirait, pour de faux…

Une histoire pour tous et qui s’adresse à tous

C’est cela qui est beau dans ces histoires : elles nous posent, chacune à sa manière, cette question : « Qui es-tu ? » « Que dis-tu de toi-même ? »

Ces histoires nous mettent face à nous-mêmes et nous invitent à regarder au-delà de ce que nous voyons, prenant conscience qu’il y a en chacune d’elles une part d’universel et en chacun de nous une part de divin.

Après Jean viendra Jésus de Nazareth qui racontera, à son tour, l’histoire de Dieu et des hommes. À Jésus, on posera cette même question « Qui es-tu ? » Dieu répondra : « Tu es mon Fils bien-aimé ».

Et Jésus mettra aussi ceux et celles qui croiseront son chemin face à cette même question : « Qui es-tu ? » Et il donnera sa réponse, celle de Dieu : « Tu es celui ou celle en qui Dieu place toute son affection ».

Je crois qu’il est bon de relire, toujours et encore, ce que nous croyons connaître, les Évangiles ou Les Misérables. Il est bon aussi d’avancer sur le chemin de l’Avent, et de la rencontre, avec cette question adressée à soi d’abord et aux autres ensuite : « Qui es-tu ? »

Amen.

Confession de foi

Ô Dieu de la vie,

Nous croyons que tu soutiens la petite flamme qui s’obstine à briller dans notre cœur.

Nous croyons que tu renouvelles notre courage quand il risque de disparaître.

Nous faisons confiance à tous les petits signes qui nous aident à attendre le jour de ta venue.

Nous croyons à la force d’une rencontre qui nous permet d’espérer les retrouvailles.

Nous avons l’espoir indestructible qu’un jour nous verrons notre sauveur.

Nous croyons en ton fils Jésus, qui vient tout fragile nous rencontrer dans la pauvreté.

Amen.

Prière d’intercession

Nous ouvrons nos mains et nos cœurs pour prier :

Seigneur,

Sur ce chemin qui nous conduit à la rencontre de ton Fils bien-aimé, apprends-nous à vivre chaque jour en servantes et serviteurs, en témoins, nous mettant à l’écoute de ta voix et à celle de nos frères et sœurs en humanité. Dans le monde, dans notre petit monde, ici, tout près, montre-nous le service que tu attends de chacun. Et donne-nous cette joie de le partager avec d’autres, eux aussi en chemin.

Seigneur,

Que notre service prenne la forme du témoignage en paroles et en actes et qu’ensemble nous portions ta lumière auprès de ceux qui ont abandonné tout espoir.  Nous te confions tous ceux qui vivent difficilement ces jours, ceux qui sont loin de chez eux, qui souffrent à cause de la maladie, de la séparation, de la solitude. Nous te confions tous ceux qui ne ménagent ni leur temps ni leurs efforts pour aider, soigner, accompagner. Rends-nous attentifs, oreilles grandes ouvertes, à leurs cris.

Faisons silence. Dans le secret de notre cœur, prions le Seigneur.

Membres d’une même famille, enfants d’un même Père, animés d’un même Esprit, nous pouvons dire, avec confiance, la prière que Jésus nous a lui-même enseignée :

Notre Père qui es aux cieux,

Que ton nom soit sanctifié,

Que ton règne vienne

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.

Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés

Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal

Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire

Aux siècles des siècles. Amen

Envoi et bénédiction

Les portes vont s’ouvrir, nous allons retrouver les visages connus, d’autres que nous aurons peut-être de la peine à reconnaître, les rues de notre ville et ses vitrines décorées, la maison qui nous est familière, la peine des malades, les joies, les solitudes, les émotions à fleur de peau : la vie comme elle est.

Redis-nous, ô Père, que nous n’avons pas rêvé.

Redis-nous, ô Père, que de l’extraordinaire a jailli dans notre ordinaire.

En Jésus, tu nous fais la grâce d’une nouvelle naissance, par lui, tu nous donnes la vie pour les siècles des siècles.

Que le Seigneur de toute éternité dépose sa lumière en vos cœurs, qu’il fasse luire au plus profond de votre être la flamme de l’espérance. Ce feu qui ne s’éteint jamais.

Que le Seigneur vous bénisse et vous garde, aujourd’hui, demain et tous les jours.

Lui le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Amen.

Un moment culte

La pasteure Sandrine Landeau de l’EPG répond à un internaute sur le site jecherchedieu.ch au sujet du « devoir du culte ». Sa réponse dont je relaie quelques éléments m’inspire des réflexions personnelles tirées de ma pratique et de mes expériences que je partage ici.

Faut-il ? Doit-on ?

La question pose l’obligation d’aller, d’assister, de participer au culte.

Dans le christianisme, et particulièrement dans le christianisme d’expression réformée, il n’y a pas d’obligation de venir au culte, ni d’ailleurs de prier comme ceci ou comme cela, à telle heure ou à telle autre. Ce n’est pas que le culte n’est pas important, c’est juste que Dieu ne va pas nous en vouloir ni nous punir si nous n’y allons pas.

J’ai rencontré des personnes, tout au long de mes divers engagements et ministères, qui s’excusaient de ne pas pouvoir, de ne pas avoir pu, d’avoir oublié de venir au culte. Comme si elles allaient être punies d’avoir manqué ce moment. J’ai toujours répondu que le culte était une invitation, pas une obligation. On va au culte pour de nombreuses bonnes raisons, mais si on y va parce qu’on se sent obligé, ou parce qu’on nous oblige à y aller, alors c’est une mauvaise raison.

J’ai été agacé par l’empressement de certains responsables d’Église à reprendre les célébrations, à demander (instamment) au Conseil fédéral de permettre les rassemblements religieux à fin mai 2020, alors que l’épidémie de la Covid laissait encore beaucoup de questions sans réponse.

Dieu n’est pas un Dieu qui oblige, mais un Dieu qui propose, qui dialogue. Quand Jésus résume la Loi de Dieu, c’est l’amour qui reste, pas le culte.

Voilà sans doute ce qu’il y a retenir : l’amour et comme le rappelle l’apôtre Paul : l’amour pardonne tout, aussi bien les blessures profondes que les manquements au culte. On est bien d’accord qu’on n’aimera pas plus celui ou celle qui est habitué.e au culte que celui ou celle qui n’y va jamais.

Le culte, pour qui ?

Ensuite, le culte n’est pas réservé aux fidèles, à celles et ceux qui fréquentent régulièrement le culte. Il est ouvert à tous et toutes : les régulier.ère.s comme les moins régulier.ère.s, les hommes comme les femmes, les noir.e.s comme les blanc.he.s, les adultes comme les enfants, les passionné.e.s comme les simples curieux.ses qui passaient là et cherchent à s’abriter de la pluie ou du soleil, les intéressé.e.s comme ceux qui viennent pour accompagner leur grand-mère et lui faire plaisir. Tout le monde est bienvenu (…)

Nous touchons là au coeur de la question : à qui s’adresse le culte ? Qui vient au culte ?

  • Les fidèles, les réguliers : donc ceux qui sont là tous les dimanches ? Alors avouons que s’ils sont fidèles, ils ne pas aussi nombreux qu’on pourrait le souhaiter. Et les statistiques nous montrent qu’ils deviennent de moins en moins nombreux;
  • Les paroissiens ? Alors, ils ne sont pas tous là, et on est loin du compte, même lors de célébrations particulières. Rassembler une centaine de participants, c’est très bien, mais si la paroisse compte 1’000 membres inscrits, ce n’est que 10%.
  • Les occasionnels ? Alors, il est important de les accueillir avec chaleur, leur souhaitant une vraie bienvenue, plutôt qu’un regard réprobateur qui dit : « Ça fait longtemps qu’on ne vous a pas vu ! »
  • Les gens de passage, à la recherche d’un coin de parapluie ou de paradis. Alors, donnons-leur une place, celle qui leur revient de plein droit. C’est à eux, à eux d’abord, que ce moment-culte est destiné.
  • Tous ceux qui sont là par obligation : pour faire plaisir à leur grand-mère, parce que leur éducation leur impose de respecter la tradition, parce qu’il faut faire « oeuvre de pénitence ». Le culte s’adresse à eux aussi pour leur dire que rien n’est imposé, que tout est proposé.
  • Les amateurs de musique qui viennent surtout pour la musique. Bienvenue à eux et pardon d’être trop long entre deux pièces musicales.
  • Tous les autres qui sont là et dont on ne connaîtra jamais la motivation. Vous êtes là ! N’est-ce pas merveilleux ! Merci.

Une question de vocabulaire

Tout le monde est bienvenu, et le culte devrait s’adresser à tous et toutes, ce qui suppose un gros travail dans nos formulations, nos façons d’être. Nous, pasteur.e.s et membres d’Eglises, ne sommes pas toujours au top, mais on y travaille !

Pour s’adresser au plus grand nombre, encore faut-il être audible et compréhensible. Le travail de formulation dont parle Sandrine Landeau est essentiel. Les jeunes que j’ai côtoyés ont souvent dit à propos d’un culte auquel ils avaient assisté (par obligation) : c’était long… On n’a rien compris… Et l’orgue, c’est chiant !

La formulation va au-delà des seuls mots, du seul vocabulaire. Je suis le premier à affirmer qu’il nous faut revoir, nous célébrants, nos codes. Mais, je n’ai pas encore osé, trouvé, la forme qui parlera au plus grand nombre.

La diversité des motivations et des attentes rend l’exercice encore plus difficile : comment concilier l’attente d’une paroissienne régulière qui veut une prédication profonde et inspirée avec le besoin de ce jeune homme qui vient à un culte pour la (presque) première fois sans en connaître tous les codes ?

Car, avouons-le, nos cultes obéissent à des codes, des règles, des impératifs qui ne parlent plus à la majorité de nos contemporains, paroissiens compris. Peut-être que les actes ecclésiastiques (baptêmes, mariages et enterrements) permettent une plus grande liberté, quoique, l’exercice n’en est pas moins complexe.

C’est quand ? Maintenant !

Les temples ont rouverts, mais on trouve toujours d’autres formes de cultes pour celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas s’y rendre, que ce soit juste pour ce dimanche, ou pour plus que cela.

Le culte est un temps à part dans la semaine. Un moment pour soi, pour les autres et pour Dieu. Et ce temps peut être n’importe quand. Les célébrations dans les institutions ont lieu en semaine. Il y a des cultes le samedi soir ou à d’autres heures que le dimanche matin à 10h00. Là non plus, rien n’est figé, tout est proposé. La radio, la télévion, internet offrent la possibilité de repasser le culte à l’heure qui nous convient, là où on est disponible, à l’écoute, ouvert à ce qui se passera.

En un mot, et pour conclure : le culte est une invitation à se mettre à l’écoute de Dieu et de sa Parole pour mieux se connaître soi-même. Ce temps peut être vécu communautairement et/ou personnellement, dans un temple, à la maison, dans la nature, à côté de sa radio ou devant sa télévision ou ailleurs, là où c’est bon et beau.

Le culte a été fait pour l’homme et non l’homme pour le culte.

Dieu n’impose rien. Il invite. Il ne force pas. Il attend. Il saura nous trouver que nous soyons sagement assis sur un banc d’église ou en chemin quelque part. Il est avec nous. L’essentiel est là. Tout le reste n’est que garniture.

Image par Dimitris Vetsikas de Pixabay

Mes projections

Je ne parle pas ici de celles qui s’échappent de ma bouche lorsque je parle, mais celles que je me faisais au mois de mars, la mienne, celle de La Margelle et celle de ma paroisse au début et pendant la crise.
C’est peut-être un peu tôt pour faire un bilan. Quoique…

Le besoin de parler

Je pensais, lorsque les mesures de confinement ont été annoncées, que La Margelle, lieu d’écoute et d’accompagnement en Ville de Neuchâtel, serait sollicité par ceux et celles qui se trouveraient « coincés » à la maison, en proie à la solitude, ressentant un besoin quasi irrepressible de parler. J’imaginais une augmentation des appels. Or, il n’en a rien été. Nous n’avons pas croulé sous les nouvelles demandes.

La même démarche a été entreprise dans notre paroisse, comme dans les autres et les Églises cantonales, notamment l’EREN.

Le constat a été le même : nous n’avons pas été sollicités outre mesure. Qu’est-ce à dire ? Ce besoin de parler et d’être écouté était-il une projection de ma part ? Pourtant, mes initiatives de prendre des nouvelles ont été accueillies très positivement. Ces discussions ont été l’occasion de dire comment chacun vivait son confinement, plus ou moins bien, dire son ennui.

Le besoin d’écoute était bel et bien présent, je l’ai constaté. Et La Main Tendue a enregistré une forte hausse des appels à tel point qu’elle a dû engager de nouveaux bénévoles. Alors pourquoi les gens qui auraient besoin d’écoute ne se tournent-ils pas vers l’Église et ses services ?

Ma conclusion relative et personnelle : les Églises, paroisses et lieux d’accompagnement ne sont pas considérés d’abord comme des aides potentielles en cas de crise. La sécularisation a passé par là. Est-ce qu’on s’imagine que ces lieux ne sont là que pour ceux qui sont inscrits ou qui font partie du « club » ? Est-ce qu’on y recourt parce qu’on connaît quelqu’un qui y est actif ? Ce serait donc soit un lieu « élitiste », soit et d’abord une relation de personne à personne, avant d’être un recours à l’institution ? Ce n’est pas impossible, voire probable.

Un autre aspect non-négligeable est qu’en investissant quasi exclusivement dans la célébration, les Églises ont donné le signal, consciemment ou non, que L’Église, c’est pour les autres, pas pour ceux qui ne sont pas très cultes et qui ne se reconnaissent pas dans la célébration. Ainsi, on a oublié que l’Église pouvait ou devait être autre chose.

Un dernier aspect pourrait être la crainte de discours parfois culpabilisants à propos de la crise.

Le rôle social vs la célébration

Cela ne signifie pas pour autant que les Églises aient déserté la crise. Elles ont été actives mais par les œuvres d’entraide : CSP, EPER, CARITAS aux côtés d’autres institutions et associations religieuses et sociales.

Du côté de la paroisse, nous étions prêts à entrer en discussion pour des aides financières ou matérielles ponctuelles. Nous nous sommes approchés des services sociaux pour faire connaître notre ouverture. Sans résultat.

Il me semble (suis-je le seul ?) qu’on a oublié que l’Église compte parmi les acteurs sociaux, non seulement par les institutions parallèles (oeuvres d’entraide), mais surtout dans une dimension de proximité dans l’espace paroissial, local, régional.

Nous avons manifesté notre soutien et notre disponibilité par des téléphones et des publications destinés d’abord aux paroissiens âgés, ceux que nous connaissons.

Les médias ont relayé des images d’une précarité qui est soudainement apparue. Des files d’attente pour obtenir un cabas de nourriture nous ont tous bouleversés. Mais, ce qui m’a interpellé encore plus, c’est le silence et l’absence des représentants des Églises face à ce vrai problème de société. Il n’y a pas eu de prise de parole en lien avec cette pauvreté soudainement offerte à nos yeux.

J’ai plus entendu un appel au Conseil fédéral, appel issu d’abord des catholiques, de pouvoir reprendre les offices religieux. Mais, je n’ai pas entendu une même ferveur, un même empressement, pour venir en aide aux précarisés de notre société. Je pensais, j’espérais que la pauvreté matérielle et sociale était tout aussi importante que des célébrations. Je me trompais.

Ma conclusion relative et personnelle : les Églises sont perçues d’abord dans leur dimension liturgique. De leur côté, elles mettent en avant la célébration, comme seule forme de présence au monde. On l’a constaté dans tout ce qui a été développé sur internet pour rester en lien malgré l’absence de rassemblement. Je ne jette la pierre à personne, puisque nous l’avons fait, nous aussi.

La capacité à changer

La crise du COVID-19 va-t-elle changer quelque chose à la donne ? Cet arrêt sur image nous a contraints à revoir nos habitudes, notre manière de travailler et de fonctionner, à prendre conscience de ce qui vraiment important. On s’était promis de ne plus revenir au monde d’avant. On s’était dit…

Et alors ?

Dès que des mesures d’assouplissement ont été annoncées, on a vu des groupes se former à nouveau, on a demandé plus que ce que les autorités permettaient. On a parfois enfreint les règles. L’humain est un animal grégaire… Ou n’est pas.

À l’annonce d’une possible reprise des offices religieux dès le 28 mai, j’ai constaté des appels à « reprendre aussi vite que possible ». Sans forcément se demander comment. On a vite oublié le « aussi lentement que nécessaire » qui allait avec. « Nous d’abord » en quelque sorte1. Il ne s’agit pas seulement des aspects pratiques : nombre de places, désinfection des mains et liste de présence, mais de considérer cette reprise comme un nouveau départ, comme une réponse à des questions fondamentales soulevées par la crise du COVID-19 : notre rappport à la société en-dehors des rendez-vous communautaires, notre ouverture à ceux qu’on ne voit jamais dans nos rassemblements, notre manière d’être en lien au-delà des seuls rendez-vous dominicaux.

Au lieu de cela, on pense d’abord à un retour à avant, un retour à la normale, comme si le monde était redevenu normal, comme si rien n’avait changé. Ce que nous avons vécu serait donc juste une parenthèse, refermée maintenant et qu’on va vite oublier. Ça relève peut-être de l’anecdote, mais, dans la paroisse, on a repris le programme des cultes là où on l’avait laissé en mars, sans se poser la question de changements notoires. On continue…

Alors, où sont nos belles promesses ? Où est notre témoignage, personnel et communautaire, qu’un autre monde est possible. La possiblité nous est offerte de ne pas retomber dans nos ornières et on y court à grands pas. Parce que c’est rassurant. Je pensais, j’espérais que toutes ces plaintes d’une pression professionnelle insupportable, d’une course à toujours plus, d’une perte de repères trouveraient un écho pendant ces deux mois, pour repartir autrement. Je me trompais.

Ma conclusion relative et personnelle : nous n’aimons pas les changements et encore moins lorsqu’ils sont radicaux. Nous avons besoin de routines qui rassurent. Même si, au plus fort de la crise, nous étions prêts à tout revoir de nos comportements, avec des belles promesses à la clé, la progressive réouverture nous montre que nous ne sommes pas prêts à renoncer. Entre pression économique, sécurité sanitaire et idéalisme social, les autorités et nous avec naviguons à vue. Je pensais, j’espérais qu’une interruption des célébrations serait l’occasion de les penser d’une autre manière dorénavant, qu’il y aurait une envie de nouveauté, un renouveau possible. Je me trompais.

Autre chose… Oui, mais quoi ? Je ne sais pas, pas encore, je l’avoue.

En prenant un peu de hauteur, à l’image de Zachée2, je trouve que le jeune homme riche nous ressemble beaucoup ou que nous lui ressemblons beaucoup, c’est selon : « il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens… (qu’il n’était pas encore prêt à laisser derrière lui) »3. Et nous, quels sont ces grands biens que nous n’abandonnerions pour rien au monde… même pas pour un autre monde, peut-être pas meilleur, mais différent ?

[Cet article pourra être modifié au gré de vos commentaires]

Je vous invite à lire cet article signé Pinkilla.

 

Photo mise en avant by Yann Allegre on Unsplash, autres photos : Pixabay

 

Ça recommence

Tout est dans la manière de prononcer ces mots.

ENFIN ! qui traduit toute l’impatience de retrouver ceux qu’on n’a plus vus depuis tout ce temps, des lieux familiers qui nous font nous sentir « comme à la maison » et des habitudes qui rassurent.

ENCORE ! qui laisse entendre un profond soupir quand votre voisin se met à passer la tondeuse, alors que vous vous installez confortablement dans votre jardin pour lire ce billet.

« Ça recommence. » Pour nos Églises aussi, ça recommence : le Conseil fédéral a annoncé la possibilité de reprendre les offices religieux dès le 28 mai prochain (un jeudi, allez savoir pourquoi). Et tout se précipite. J’ai vite pris conscience d’une tension entre « C’est urgent de recommencer, on est impatient de se revoir enfin. » et « Prenons le temps de bien mettre en place les mesures et réfléchissons à comment on va recommencer. »

Parce que nous avions fixé l’horizon du 8 juin comme date de reprise. Nous avons imaginé des cultes particuliers et spéciaux pour Pentecôte, s’attendant à les vivre encore à distance. Et voilà que tout change, que tout s’accélère. Tant mieux d’un côté. Mais tant pis de l’autre. Vraiment ? Renoncera-t-on à ce qu’on a préparé ou devrons-nous l’adapter, comptant sur une assemblée présente plus ou moins nombreuse ?

Je suis partisan de la « méthode Berset » :

il nous faut reprendre les cultes aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire.

Il n’a pas fallu très longtemps pour oublier nos belles promesses de ne plus courir après le temps, de ne plus stresser, d’adopter un rythme plus lent, plus sain.

Une annonce et voilà que tout est oublié, ou presque.

« Ça recommence » dirons-nous : on devra se désinfecter les mains en entrant et en sortant, on devra tenir une liste des présences, on devra renoncer aux cantiques et à la sainte-cène, on devra se prêter à de savantes règles de trois pour déterminer le nombre maximum de participants. Comme juste avant le confinement.

Dans ces conditions, le « culte de rentrée » aura-t-il les couleurs d’une fête ?

Et pourra-t-on dire tous ensemble la confession de foi, sans risque de contaminer son voisin ? Et l’Amen, on pourra aussi le prononcer ? Notre manière de nous accueillir, de célébrer, nos mots seront forcément différents d’avant le 15 mars.

Nous ne pourrons pas simplement reprendre là où nous nous sommes arrêtés. Enfin, je crois.

Nous sommes plusieurs à nous demander ce que nous garderons de notre créativité durant ces semaines de crise. Comment rester en lien avec celles et ceux qui nous ont rejoints et suivis sur nos sites paroissiaux. Ils ont été nombreux. On ne les connaissait pas tous. Va-t-on tout remiser cela au fond d’un tiroir jusqu’à la prochaine crise ? Comment préparer et célébrer des cultes qui tiendront compte de ceux qui sont présents à l’église et de ceux qui resteront chez eux ? Filmer, enregistrer, publier le culte ? Comment concilier paroisse proche et à distance ?

Autant de questions qui sont aujourd’hui des chantiers ouverts à explorer par les ministres, les conseils et les bénévoles, et qui exigent un peu de temps, pour le moins.

Comme ce fut le cas des premières communautés chrétiennes, il s’agira désormais de compter avec le facteur temps : penser une autre manière d’être ensemble.

Alors, je vous laisse avec cette parole de l’Évangile de Matthieu adaptée à la situation et à relire aussi souvent que nécessaire :

Avant de reprendre les cultes, retire-toi dans ta chambre, ferme la porte. Ton Père qui est dans le secret voit et sait de quoi tu as besoin… Puis sors et va boire une bière.

Je vous laisse. Ne roulez pas trop vite ni trop lentement pour vous rendre au culte… au Nord-Pas-de-Calais ou ailleurs.

Images tirées de pixabay.com et Youtube.